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La Recluse

Электронная книга - «La Recluse». Краткое содержание книги:

Le 25 mars 1851, un charmant aviso gréé en goélette quittait New-York, vers cinq heures de l'après-midi, et, poussé par une brise favorable, prenait la mer, toutes voiles dehors.
C'était l'Atalante, un des plus fins, voiliers de la marine. La petite goélette faisait partie d'une escadre d'exploration qui, évoluait sur les côtes d'Amérique; elle avait reçu pour mission d'aller prendre à New-York les dépêches de France, et, après avoir mouillé quelques jours en vue du port, elle repartait, alerte et vive, pour rallier l'escadre et lui apporter les correspondances attendues…
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– Cela se comprend.

– N’est-ce pas? mais je n’entends point vous enlever à mes hôtes; j’ai moi-même des devoirs sacrés à remplir, et je vous rends toute votre, liberté.

– J’en profite pour me retirer, dit Gaston en souriant.

– Eh quoi! déjà?

– Le monde m’intimide et je m’y sens fort mal à l’aise.

– Mais je vous reverrai?

– Je vous le promets.

– À bientôt, alors.

– Oui! oui! à bientôt.

Après avoir quitté M. de Beaufort, Gaston de Pradelle fit quelques tours à travers les salons.

La fête n’avait pour lui qu’un attrait relatif; il n’y connaissait personne; il n’aimait ni le jeu ni la danse et rien ne semblait devoir le retenir.

Pourtant, il resta encore une heure environ, et, instinctivement, en dépit de sa volonté même, il cherchait à revoir cette enfant, qui avait fait sur lui une si sérieuse impression.

Ce n’était pas de l’amour cependant.

Il fallait d’autres raisons pour éveiller un pareil sentiment dans un cœur comme le sien; le jour où Gaston aimerait, il savait bien d’avance qu’il donnerait à cet amour, quel qu’il fût, à quelque femme qu’il s’adressât, son âme, son être, sa vie tout entière.

Mais s’il n’aimait pas Edmée, elle lui inspirait un intérêt comme jamais il n’en avait éprouvé: son image ne le quittait pas. Il voyait toujours ses grands yeux noirs, à la flamme intense; il entendait sa voix pénétrante et douce, et sentait encore le contact de son corps charmant et souple.

À plusieurs reprises, pendant qu’il errait à travers le bal, il la revit allant et venant à travers les méandres des quadrilles.

Et il ne put se détacher de cette gracieuse apparition.

Une fois même leurs regards se rencontrèrent, il lui sembla que quelque chose d’inusité, d’inconnu, remuait en lui!

Naïvement il mettait l’émotion dont il était saisi sur le compte de cette ressemblance singulière qu’il avait constatée.

Cela le rejetait de quelques années en arrière. Il se retrouvait sur la côte d’Amérique, découvrant dans le phare Saint-Laurent la jeune femme que la mort de son geôlier venait de faire libre.

C’était bien elle!

Plus jeune, plus belle, dans tout l’éclat de ses dix-huit ans, avec la même résignation, et aussi avec ces lueurs étranges qu’il avait vues traverser le regard de Fanny Stevenson, et que tout à l’heure il avait surpris, éclairs fugitifs, dans celui d’Edmée.

Minuit, qui sonna bientôt, le rappela à ses résolutions.

Il ne voulait pas se laisser détourner davantage, et, prenant son parti, il gagna la porte et disparut.

Peu après, il rentrait chez lui.

Il était une heure: Bob l’attendait.

Bob avait grandi depuis que nous ne l’avons vu, et il était devenu novice.

C’était maintenant un grand garçon, bien découplé, le visage imberbe, l’œil bien ouvert, et conservant dans toute sa physionomie cet air particulier qui semble être l’estampille indélébile de l’enfant, ou pour mieux dire, du gamin de Paris.

Bob adorait Gaston; jamais il ne se couchait avant que son maître ne fût rentré.

Mais ce soir-là, il avait une raison particulière pour l’attendre.

Gaston venait de gagner sa chambre à coucher, Bob l’y avait suivi.

– Il n’est venu personne me demander pendant mon absence? questionna Gaston en remettant son pardessus à Bob.

– Pardon, commandant, répondit ce dernier, il est venu, au contraire, un visiteur qui a paru contrarié de ne pas vous rencontrer.

– Un visiteur? Il n’a pas dit son nom?

– Il entend ne le dire qu’à vous-même.

– Alors, il reviendra…

– Demain matin.

– N’a-t-il pas fait connaître, au moins, quel motif l’amenait?

– Il n’a rien dit de semblable. Seulement, comme il n’est pas ordonné d’avoir ses yeux dans sa poche…

Gaston regarda Bob avec curiosité.

– Eh mais! au fait, reprit-il aussitôt; je ne remarquais pas!… Je gage que tu as quelque chose de plus à me dire?

– Peut-être bien! fit le jeune novice.

– Parle, alors.

– C’est que cela serait si extraordinaire!

– Quoi donc?

– Cet homme…

– Après?

– J’ai cru le reconnaître! Et quoique je ne l’aie vu qu’un instant, il y a longtemps! cependant je jurerais!…

– Voyons, achève, pourquoi toutes ces réticences?

– Eh bien, vous rappelez-vous, commandant, ce qui est arrivé il y a huit ou dix ans, au phare Saint-Laurent, et la visite que nous avons faite, en compagnie de miss Fanny Stevenson, au bourg de Smeaton.

– Il m’en souvient! répliqua vivement Gaston, mais quel rapport?

– Vous n’avez pas oublié alors le capitaine Palmer, et la scène à laquelle nous avons assisté dans la misérable hutte qu’il habitait.

– Ah! je n’ai rien oublié de ce qui s’est passé là! où veux-tu en venir?

– C’est que l’homme qui est venu ce soir…

– Ce serait Palmer!…

– Lui-même.

– Tu en es sûr?

– Oh! on a l’œil américain, quoiqu’on soit né dans le faubourg Antoine, et celui-là…

– Lui! ce serait lui! – Que vient-il faire en France, à Paris? – Voilà certes une coïncidence inattendue, et Dieu veuille qu’il n’y ait pas une menace de malheur dans la visite de ce misérable!

III

Gaston se coucha fort tard.

Il était agité et fiévreux.

Il se rappelait avec des frissons ce qui s’était passé durant cette soirée; de singulières idées lui venaient, et il se demandait la cause de cette pâleur qu’il avait surprise sur le front de M. de Beaufort pendant qu’il lui parlait de Fanny Stevenson.

Son sommeil fut hanté de fantômes, et quand il se réveilla le lendemain, il était déjà grand jour.

Dix heures venaient de sonner: il appela Bob.

Ce dernier accourut.

– Cet homme? cet homme? demanda Gaston, sans chercher à dissimuler son impatience, est-il venu?

– Il attend depuis une demi-heure.

– Et cette fois, du moins, il a dit son nom?

– Il s’appelle le capitaine Georges-Adam Palmer.

Gaston sauta à bas de son lit.

– Bien! bien! dit-il, je suis à lui; qu’il ne s’éloigne pas, il faut que je lui parle.

Et pendant que Bob s’éloignait, il s’habilla sommairement à la hâte.

Quand il entra dans le cabinet où l’attendait Palmer, il n’eut pas de peine à le reconnaître, quoique le capitaine se fût singulièrement modifié.

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