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François Le Champi

Электронная книга - «François Le Champi». Краткое содержание книги:

D'inspiration champêtre, 'François le Champi' est un roman où il n'est question que d'amour, écrit dans un style limpide et lumineux. Dans son livre, George Sand s'attache à reproduire le parler berrichon, et met en avant la grandeur de la vie à la campagne, décrivant avec poésie et sensibilité personnages et paysages.
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– Eh bien, c’est que… c’est que vous embrassez Jeannie bien souvent et que vous ne m’avez jamais embrassé depuis le jour que nous disions tout à l’heure. J’ai pourtant grand soin d’avoir toujours la figure et les mains bien lavées parce que je sais que vous n’aimez pas les enfants malpropres et que vous êtes toujours après laver et peigner Jeannie. Mais vous ne m’embrassez pas davantage pour ça, et ma mère Zabelle ne m’embrassait guère non plus. Je vois bien pourtant que toutes les mères caressent leurs enfants et c’est à quoi je vois que je suis toujours un champi et que vous ne pouvez pas l’oublier.

– Viens m’embrasser, François, dit la meunière en asseyant l’enfant sur ses genoux et en l’embrassant au front avec beaucoup de sentiment. J’ai eu tort, en effet, de ne jamais songer à cela, et tu méritais mieux de moi. Tiens, tu vois, je t’embrasse de grand cœur et tu es bien sûr à présent que tu n’es plus champi, n’est-ce pas?

L’enfant se jeta au cou de Madeleine et devint si pâle qu’elle en fut étonnée et l’ôta doucement de dessus ses genoux en essayant de le distraire. Mais il la quitta au bout d’un moment et s’enfuit tout seul comme pour se cacher, ce qui donna de l’inquiétude à la meunière. Elle le chercha et le trouva à genoux dans un coin de la grange et tout en larmes.

– Allons, allons, François, lui dit-elle en le relevant, je ne sais pas ce que tu as. Si c’est que tu penses à ta pauvre mère Zabelle, il faut faire une prière pour elle et tu te sentiras plus tranquille.

– Non, non, dit l’enfant en tortillant le bord du tablier de Madeleine et en le baisant de toutes ses forces, je ne pensais pas à ma pauvre mère. Est-ce que ce n’est pas vous qui êtes ma mère?

– Et pourquoi pleures-tu donc? Tu me fais de la peine.

– Oh non! oh non! je ne pleure pas, répondit François en essuyant vitement ses yeux et en prenant un air gai; c’est-à-dire, je ne sais pas pourquoi je pleurais. Vrai, je n’en sais rien, car je suis content comme si j’étais en paradis.

V

Depuis ce jour-là Madeleine embrassa cet enfant matin et soir, ni plus ni moins que s’il eût été à elle, et la seule différence qu’elle fît entre Jeannie et François, c’est que le plus jeune était le plus gâté et le plus cajolé, comme son âge le comportait. Il n’avait que sept ans lorsque le champi en avait douze, et François comprenait fort bien qu’un grand garçon comme lui ne pouvait être amijolé comme un petit. D’ailleurs ils étaient encore plus différents d’apparence que d’âge. François était si grand et si fort qu’il paraissait un garçon de quinze ans, et Jeannie était mince et petit comme sa mère dont il avait toute la retirance.

En sorte qu’il arriva qu’un matin qu’elle recevait son bonjour sur le pas de sa porte et qu’elle l’embrassait comme de coutume, sa servante lui dit:

– M’est avis, sans vous offenser, notre maîtresse, que ce gars est bien grand pour se faire embrasser comme une petite fille.

– Tu crois? répondit Madeleine étonnée. Mais tu ne sais donc pas l’âge qu’il a?

– Si fait; aussi je n’y verrais pas de mal, n’était qu’il est champi et que moi, qui ne suis que votre servante, je n’embrasserais pas ça pour bien de l’argent.

– Ce que vous dites là est mal, Catherine, reprit madame Blanchet, et surtout vous ne devriez pas le dire devant ce pauvre enfant.

– Qu’elle le dise et que tout le monde le dise, répliqua François avec beaucoup de hardiesse. Je ne m’en fais pas de peine. Pourvu que je ne sois pas champi pour vous, madame Blanchet, je suis très content.

– Tiens, voyez donc, dit la servante. C’est la première fois que je l’entends causer si longtemps. Tu sais donc mettre trois paroles au bout l’une de l’autre, François? Eh bien! vrai, je croyais que tu ne comprenais pas seulement ce qu’on disait. Si j’avais su que tu écoutais, je n’aurais pas dit devant toi ce que j’ai dit, car je n’ai nulle envie de te molester. Tu es bon garçon, très tranquille et complaisant. Allons, allons, n’y pense pas; si je trouve drôle que notre maîtresse t’embrasse, c’est parce que tu me parais trop grand pour ça et que ta câlinerie te fait paraître encore plus sot que tu n’es.

Ayant ainsi raccommodé la chose, la grosse Catherine alla faire sa soupe et n’y pensa plus.

Mais le champi suivit Madeleine au lavoir et, s’asseyant auprès d’elle, il lui parla encore comme il savait parler avec elle et pour elle seule.

– Vous souvenez-vous, madame Blanchet, lui dit-il, d’une fois que j’étais là, il y a bien longtemps, et que vous m’avez fait dormir dans votre chéret?

– Oui, mon enfant, répondit-elle, et c’est même la première fois que nous nous sommes vus.

– C’est donc la première fois? Je n’en étais pas certain, je ne m’en souviens pas bien; car quand je pense à ce temps-là, c’est comme dans un rêve. Et combien d’années est-ce qu’il y a de ça?

– Il y a… attends donc, il y a environ six ans car mon Jeannie avait quatorze mois.

– Comme cela je n’étais pas si vieux qu’il est à présent? Croyez-vous que quand il aura fait sa première communion, il se souviendra de tout ce qui lui arrive à présent?

– Oh! oui, je m’en souviendrai bien, dit Jeannie.

– Ça dépend, reprit François. Qu’est-ce que tu faisais hier à cette heure-ci?

Jeannie, étonné, ouvrit la bouche pour répondre, et resta court d’un air penaud.

– Eh bien! et toi? je parie que tu n’en sais rien non plus, dit à François la meunière qui avait coutume de s’amuser à les entendre deviser et babiller ensemble.

– Moi, moi? dit le champi embarrassé, attendez donc… J’allais aux champs et j’ai passé par ici… et j’ai pensé à vous; c’est hier, justement, que je me suis souvenu du jour où vous m’avez plié dans votre chéret.

– Tu as bonne mémoire et c’est étonnant que tu te souviennes de si loin. Et te souviens-tu que tu avais la fièvre?

– Non, par exemple!

Et que tu m’as rapporté mon linge à la maison sans que je te le dise?

– Non plus.

– Moi, je m’en suis toujours souvenue, parce que c’est à cela que j’ai connu que tu étais de bon cœur.

– Moi aussi, je suis d’un bon cœur, pas vrai, mère? dit le petit Jeannie en présentant à sa mère une pomme qu’il avait à moitié rongée.

– Certainement, toi aussi, et tout ce que tu vois faire de bien à François, tu le feras aussi plus tard.

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