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François Le Champi

Электронная книга - «François Le Champi». Краткое содержание книги:

D'inspiration champêtre, 'François le Champi' est un roman où il n'est question que d'amour, écrit dans un style limpide et lumineux. Dans son livre, George Sand s'attache à reproduire le parler berrichon, et met en avant la grandeur de la vie à la campagne, décrivant avec poésie et sensibilité personnages et paysages.
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– Petit, je laisse ma jument à ton maître pour revenir demain matin; toi, tu vas monter sur la sienne et me prendre en croupe pour me ramener chez moi.

L’arrangement n’était point du goût de François. Il dit que la jument du moulin n’était pas assez forte pour porter deux personnes et qu’il s’offrait à reconduire la Sévère, elle montée sur sa bête, lui sur celle de Blanchet; qu’il s’en retournerait aussitôt chercher son maître avec une autre monture et qu’il se portait caution d’être de grand matin à Saint-Denis-de-Jouhet: mais la Sévère ne l’écouta non plus que le tondeur le mouton et lui commanda d’obéir. François avait peur d’elle parce que, comme Blanchet ne voyait que par ses yeux, elle pouvait le faire renvoyer du moulin s’il la mécontentait, d’autant qu’on était à la Saint-Jean. Il la prit donc en croupe sans se douter, le pauvre gars, que ce n’était pas un meilleur moyen pour échapper à son mauvais sort.

VIII

Quand ils se mirent en chemin, c’était à la brune, et quand ils passèrent sur la pelle de l’étang de Rochefolle, il faisait nuit grande. La lune n’était pas encore sortie des bois et les chemins qui sont, de ce côté-là, tout ravinés par les eaux de source, n’avaient rien de bon. Et si François talonnait la jument et allait vite, c’est car il s’ennuyait tout à fait avec la Sévère et il aurait déjà voulu être auprès de madame Blanchet.

Mais la Sévère, qui n’était pas si pressée d’arriver à son logis, se mit à faire la dame et à dire qu’elle avait peur, qu’il fallait marcher le pas, parce que la jument ne relevait pas bien ses pieds et qu’elle risquait de s’abattre.

– Bah! dit François sans l’écouter, ce serait donc la première fois qu’elle prierait le bon Dieu; car, sans comparaison du saint baptême, jamais je ne vis jument si peu dévote!

– Tu as de l’esprit, François, dit la Sévère en ricanant, comme si François avait dit quelque chose de bien drôle et de bien nouveau.

– Ah! pas du tout, ma foi, répondit le champi, qui pensa qu’elle se moquait de lui.

– Allons, tu ne vas pas trotter à la descente, que je compte?

– N’ayez pas peur, nous trotterons bien tout de même.

Le trot, en descendant, coupait le respire à la grosse Sévère et l’empêchait de causer, ce dont elle fut contrariée car elle comptait enjôler le jeune homme avec ses paroles. Mais elle ne voulut pas faire voir qu’elle n’était plus assez jeune ni assez mignonne pour endurer la fatigue, et elle ne dit mot pendant un bout de chemin.

Quand ça fut dans le bois de châtaigniers, elle s’avisa de dire:

– Attends, François, il faut t’arrêter, mon ami François: la jument vient de perdre un fer.

– Quand même elle serait déferrée, dit François, je n’ai là ni clous ni marteau pour la rechausser.

– Mais il ne faut pas perdre le fer. Ça coûte! Descends, je te dis, et cherche-le.

– Pardine, je le chercherais bien deux heures sans le trouver, dans ces fougères! Et mes yeux ne sont pas des lanternes.

– Si fait, François, dit la Sévère d’un ton moitié sornette, moitié amitié; tes yeux brillent comme des vers luisants.

– C’est donc que vous les voyez derrière mon chapeau? répondit François pas du tout content de ce qu’il prenait pour des moqueries.

– Je ne les vois pas à cette heure, dit la Sévère avec un soupir aussi gros qu’elle; mais je les ai vus d’autres fois!

– Ils ne vous ont jamais rien dit, reprit l’innocent champi. Vous pourriez bien les laisser tranquilles car ils ne vous ont pas fait d’insolence et ne vous en feront mie.

– Je crois, dit en cet endroit la servante du curé, que vous pourriez passer un bout de l’histoire. Ce n’est pas bien intéressant de savoir toutes les mauvaises raisons que chercha cette mauvaise femme pour surprendre la religion de notre champi.

– Soyez tranquille, mère Monique, répondit le chanvreur, j’en passerai tout ce qu’il faudra. Je sais que je parle devant des jeunesses et je ne dirai parole de trop.

Nous en étions restés aux yeux de François, que la Sévère aurait voulu rendre moins honnêtes qu’il ne se vantait de les avoir avec elle.

– Quel âge avez-vous donc, François? qu’elle lui dit, essayant de lui donner du vous, pour lui faire comprendre qu’elle ne voulait plus le traiter comme un gamin.

– Oh! ma foi! je n’en sais rien au juste, répondit le champi qui commençait à la voir venir avec ses gros sabots. Je ne m’amuse pas souvent à faire le compte de mes jours.

– On dit que vous n’avez que dix-sept ans, reprit-elle; mais moi, je gage que vous en avez vingt car vous voilà grand et bientôt vous aurez de la barbe.

– Ça m’est très égal, dit François en bâillant.

– Oui-da! vous allez trop vite, mon garçon. Voilà que j’ai perdu ma bourse!

– Diantre! dit François, qui ne la supposait pas encore si madrée qu’elle était, il faut donc que vous descendiez pour la chercher, car c’est peut-être de conséquence?

Il descendit et l’aida à dévaler; elle ne se fit point faute de s’appuyer sur lui, et il la trouva plus lourde qu’un sac de blé.

Elle fit mine de chercher sa bourse, qu’elle avait dans sa poche, et il s’en alla à cinq ou six pas d’elle, tenant la jument par la bride.

– Eh! vous ne m’aidez point à chercher? Fit-elle.

– Il faut bien que je tienne la jument, fit-il, car elle pense à son poulain et elle se sauverait si on la lâchait.

La Sévère chercha sous les pieds de la jument, tout à côté de François, et à cela il vit bien qu’elle n’avait rien perdu si ce n’est l’esprit.

– Nous n’étions pas encore là, dit-il, quand vous avez crié après votre boursicot. Il ne se peut donc guère que vous le retrouviez par ici.

– Tu crois donc que c’est une frime, malin? répondit-elle en voulant lui tirer l’oreille; car je crois que tu fais le malin…

Mais François se recula et ne voulut point batifoler.

– Non, non, dit-il, si vous avez retrouvé vos écus, partons, car j’ai plus envie de dormir que de plaisanter.

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