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Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]

Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:

Ils sont quatre :
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.

Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
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— C’est une attitude. Un masque. Pauvre couillon de réac ! Il t’isole, il t’épargne tout engagement quel qu’il soit, émotionnel, politique, idéologique, métaphysique. Tu déclares que tu n’y comprends rien et tu détournes les yeux en riant. Pourquoi être un zombie, Timothy ? Pourquoi te déconnecter ?

— Il n’y peut rien, Eli, dis-je. Il a été élevé en gentleman. Il est déconnecté par définition.

— Vous me faites chier ! fit Timothy de sa plus belle voix de gentleman. Qu’est-ce que vous connaissez, vous autres ? Et qu’est-ce que je fous là ? À parcourir la moitié de l’hémisphère entraîné par un Juif et par un pédé pour vérifier l’existence d’un conte de fées vieux de mille ans !

Je lui fis une petite courbette :

— Bravo, Timothy ! La marque d’un véritable homme du monde : il ne blesse jamais qu’intentionnellement.

— C’est toi qui poses la question, dit Eli. Réponds-y : Qu’est-ce que tu fous ici ?

— Et ne dis pas que c’est moi qui t’ai entraîné, ajoutai-je. C’était l’idée d’Eli. Je suis aussi sceptique que toi, peut-être davantage.

Timothy renifla. Je crois qu’il se sentait dépassé par le nombre. Il déclara tranquillement :

— Je suis venu pour la balade. Vous m’avez demandé de venir. Il fallait quatre types, disiez-vous, et je n’avais rien de mieux à faire pour Pâques. Mes copains. Mes amis. J’ai accepté. Ma bagnole, mon fric. Je suis capable d’aller jusqu’au bout d’un gag. Margo est entichée d’astrologie. C’est la Balance par-ci et les Poissons par-là, et Mars qui transite dans la dixième maison du soleil, et Saturne à la corne. Elle ne baise jamais sans consulter d’abord les étoiles, ce qui parfois peut être fort gênant. Est-ce que je me fous d’elle pour autant ? Est-ce que je la tourne en dérision pour ça comme fait son père ?

— Seulement intérieurement, fit Eli.

— Ça, c’est mes oignons. J’accepte ce que je peux accepter. Le reste, je n’en ai rien à foutre ! Mais j’ai l’esprit large. Je tolère ses croyances, comme je tolère les tiennes, Eli. Encore une marque de l’homme du monde, Ned : il est aimable, il ne fait pas de prosélytisme. Il n’insiste jamais pour vendre sa marchandise aux dépens de celle d’un autre.

— Il n’a pas besoin de le faire, dis-je.

— Il n’en a pas besoin, c’est vrai. Mais d’accord, je suis là. C’est moi qui paye les notes, oui ou non ? Je coopère à 400 pour 100. Faut-il que j’aie la foi, moi aussi ? Faut-il que j’entre dans votre religion ?

— Et qu’est-ce que tu feras, demanda Eli, quand tu seras dans le monastère et que les Gardiens nous offriront de subir l’Épreuve ? Seras-tu aussi sceptique ? Ton habitude de ne croire à rien t’empêchera-t-elle de te laisser faire ?

— J’aviserai, répondit lentement Timothy, quand je disposerai d’un peu plus d’éléments pour me faire une idée. — Soudain, il se tourna vers Oliver : — On ne t’entend pas beaucoup, toi.

— Qu’est-ce que tu veux que je te dise ? rétorqua Oliver. Son grand corps mince était allongé devant le poste de télévision. Chacun de ses muscles saillait sous sa peau : un manuel d’anatomie humaine ambulant. Son imposant appareil rose qui pendait au milieu d’une forêt dorée m’inspirait des pensées impies. Rétro me, Satanas. Tel est le chemin de Gomorrhe, sinon celui de Sodome.

— Tu n’as rien à déclarer pour contribuer à cette discussion ?

— Je n’ai pas vraiment suivi.

— Nous parlions de cette expédition. Le Livre des Crânes et le degré de créance que nous lui accordons, dit Timothy.

— Je vois.

— Aurais-tu la bonté de nous faire ta profession de foi, docteur Marshall ?

Oliver semblait être à mi-chemin d’un voyage intergalactique. Il déclara :

— J’accorde le bénéfice du doute à Eli.

— Tu crois aux Crânes, alors ? demanda Timothy.

— J’y crois.

— Même si nous savons que tout est absurde ?

— C’était aussi la position de Tertullien, intervint Eli. Credo quia absurdum est. Je crois parce que c’est absurde. Le contexte était différent, bien sûr, mais la psychologie est la même.

— Oui, c’est exactement ma position aussi ! m’écriai-je. Je crois parce que c’est absurde. Ce bon vieux Tertullien. Il a exprimé exactement ce que je ressens.

— Pas moi, dit Oliver.

— Pas toi ? s’étonna Eli.

— Non. Je crois bien que ce soit absurde.

— Pourquoi ? demanda Eli.

— Pourquoi, Oliver ? demandai-je à mon tour un long moment plus tard. Tu sais que c’est absurde, et pourtant tu y crois. Pour quelle raison ?

— Parce que je ne peux pas faire autrement, dit-il. Parce que c’est mon seul espoir.

Il me regarda droit dans les yeux. Il avait une expression particulièrement dévastée, comme s’il avait regardé la mort de près et en était sorti vivant quand même, mais avec chacune de ses options anéantie, chacune de ses possibilités flétrie. Il avait entendu les fifres et les tambours du défilé mortel au bout de l’univers. Son regard de glace me pétrifiait. Ses mots rauques me transperçaient. Je crois, avait-il dit, bien que ce soit absurde. Parce que je ne peux pas faire autrement. Parce que c’est mon seul espoir. Un communiqué d’une autre planète. Je sentais la présence glacée de la mort, là parmi nous dans cette chambre, effleurant silencieusement notre chair rose de petits garçons.

XIV

TIMOTHY

Nous sommes une drôle d’équipe, tous les quatre. Comment avons-nous fait pour faire bande ensemble ? Quel enchevêtrement de lignes de vie nous a tous fait échouer dans le même dortoir ?

Au début, il y avait juste Oliver et moi, deux nouveaux affectés par ordinateur dans une chambre à deux lits dominant la cour de l’université. Je sortais à peine d’Andover, et j’étais tout plein de ma propre importance. Je ne veux pas dire que j’étais impressionné par l’argent familial. J’avais toujours considéré cela comme acquis. Tous les gens que je fréquentais étaient riches, aussi je ne pouvais pas avoir la notion exacte de notre richesse. De toute façon, je n’avais rien fait pour gagner cet argent (ni mon père, ni le père de mon père, ni le père du père de mon père, et cætera et cætera), aussi pourquoi me gonfler ? Mais ce qui me tournait la tête, c’était le sens des ancêtres, le fait de savoir que j’avais en moi le sang de héros de la Guerre d’Indépendance, de sénateurs, de membres du Congrès, de diplomates et de grands financiers du XIXe siècle. J’étais un résumé d’histoire ambulant. Et je me réjouissais d’être grand, fort et en bonne santé — un esprit sain dans un corps sain : gâté par la nature. De l’autre côté du campus était un monde plein de Noirs et de Juifs, de névrosés, d’homosexuels et autres inadaptés, mais moi j’avais aligné trois cerises sur la grande machine à sous de la vie, et j’étais fier de ma chance. J’avais aussi cent dollars d’argent de poche par semaine, ce qui était bien pratique, et je ne sais pas si je me rendais bien compte que la plupart des autres garçons de dix-huit ans devaient se contenter de beaucoup moins. Puis il y a eu Oliver. Je me disais que l’ordinateur avait eu la main heureuse, car j’aurais pu tomber sur quelqu’un de difforme, quelqu’un de bizarre, quelqu’un à l’âme mesquine et envieuse, alors qu’Oliver semblait parfaitement normal. Le bon paysan gorgé de céréales des solitudes du Kansas. Il avait la même taille que moi — un ou deux centimètres de plus, en fait — et c’était bath : je me sens mal à l’aise avec les types petits. Oliver avait un abord peu compliqué. N’importe quoi ou presque le faisait sourire. Le type facile à vivre. Ses parents étaient morts. Il avait une bourse à 100 pour 100. Je réalisai tout de suite qu’il n’avait pas d’argent, et j’eus peur au début que cela ne soit une source de ressentiment entre nous. Mais non, il prenait ça très froidement. Le fric ne semblait pas l’intéresser particulièrement du moment qu’il en avait assez pour s’acheter de quoi manger et de quoi s’habiller. Et puis, il avait un petit héritage, provenant de la vente de la ferme paternelle. Il était amusé, et non pas offensé, par l’impressionnant rouleau de banknotes que j’avais toujours sur moi. Il m’annonça le premier jour qu’il avait l’intention de s’inscrire dans l’équipe de basket, et j’en conclus qu’il avait une bourse de sports, mais je me trompais : il aimait le basket, il s’en occupait sérieusement, mais il était là pour apprendre. C’était là la vraie différence entre nous, pas le Kansas, ni l’argent, mais ce désir d’arriver quelque part.

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