Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi
- Автор: Pancol Katherine
- Язык: французский
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi». Краткое содержание книги:
Mais dans le monde de la mode, elle se débrouille pour avancer.
Hortense n'a aucun scrupule, a un but, et y arrive systématiquement.
Et puis Gary est assez sexy avec sa musique et sa détermination.
Joséphine est à Paris.
Elle fait la bonne mère de famille, soutient son HDR, peine à se remettre à l'écriture...
Et a une vie sentimentale proche du néant.
Zoé, la petite dernière, grandit et s'épanouit tandis que Shirley, outre Manche, se sent vieille, inutile et refuse d'aimer.
Philippe et Alexandre sont aussi à Londres et méditent sur la vacuité de l'existence.
Marcel et Josiane cohabitent avec un surdoué, c'est pas évident mais assez marrant.
Et la méchante Henriette est maintenue en vie par son avarice et sa perversité.
Elle avait commandé deux pizzas avec beaucoup de fromage et deux cafés. Avait dessiné sur la nappe en papier un petit blouson abandonné dans une vitrine. Lui avait ajouté deux bras qui se tendaient vers elle… Il était délavé juste ce qu’il fallait. Et le col ? Elle avait eu le temps de remarquer le col… Parfait. Et les manchettes aussi. Parfaites, les manchettes… On pouvait les retrousser.
J’en ai marre de ne jamais avoir d’argent, elle avait marmonné en posant son crayon, en déchirant le bout de nappe en papier, en en faisant des confettis qu’elle avait éparpillés sur le sol.
Mais que faisait Gary ? Il y avait la queue aux toilettes ? Elle lui piquerait bien son écharpe…
Il était revenu avec un sac en papier marron, l’avait posé sur la table. J’ai trouvé ça aux chiottes, il avait dit, regarde ce qu’il y a dedans. Ça va pas, la tête ! elle avait répondu en haussant les épaules, j’ai commandé les pizzas et deux cafés. Si ça va très bien, regarde… Elle avait ouvert le sac du bout des doigts d’un air dégoûté. C’était le petit blouson en jean. Elle avait eu des larmes aux yeux.
— Oh ! Gary… Comment as-tu deviné que…
— Tu crois qu’il t’ira ?
Elle l’avait enfilé.
— Il est pas un peu petit ? il avait demandé.
— Il est parfait ! Je t’interdis de dire du mal de mon blouson !
Elle l’avait gardé tout l’après-midi et toute la nuit.
Et pendant des semaines, elle ne l’avait pas quitté.
Elle attrapa le blouson en jean. Enfouit son nez dedans. Se souvint de ce jour-là. Ils avaient marché en se tenant par la main, en arpentant les rues pavées de Camden. Ils avaient fouillé les étalages à la recherche d’un objet bizarre. Une vieille hélice d’avion ou une maquette de bateau. Gary cherchait un cadeau pour un copain dont c’était l’anniversaire. Il s’appelait comment déjà ? Elle ne se souvenait plus. Mais elle se rappelait les pavés luisants sur lesquels elle glissait, sa main dans la main de Gary et le petit blouson en jean qui la serrait un peu aux épaules. Elle pensa que fait-il en ce moment ? Pourquoi n’appelle-t-il pas ? Pourquoi se faire toujours la guerre ? Elle prit la robe noire à fermetures Éclair. Elle en avait fait faire un prototype rien que pour elle. En tissu élastique qui la moulait de très près. Elle ne pouvait presque plus respirer. L’enfila. Brossa ses longs cheveux, se maquilla de deux longs traits noirs qui faisaient ressortir le vert de ses yeux, blanc, le teint, très blanc, rouge, la bouche, très rouge. Mit ses hautes sandales roses. Quoi d’autre ? se dit-elle en scrutant le miroir. Le petit détail qui allait tout enlever. Où es-tu, petit détail ? Elle retroussa les manches du blouson, choisit une paire de gants noirs en cuir qui dénudaient le poignet. Une grosse broche de chez Topshop qu’elle accrocha au col du blouson. Recula d’un pas. Parfait.
Empoigna une grande besace. La balança pour juger de l’effet. Plus que parfait.
Une longue écharpe noir et blanc. Une paire de lunettes noires.
En route pour la gloire !
Elle sauta dans un taxi, se fit déposer devant le Sketch. Salua le videur à l’entrée qui la laissa entrer sans faire la queue et la salua d’un hi honey ! Toujours aussi belle et bandante ! Elle lui accorda un sourire parfait, le sourire de chat qui tue à bout portant. Il avait raison, elle était belle, bandante, elle le sentait en marchant, tout était parfait, ce soir, tout était parfait sauf qu’elle avait toujours le cœur lourd. Lourd et vide à la fois. J’ai 87 % et je suis projet de l’année, se dit elle, pour se fouetter l’humeur, et elle donna un coup de hanche en franchissant la porte, comme si elle voulait se débarrasser de ce cœur trop lourd ou trop vide.
Elle heurta un homme dans l’entrée. Il s’excusa. Lui dit on se connaît ? elle répondit un peu vieux, le truc, non ? Il sourit. La détailla des pieds à la tête en prenant le temps. Lui sourit encore d’un petit sourire sec.
— J’aime bien votre façon de vous habiller… C’est vous qui avez trouvé tout ça ?
Elle le regarda, interloquée.
— Je veux dire… La robe noire, le zip devant, le zip derrière, le petit blouson en jean trop court, les gants retroussés, la broche, la grande écharpe…
Elle écarquilla les yeux.
— Ben oui… La robe, c’est une création à moi… Pour H&M, mentit-elle avec aplomb. Un projet qu’ils m’ont commandé… Ils comptent en faire le clou de leur collection d’hiver.
Il la considéra avec respect.
— Vous êtes jeune pourtant…
— Et alors ?
— Vous avez raison… c’est idiot de ma part de dire ça…
— Je ne vous le fais pas dire…
— Je travaille chez Banana Republic. Je dirige le département stylisme. J’aime beaucoup votre allure… Je vous propose un marché. Vous venez passer deux mois chez Banana, vous trouvez des idées et je vous paie. Vous serez très bien payée…
— Vous avez une carte ?
— Oui…
Il lui tendit une carte de visite. Elle lut son nom, son titre, Banana Republic.
— Je peux la garder ?
— Vous ne me répondez pas…
— J’ai un agent, vous l’appellerez, il vous dira mes conditions.
— Vous me donnez son nom et ses coordonnées ? Je l’appelle demain matin à l’aube. Il faudra commencer en juillet. Vous serez libre ?
Elle donna le nom de Nicholas et son téléphone. Elle aurait juste le temps de le prévenir.
— C’est lui qui s’occupe de mes contrats…
— Vous avez le temps de boire un verre ?
Hortense réfléchit. L’homme avait l’air honnête et la carte de visite paraissait sérieuse.
— Je préviens ma copine qui m’attend et je vous retrouve au bar ?
Elle s’éloigna, vérifia qu’il ne la suivait pas des yeux, bifurqua, prit la direction des toilettes, s’enferma et appela Nicholas.
— J’ai une proposition de travail pour cet été ! J’ai trouvé, j’ai trouvé ! Deux mois chez Banana Republic pour dessiner des modèles ! Pas pour ranger des boîtes au sous-sol et coller des étiquettes, mais pour trouver des idées pour leur collection ! C’est pas génial, Nico, c’est pas génial ! Et dire que j’avais pas envie de sortir, ce soir ! J’ai failli rester à la maison…
Il voulut avoir des détails.
— Je sais rien d’autre. Je lui ai dit que tu étais mon agent et il t’appelle demain matin pour discuter du prix, des conditions et tout le reste. Tu me rappelles dès que tu as raccroché avec lui, d’accord ? Pince-moi, pince-moi, je peux pas y croire !
— Tu vois, ma belle, fallait pas désespérer… Quand je te disais que dans ce milieu de la mode, tout peut arriver en un clin d’œil…
— Attendons que ce soit signé… Vends-moi comme la star montante, fais-le saliver…
— Compte sur moi !
Elle retrouva l’homme au bar. Il s’appelait Frank Cook. Il était grand, sec, des traits fins, des cheveux légèrement grisonnants sur les tempes, un regard acéré de maquignon. Il devait avoir quarante-quarante-cinq ans. Il portait une alliance et une veste en toile bleu marine.