Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Год: 1975
- Язык: французский
- Год: OPTA
- ISBN: 2-7201-0015-3
- Переводчик: Guy Abadia
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le livre des crânes [The Book of Skulls - fr]». Краткое содержание книги:
Timothy, 22 ans, riche, jouisseur, dominateur.
Oliver, 21 ans beau, athlétique, bloc lisse à la faille secrète.
Ned, 21 ans, homosexuel, amoral, poète à ses heures.
Eli, 20 ans, juif, introverti, philologue, découvreur du Livre des Crânes.
Tous partis en quête du secret de l’immortalité : celle promise par le Livre de Crânes. Au terme de cette quête, une épreuve initiatique terrible qui amènera chacun d’eux à contempler en face le rictus de son propre visage. Une épreuve au cours de laquelle deux d’entre eux doivent trouver la mort (l’un assassiné par un de ses compagnons, l’autre suicidé) et les deux autres survivre à jamais.
Nous avions pris une suite : deux chambres à coucher, Ned et moi dans une, Timothy et Oliver dans l’autre. Je laissai tomber mes vêtements en boule et m’écroulai sur le lit. Pas assez de sommeil, trop de nourriture : effroyable.
Épuisé comme je l’étais, je restai éveillé, plus ou moins, dans un état de stupeur écrasée. Le dîner trop riche pesait comme une pierre dans mon estomac. Un bon dégobillage, décidai-je quelques heures plus tard, me ferait le plus grand bien. Je me levai, à poil, et me dirigeai en titubant vers la salle de bains qui séparait les deux chambres. Dans le corridor sombre, je rencontrai une apparition terrifiante. Une fille à poil, plus grande que moi, les seins lourds et oblongs, les hanches étonnamment larges, avec une couronne de cheveux bruns courts et frisés. Un succube de la nuit ! Un fantôme engendré par mon imagination surchauffée !
— Salut, beau gosse ! me dit-elle avec un clin d’œil, et elle passa devant moi dans une bouffée de parfum et de senteurs de chair. Je restai sidéré, le regard fixé sur ses fesses opulentes jusqu’à ce qu’elle ait refermé sur elles la porte de la salle de bains. Je tremblais de froid et de lubricité. Même l’acide ne m’avait jamais fait connaître pareille hallucination. Escoffier était-il plus fort que le L.S.D. ? Comme elle était belle, modelée, élégante ! J’entendis la chasse d’eau couler dans les chiottes. Je lançai un coup d’œil à l’autre chambre. Mes yeux s’étaient maintenant accoutumés à l’obscurité. Des lingeries féminines froufroutantes s’étalaient un peu partout. Timothy ronflait dans un lit ; dans l’autre, Oliver, et sur l’oreiller d’Oliver une deuxième tête, féminine. Ce n’était pas une hallucination, alors. Où avaient-ils dégoté ces filles ? La chambre à côté ? Non. Je commençais à comprendre. Des call-girls fournies par la direction. La fidèle carte de crédit a servi encore. Timothy tire de la civilisation américaine un parti que moi, pauvre gars studieux du ghetto, je ne pourrai jamais espérer approcher. Vous avez envie d’une femme ? Vous prenez votre téléphone et vous n’avez qu’à demander. J’avais la gorge sèche et le mât dressé. Je sentais le tonnerre rouler dans ma poitrine. Timothy est endormi. Très bien, puisqu’elle est louée pour la nuit, je vais l’emprunter un moment. Quand elle sortira des chiottes, j’irai bravement à elle, une main au nichon, une autre au derrière, je lui ferai la voix caverneuse de Bogart et je l’inviterai dans mon lit. Qu’est-ce que vous croyez. Et la porte s’ouvrit. Elle sortit en se dandinant, les seins ballants, ding-dong, ding-dong. Un clin d’œil. Et elle me dépassa. Disparut. Mes mains se refermèrent sur le vide. Son dos cambré grossi en deux joues étonnamment charnues ; le parfum musqué à bon marché ; la démarche fluide et déhanchée. La porte de la chambre me claqua au nez. Elle est louée, mais pas pour moi. Elle est à Timothy. J’entrai dans la salle de bains, m’agenouillai devant le trône, et passai une éternité à dégobiller. Ensuite, je regagnai mon lit et mes rêves froids de trip manqué.
Au matin, plus de filles visibles. Nous étions sur la route avant neuf heures. Oliver au volant. Prochaine escale, Saint Louis. Je sombrai dans une morosité apocalyptique. J’aurais fracassé des empires ce matin-là si j’avais eu le doigt sur le bon bouton. J’aurais libéré le docteur Folamour ou le loup Fenris[1] J’aurais fait sauter l’univers, si on m’en avait donné la chance.
1
Monstre de la mythologie Scandinave (N.d.T.).