La Recluse
- Автор: Zaccone Pierre
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
– Une sottise, commandant! Je ne pus dissimuler assez bien ma stupéfaction et ma joie. Le Gobson la remarqua, et il y avait à peine dix minutes qu’il était entré, que je le voyais se lever et disparaître.
– Voilà une grande maladresse, en effet.
– Je le reconnais; mais la présence de cet homme à Londres m’assurait que le comte devait s’y trouver également. C’était une piste nouvelle, et cela ranima ma confiance un peu ébranlée.
– Vous vous remîtes à l’œuvre.
– Dès le lendemain. Seulement mes nouvelles investigations n’amenèrent pas grand résultat, et, au bout de plusieurs mois, j’appris tout simplement que le Gobson était parti pour Paris.
– Il y a longtemps de cela?
– Il y a une année environ.
– Et c’est pour suivre cet homme que vous avez quitté Londres.
– Précisément.
– Enfin vous l’avez revu?
– Par hasard, au moment où je m’y attendais le moins.
– Quand cela?
– Hier.
– Et que fait ici ce Gobson, qui sert-il?
– C’est ce que vous pourrez m’aider à découvrir, si vous voulez m’accorder votre bienveillant concours, répondit Palmer en s’inclinant d’un air insinuant et cauteleux.
Gaston regarda son interlocuteur, comme s’il eût voulu s’assurer qu’il ne se moquait pas de lui.
– Moi! dit-il, vous avez compté sur moi!
– C’est une coïncidence que j’appellerai volontiers providentielle, répondit Palmer; car au moment où, je venais de voir s’évanouir le Gobson en question, je vous apercevais vous-même pénétrant dans l’habitation d’où il sortait.
Gaston se prit à tressaillir.
– Et quelle était cette habitation? interrogea-t-il d’une voix mal assurée.
– Elle est située rue de la Chaussée-d ’Antin.
– Celle de M. de Beaufort?
– Je n’ai pas eu le temps de m’informer de ce détail, je vous avais reconnu, et la surprise, la joie d’une pareille rencontre… Vous comprenez.
Gaston ne répondit pas. Il ne songeait pas à dissimuler ses impressions et semblait atterré par l’étrange communication qui lui était faite.
Palmer poursuivit au bout d’un instant:
– Vous vous êtes intéressé naguère, dit-il, à la malheureuse jeune femme que vous avez rencontrée au phare Saint-Laurent. Vous pouvez contribuer puissamment à lui rendre la vie, en démasquant le misérable qui lui a ravi sa fille. Miss Fanny Stevenson espère en votre générosité, et elle ne doute pas…
Gaston releva la tête.
– Miss Fanny est donc à Paris? demanda-t-il d’un ton troublé.
– Oui, commandant, depuis plus de six mois.
– Et c’est elle qui vous envoie?
– Ce n’est pas elle précisément.
– Mais enfin, que comptez-vous faire?
– Je rapporterai à miss Stevenson la conversation que nous venons d’avoir ensemble, et selon ce qu’elle m’ordonnera…
– Ne pourrai-je pas la voir moi-même?
– Ce sera difficile.
– Pourquoi?
– Je vous le dirai plus tard.
– D’où vient votre hésitation?
– Elle est naturelle. Miss Stevenson a été si souvent déçue, elle est si malheureuse, qu’elle est devenue défiante.
– Cependant…
– Voulez-vous me permettre de revenir?
– Sans doute.
– Quand cela?
– Quand vous voudrez.
– Eh bien, commandant, cela suffit pour le moment. Rendez à miss Stevenson le service de vous informer de ce Gobson auprès de M. de Beaufort que vous connaissez, et quand je vous reverrai, si vous le jugez à propos, vous me direz…
– Soit, fit Gaston, à qui toutes ces réticences semblaient extraordinaires; soit! ma porte vous sera toujours ouverte; et quand vous voudrez…
Il avait sonné, Bob était accouru.
– Bob, dit-il, reconduisez M. Palmer.
Et pendant que l’ancien capitaine gagnait l’antichambre, Gaston se, pencha vivement à l’oreille de Bob:
– Tu vas suivre, cet homme, dit-il à voix rapide et basse, et ce soir, tu me raconteras quel emploi il aura fait de sa journée.
Et le jeune commandant resta seul, partagé entre mille sentiments divers qui s’emparaient puissamment de son esprit et le tinrent toute la journée agité et inquiet.
IV
Pour tout dire, il avait peur.
Bien des pressentiments l’assaillaient à la fois dont il ne pouvait se dégager.
En toute autre circonstance, peut-être n’eût-il pas attaché tant d’importance à la communication de Georges Palmer; mais cette communication paraissait viser M. de Beaufort dans ses mystérieuses menaces, et Gaston se sentait pris d’une grande épouvante en songeant qu’elles pouvaient atteindre Edmée.
Edmée!…
Il l’avait vue une heure à peine, et ses yeux, sa pensée, son cœur en étaient pleins.
Il n’avait jamais aimé encore; il avait vécu jusqu’alors, sinon indifférent, du moins impassible. Il s’était peu mêlé au monde, et devait se trouver sans défense devant les premières sensations qui le frappaient.
C’est ce qui était arrivé.
Il ne s’attendait à rien de pareil.
Ç’avait été pour lui comme une révélation, une initiation plutôt!
Edmée s’était offerte dans toute la candeur de son âme naïve et pure, sans timidité comme sans audace, et il avait été ébloui de sa grâce touchante et de son abandon sincère.
Depuis la veille, il ne pensait qu’à elle; et comme il n’avait pu la séparer de l’entourage au milieu duquel elle vivait, il éprouvait parfois un douloureux serrement de cœur en se rappelant certains faits inexplicables qui l’avaient fort troublé.
La visite de Palmer ne fit qu’ajouter à ses appréhensions.
Il y avait, à n’en pas douter, comme une menace de malheur autour de cette famille.
Gaston s’arrêtait effrayé devant les suppositions auxquelles, par moment, il s’abandonnait malgré lui.
Et plus cette impression s’accentuait, plus il comprenait à quel point son amour, né d’hier, avait poussé des racines profondes dans son cœur.
Qu’allait-il faire cependant? Il n’en savait rien.
Il attendit, pour prendre un parti, que Bob lui eût fait connaître le résultat de la mission qu’il lui avait confiée.
Mais Bob ne revint que fort tard dans la soirée.
Gaston l’attendait avec une mortelle impatience; il l’interrogea avidement.
Bob avait suivi Palmer avec obstination.
Pendant toute la journée, il ne l’avait pas perdu de vue.
Il avait parcouru à peu près tous les quartiers de Paris, depuis la rue de la Chaussée-d ’Antin jusqu’à la barrière du Trône, s’arrêtant ici et là, pour se réconforter.
Enfin, il y avait une heure que Bob l’avait abandonné.
– Et en quel endroit l’as-tu quitté? demanda Gaston, un peu dépité de ce résultat négatif.