Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]
- Автор: Азимов Айзек
- Год: 1961
- Язык: французский
- Переводчик: Andre-Yves Richard
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Face aux feux du Soleil [The Naked Sun - fr]». Краткое содержание книги:
C’est désormais sur la lointaine planète Solaria qu’ils vont devoir exercer leur talent. Sur ce monde, les hommes n’acceptent plus de se rencontrer physiquement mais se « visionnent » grâce à des projections télévisées.
Or, un meurtre a été commis, un meurtre apparemment impossible puisque aucun Solarien n’aurait eu la force nerveuse suffisante pour s’approcher d’un de ses compatriotes. Qui plus est, un robot semble impliqué, ce qui est absurde, puisque les lois de la robotique interdisent à ces êtres de métal de causer le moindre tort aux hommes.
Aussitôt, Daneel s’excusa :
— J’ai oublié de faire signaler par le robot que toutes les ouvertures donnant sur l’extérieur devaient être voilées. J’en suis désolé et nous allons faire ce…
— Bah ! Laissez donc. Ne vous mêlez de rien.
Ce qu’il regardait, devant lui, représentait une salle de bains, ou du moins, il pensait que c’était cela, d’après les appareils. A une des extrémités se trouvait une espèce de salon d’esthétique, devina-t-il, et, dans son imagination, il se représentait un robot ou des robots s’activant avec une dextérité infaillible sur les détails de la coiffure d’une femme et sur les avantages qui composaient l’image d’elle-même qu’elle offrait au monde.
Quant à certains ustensiles et bricoles divers, il désespérait d’en saisir le sens. Il n’avait aucune possibilité de juger de leur utilité, faute d’expérience. Les murs étaient incrustés d’une mosaïque complexe, qui trompait l’œil et faisait croire à la représentation d’un objet réel, avant de se dissoudre en un ensemble non figuratif. Le résultat était agréable, reposant, presque hypnotique, dans la manière dont il séduisait l’attention.
Ce qui pouvait être la cabine de douche, assez vaste, était masqué de lumière qui établissait un véritable mur opaque et ondoyant. Il n’y avait pas d’être humain en vue.
Baley se mit à considérer le plancher : où s’achevait la pièce où il se trouvait, où commençait l’autre ? C’était assez facile à voir. Il y avait une ligne de démarcation où la lumière changeait d’intensité, ce devait être là.
Il s’avança jusqu’à cette ligne, puis après un instant d’hésitation, passa la main au-delà. Il n’éprouva aucune sensation, pas plus que s’il avait passé la main à l’intérieur d’un champ tridimensionnel aussi fruste que ceux fabriqués sur Terre. Mais là, du moins, il aurait pu voir encore sa main : floue, peut-être, masquée par l’image, mais il l’aurait vue. Tandis qu’ici elle avait complètement disparu. Pour ses yeux, son bras se terminait là, sectionné au poignet.
Et s’il traversait complètement la ligne, très probablement sa vision serait anéantie. Il se trouverait dans un monde de ténèbres parfaites. La pensée de se trouver dans une enceinte aussi bien close était presque agréable.
Une voix vint interrompre le cours de ses méditations. Il leva la tête et regagna sa place avec une hâte maladroite.
Gladïa Delmarre parlait. Du moins, Baley présumait que c’était elle. La partie supérieure du rideau de lumière qui fermait la cabine de douche s’était dissipée et une tête se détachait clairement.
Elle sourit à Baley :
— Je vous disais bonjour et m’excusais de vous faire patienter. Je serai sèche dans un instant.
Elle avait un visage triangulaire, s’élargissant aux pommettes (qui ressortaient quand elle souriait) et s’affinant en un dessin très pur jusqu’à un menton petit, surmonté de lèvres pleines. Elle n’était pas très grande, probablement un mètre soixante, estima Baley. (Une taille pareille n’était pas courante, tout au moins selon les idées de Baley qui s’imaginait que les Spaciennes devaient être de grande taille et avoir un port altier.) Ses cheveux non plus n’avaient pas le chaud mordoré des Spaciens : ils étaient châtain clair, tirant très légèrement sur le roux ; elle les portait assez longs, mais, pour le moment, ils étaient tout ébouriffés sous l’action de ce que Baley supposait être un jet d’air chaud. L’ensemble était très agréable à contempler.
Baley, confus, dit :
— Si vous désirez que nous interrompions la liaison jusqu’au moment où vous serez prête.
— Mais non, mais non. J’en ai tout de suite fini, et nous pouvons parler entre-temps. Hannis Gruer m’avait prévenue que vous voudriez entrer en contact avec moi. Vous venez de la Terre, je crois. (Elle le regardait bien en face, et semblait le boire des yeux.)
Baley acquiesça et s’assit :
— Mais mon collègue vient d’Aurore.
Elle sourit, mais sans détourner son regard de Baley, comme si, de toute façon, c’était lui l’élément intéressant de l’équipe.
Et après tout, pensait Baley, ce n’est que la vérité.
Elle leva les bras par-dessus la tête, se passant les doigts dans les cheveux, en les écartant, comme pour activer le séchage. Elle avait des bras minces et gracieux. Elle est très attirante, pensa Baley.
Puis une sorte de remords vint l’assaillir : « Jessie n’aimerait pas ça ! »
A ce moment d’ailleurs, Daneel demanda :
— Vous serait-il possible, madame Delmarre, de faire voiler ou polariser la fenêtre que nous voyons. Mon collègue est allergique à la lumière du jour. Sur Terre, comme vous l’avez peut-être…
La jeune femme (Baley pensait qu’elle avait à peine vingt-cinq ans, tout en se disant avec tristesse que l’âge apparent des Spaciens pouvait être trompeur) se prit les tempes entre les mains en s’écriant :
— Eh oui ! c’est vrai ! Je le sais bien. Comme c’est stupide de ne pas y avoir songé ! Excusez-moi, je vous prie, mais cela ne va demander qu’un instant. J’ai un robot ici qui va…
Elle sortit de sous le séchoir, la main tendue vers le bouton d’appel, tout en continuant de parler :
— J’ai toujours pensé qu’il me faudrait plus d’un bouton d’appel dans cette pièce. Ce n’est pas une maison bien conçue si vous n’avez pas de moyen d’appel à portée de la main à quelque endroit où l’on se trouve, disons à moins de deux mètres. C’est vraiment… Oh. ! qu’y a-t-il ?
Elle fixait, abasourdie, Baley, qui d’un bond s’était levé de son fauteuil, et s’était retourné précipitamment.
Daneel dit avec calme :
— Il vaudrait mieux, madame Delmarre, qu’après avoir appelé le robot, vous retourniez dans la cabine ou bien que vous passiez quelques vêtements.
Gladïa contempla avec surprise son anatomie sans voile et dit :
— Mais oui, bien sûr !
5
Discussion autour d’un meurtre
— Après tout, cela n’a pas d’importance, puisqu’il ne s’agit que de vision stéréo, dit Gladia, l’air contrit.
Elle s’était enveloppée dans quelque chose qui lui laissait les épaules et les bras nus. On voyait une jambe jusqu’à mi-cuisse mais Baley, qui s’était repris et se sentait un prodigieux imbécile, faisait stoïquement semblant de ne rien voir.
— La surprise, madame Delmarre… m’a…
— Oh ! ce n’est rien. Appelez-moi Gladia, à moins que ce ne soit contraire à vos habitudes.
— Bien ! Donc, Gladia, il faut que je vous dise que vous n’aviez rien de repoussant. Comprenez-moi bien, c’est de surprise que j’ai réagi ainsi. (C’était déjà assez idiot d’avoir joué les imbéciles au naturel, pensait-il, sans qu’en plus il laisse la pauvre fille penser qu’il la trouvait horrible. En fait, il la trouvait, en quelque sorte…)
Bon, bon, il n’arrivait pas à énoncer sa pensée, mais il était bien sûr d’une chose : c’est qu’il ne saurait, en aucune façon, en parler à Jessie.
— Je me rends compte que je vous ai choqué, dit Gladia, mais c’était tout à fait involontaire. J’avais seulement l’esprit ailleurs. Bien sûr, je conçois qu’il faille respecter les usages des autres planètes, mais quelquefois leurs coutumes sont si bizarres ; non, pas bizarres, se reprit-elle hâtivement. Je ne veux pas dire bizarres mais différentes, vous comprenez, et c’est si facile de les enfreindre sans y penser. Comme je n’ai pas pensé, non plus, à faire voiler les fenêtres.
— Ne vous inquiétez pas, murmura Baley. (Elle était dans une autre pièce maintenant où toutes les ouvertures étaient voilées et où la lumière avait une valeur légèrement différente et, plus agréable, d’éclairage artificiel.)