Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
Tandis que les deux équipages se débattaient, cherchant les bailles à ligne renversées, les avirons et tout le matériel flottant, tandis que le petit Flask sautait obliquement comme une fiole vide, levant les jambes par saccades pour échapper aux redoutables mâchoires des requins, et que Stubb hurlait à pleine poitrine qu’on vienne le ramasser à la cuillère, tandis que la ligne rompue du vieillard lui permettait désormais de ramer jusqu’à cet étang mousseux pour y sauver ce qu’il pourrait, au sein de ce sauvage amoncellement de mille dangers, la baleinière d’Achab, encore indemne, parut soulevée vers le ciel par des fils invisibles. Jaillissant des profondeurs à la verticale, telle une flèche, la Baleine blanche la bouta de son large front et l’envoya tournoyer en l’air, jusqu’à ce qu’elle retombât sens dessus dessous. Achab et ses hommes luttèrent pour s’en dégager comme des phoques sortant d’une caverne au bord de la mer.
L’élan de la baleine au moment où elle émergea modifia quelque peu sa direction à la surface, la lançant, malgré elle, de côté à une petite distance du centre de la destruction qu’elle avait accomplie; lui tournant le dos, elle resta un moment à tâtonner délicatement autour d’elle avec la queue et chaque fois qu’elle palpait un aviron, un bout de planche, le plus petit copeau, la moindre miette des pirogues, elle la redressait promptement et l’abattait par le travers, fouettant la mer. Mais bientôt, satisfaite de la besogne accomplie, elle poussa dans la vague son front ridé, et entraînant à sa suite les lignes emmêlées, elle poursuivit sa route sous le vent, à l’allure régulière d’un voyageur.
Comme la veille, le navire vigilant avait suivi la scène et une fois de plus il vint au secours, mit une embarcation à la mer et ramassa les hommes qui nageaient, les bailles, les avirons, tout ce qui était à portée et les déposa en sûreté sur le pont. Quelques épaules luxées, quelques poignets et quelques chevilles foulées, des contusions livides, des harpons et des lances tordues, un écheveau inextricable de lignes, des avirons et des bordés brisés, tout était là! Mais il n’y avait point de mort et les blessures étaient sans gravité. Comme Fedallah la veille, Achab était cramponné à la moitié intacte de sa baleinière, qui lui assurait une assez bonne flottabilité, et il n’était pas dans l’état d’épuisement du jour précédent.
Lorsqu’on l’eut aidé à prendre pied sur le pont, tous les yeux se rivèrent sur lui. Au lieu de se tenir seul, il était à demi pendu à l’épaule de Starbuck qui avait été le premier à se porter à son aide. Sa jambe d’ivoire avait été arrachée et il n’en restait qu’un court éclat aigu.
– Oui, oui, Starbuck, il est doux de s’appuyer parfois, quel que soit celui qui s’appuie. Pourquoi le vieil Achab ne s’est-il pas plus souvent appuyé?
– La virole n’a pas tenu, sir, dit le charpentier en s’avançant. J’avais fait cette jambe, avec du bon bois.
– Mais pas d’os cassés, j’espère sir, dit Stubb avec une inquiétude sincère.
– Oui! Brisés en éclats, Stubb! voyez-vous. Mais même avec un os rompu, le vieil Achab est intact, et mes os vivants ne sont pas plus à moi que cet os mort que j’ai perdu. Il n’est point de Baleine blanche, d’homme, ni de démon, capable d’effleurer même le vieil Achab dans son être intérieur inaccessible. Existe-t-il un plomb qui atteigne les profondeurs, un mât pour égratigner le ciel? Là-haut! Quelle direction?
– Droit sous le vent, sir.
– Alors, barre dessus, gardiens du navire, à foc de voiles une fois de plus! Alpalez les autres baleinières de rechange et gréez-les. Monsieur Starbuck faites l’appel de l’équipage des pirogues.
– Permettez-moi de vous soutenir d’abord jusqu’à la rambarde, sir.
– Oh, oh, oh! cette esquille me blesse à présent! Destin maudit! qui veut que l’âme aussi invincible du capitaine ait un second aussi lâche.
– Sir?
– Mon corps, homme, pas toi. Donne-moi quelque chose en guise de canne, là cette lance brisée fera l’affaire. Fais l’appel des hommes. Il est sûr que je ne l’ai point encore vu. Par le ciel, cela ne peut pas être!… manquant?… vite, rassemblez-les tous.
Le soupçon du vieil homme se confirma. Le Parsi manquait à l’appel.
– Le Parsi! s’écria Stubb, il a dû être pris dans…
– Que la fièvre jaune t’étrangle! Courez, vous tous… en haut, en bas la cabine, le gaillard d’avant… trouvez-le, trouvez-le… il n’est pas parti… pas parti!
Mais ils revinrent bientôt lui annoncer qu’ils ne le trouvaient nulle part.
– Oui, sir, dit Stubb… pris dans les nœuds de votre ligne… il m’a semblé le voir entraîné au fond…
– Ma ligne! ma ligne! Parti?… Parti?… Que signifie ce petit mot? Quel glas funèbre ébranle-t-il pour que le vieil Achab tremble comme s’il était le clocher? Le harpon aussi!… cherchez-le dans ce désordre, là… le voyez-vous?… le fer forgé, homme, celui de la Baleine blanche… non; non, fou stupide! C’est cette main même qui l’a lancé il est dans le poisson! Ohé, là-haut, ayez-la à l’œil! Vite! Tout le monde au gréement des pirogues… réunissez les avirons… harponneurs! les fers! les fers!… Hissez à bloc les cacatois… serrez toutes les écoutes!… La barre! doucement doucement… Je ferai dix fois le tour du globe démesuré… oui, et je plongerai droit en son travers, mais je la tuerai!
– Grand Dieu! pour un instant si bref, montre-toi, s’écria Starbuck, jamais, jamais, tu ne l’attraperas, vieillard. Au nom de Jésus, n’insiste pas davantage, c’est pire qu’une satanique folie. Deux jours de chasse, deux jours d’épaves, ta propre jambe arrachée une fois de plus… ton mauvais ange perdu… tous les bons anges en foule t’avertissant… Que veux-tu de plus?… Chasserons-nous ce poisson meurtrier jusqu’à ce qu’il ait englouti le dernier homme? Devons-nous être entraînés par lui jusque dans les abîmes de la mer?… jusque dans les profondeurs de l’enfer? Oh! oh! C’est impiété et blasphème que de le poursuivre plus longtemps!
– Starbuck, dernièrement j’ai été étrangement ému par toi, dès l’instant où nous avons vu ce que tu sais dans les yeux l’un de l’autre. Mais dans cette affaire de baleine, que ton visage soit comme la paume de cette main… lisse et dépourvu de lèvres, vide. Achab est Achab pour jamais, homme! Tout cela est écrit irrémédiablement. Nous en avons fait la répétition générale, toi et moi, un billion d’années avant que roulât cet Océan. Fou! Je suis au service des Parques, j’agis selon des ordres. Écoute, subalterne! tu dois obéir aux miens. Rassemblez-vous autour de moi, hommes. Vous voyez un vieil homme rompu, appuyé sur une lance brisée, soutenu par un pied solitaire. C’est Achab… le corps d’Achab… mais l’âme d’Achab est une scolopendre animée de mille pieds. Comme les câbles qui remorquent les frégates démâtées dans la tempête, je me sens tendu, les torons à demi coupés, et telle peut être mon apparence. Mais avant que je casse, vous m’entendrez craquer, et avant que vous entendiez cela, sachez que l’amarre d’Achab remorque toujours son intention. Croyez-vous, hommes à ce qu’on appelle des augures? Alors riez à gorge déployée et criez «encore»! Car avant de couler, les choses qui vont se perdre remontent deux fois à la surface, et remontent encore avant d’être englouties à jamais. Il en va ainsi de Moby Dick… pendant deux jours, elle est remontée… demain sera la troisième. Oui, homme, elle remontera une fois encore… mais seulement pour son dernier souffle! Vous sentez-vous le courage, hommes?