La face des eaux [The Face of the Waters - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Livre de poche
- ISBN: 2-253-07191-9
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
— Eh bien, soyez rassurée, dit-il.
Il espérait de tout cœur ne pas s’être trompé, mais il n’y avait pas véritablement de raison de le redouter.
Il la regarda se rhabiller en se demandant s’il y avait vraiment quelque chose entre Gabe Kinverson et elle. Lawler ne s’intéressait pas aux potins de l’île et il ne s’était jamais posé la question. Maintenant qu’il envisageait cette possibilité, il constatait, à son profond étonnement, qu’elle lui était extrêmement pénible.
— Avez-vous traversé une période de grande tension, ces derniers temps ? demanda-t-il.
— Non, pas que je sache.
— Trop de travail ? Un sommeil difficile ? Une liaison amoureuse qui tourne mal ?
— Non aux trois questions, répondit-elle en lui lançant un regard bizarre.
— Il nous arrive d’être très tendu sans en prendre conscience, poursuivit Lawler. La tension s’accumule à notre insu et devient une partie intégrante du quotidien. Ce que je veux dire, c’est que je pense qu’il s’agit d’une toux nerveuse.
— C’est tout ? demanda-t-elle, l’air déçu.
— Vous voulez que ce soit une infestation du champignon tueur ? Soit, c’est bien cela. Quand vous arriverez au stade où les filaments sortiront par vos oreilles, couvrez-vous la tête d’un sac pour ne pas gêner vos voisins. Sinon, ils pourraient penser qu’ils sont menacés de contagion. Ce ne sera pas le cas avant que vous libériez des spores, mais cela ne se produira que bien plus tard.
— Je ne savais pas que vous aviez des dons de comédien, dit-elle en riant.
— Je n’en ai pas.
Lawler lui prit la main en se demandant si c’était un geste provocant ou simplement une attitude avunculaire, dans le rôle du bon vieux docteur Lawler.
— Écoutez, dit-il, je n’ai rien trouvé d’anormal et, selon toute vraisemblance, votre toux est d’origine nerveuse. Elle provoque une irritation des voies respiratoires et des muqueuses qui, en se prolongeant, ne fait qu’empirer. Elle disparaîtra à la longue, mais cela peut prendre du temps. Je vais vous donner un tranquillisant, un calmant du système nerveux, de quoi apaiser assez longtemps cette toux pour que cesse l’irritation, pour que vous arrêtiez d’envoyer à votre cerveau l’ordre de tousser.
Lawler constata avec étonnement qu’il était disposé à partager avec elle son extrait d’herbe tranquille. Jamais il n’avait parlé à personne des propriétés de cette algue et, à plus forte raison, ne l’avait jamais prescrite à aucun de ses patients. Mais la drogue semblait le traitement le mieux approprié et il en avait plus qu’il ne lui en fallait pour sa consommation personnelle.
Il alla chercher une gourde dans un placard, y versa deux ou trois centilitres du liquide rose et la boucha avec une capsule de plastique de mer.
— C’est une préparation que je fais moi-même à partir de l’herbe tranquille, une des algues qui poussent dans notre lagon. Versez tous les matins cinq à six gouttes, pas plus, dans un verre d’eau. C’est un remède énergique. La plante renferme des alcaloïdes puissants qui pourraient vous assommer complètement, poursuivit-il en lui lançant un regard pénétrant. Il suffirait de grignoter quelques bouchées de cette algue pour perdre connaissance pendant une semaine. Et peut-être même ne jamais se réveiller. L’extrait que je vous ai donné est extrêmement dilué, mais soyez quand même prudente.
— Vous en avez pris un peu vous-même, n’est-ce pas, juste quand nous sommes entrés ?
Cela ne lui avait donc pas échappé. Vivacité du regard, esprit d’observation. Intéressant.
— Il m’arrive, à moi aussi, d’être un peu trop nerveux, dit Lawler.
— Est-ce moi qui vous rend nerveux ?
— Vous comme tous mes patients. Je ne suis pas très calé en médecine et je n’aimerais pas qu’ils s’en rendent compte. Non, ce n’est pas vrai, poursuivit-il avec un petit rire forcé. Je n’en sais pas autant qu’il le faudrait, mais j’arrive à me débrouiller. Voyez-vous, j’utilise ce remède pour me calmer quand la journée commence mal, et la journée d’aujourd’hui n’a pas particulièrement bien commencé pour moi. Cela n’a rien à voir avec vous. Tenez, autant prendre votre première dose tout de suite.
Il versa quelques gouttes du liquide rose dans un verre qu’elle porta prudemment à ses lèvres. Elle but lentement et fit la grimace en percevant sur sa langue l’étrange et douce saveur des alcaloïdes.
— Cela vous fait de l’effet ? demanda Lawler.
— Oui ! Déjà ! C’est drôlement efficace !
— Peut-être trop, dit-il en griffonnant quelques mots sur la fiche. C’est assez insidieux. Cinq gouttes le matin, dans un verre d’eau, et surtout pas plus… Vous n’en aurez pas d’autre avant le début du mois prochain.
— Ho ! docteur !
L’expression de son visage avait changé du tout au tout et elle paraissait beaucoup plus détendue. Les yeux gris semblaient beaucoup plus animés et le regard presque pétillant ; les lèvres n’étaient plus aussi pincées ; les muscles de la joue perdaient leurs crispations incessantes. Elle paraissait plus jeune, plus jolie. Lawler n’avait encore jamais eu l’occasion d’observer les effets de l’herbe tranquille sur quelqu’un d’autre que lui. Ils étaient saisissants.
— Comment avez-vous découvert cette drogue ? demanda-t-elle.
— Les Gillies l’utilisent comme relaxant musculaire pour le poisson-chair qu’ils chassent dans la baie.
— Les Habitants, vous voulez dire ?
Il ne s’attendait assurément pas à se faire reprendre de la sorte. « Habitants » était le nom que se donnait la race dominante et indigène d’Hydros. Mais, au bout de quelques mois sur la planète, les humains, du moins ceux des îles de la Mer Natale, ne les appelaient plus autrement que Gillies. L’usage était peut-être différent sur l’île de la Mer d’Azur d’où elle venait. Ou peut-être était-ce ce que les jeunes disaient aujourd’hui. Les usages changent. Cela lui rappela qu’il avait dix ans de plus qu’elle. Mais c’est plus probablement par respect qu’elle employait le nom officiel, pour bien marquer qu’elle étudiait la culture gillie. Quelle importance ? Si elle préférait les appeler ainsi, il saurait se montrer conciliant.
— Oui, dit-il, les Habitants. Ils arrachent quelques fibres qu’ils enroulent autour d’un appât et lancent le tout en pâture aux poissons-chair qui, après l’avoir avalé, perdent toute énergie et remontent à la surface où ils flottent sans pouvoir bouger. Il ne reste plus aux Habitants qu’à les attraper sans avoir à se préoccuper de leurs tentacules acérés. C’est un vieux marin du nom de Jolly qui m’a raconté cela quand j’étais petit. Cette histoire m’est revenue en mémoire bien des années plus tard et je suis descendu au port pour les regarder faire. J’ai aussi cueilli quelques algues et j’en ai expérimenté les effets. Je pensais pouvoir m’en servir comme anesthésique.
— Et alors ?
— Cela marche avec les poissons-chair, mais je n’ai guère d’opérations chirurgicales à pratiquer sur eux. Mais, en utilisant la drogue sur des humains, j’ai découvert que la dose nécessaire comme anesthésique était mortelle. C’était ma période d’essai, ajouta-t-il avec un petit sourire amer. Celle où la plupart étaient catastrophiques. Mais, à la longue, j’ai découvert qu’une préparation énormément diluée produisait un très puissant tranquillisant. Comme vous venez de le constater, il est extrêmement efficace. Nous pourrions le commercialiser dans toute la galaxie, si seulement il nous était possible d’expédier quoi que ce soit hors de cette fichue planète.
— Et vous êtes le seul à connaître cette drogue ?