Nous étions les hommes
- Автор: Legardinier Gilles
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Editions Pocket
- ISBN: 978-2266220354
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
— Non, les survivants sont dans un tel état de dégradation mentale qu’il nous paraît difficile de croire que l’un d’eux ait eu encore suffisamment d’esprit pour le faire. Peut-être que c’est l’une des victimes ou cette fille, une Australienne qui était là en stage, mais difficile d’en être certains. Sans avoir l’air aussi dingue que les autres, elle est en état de choc et refuse de prononcer le moindre mot.
Hold s’adressa au général :
— Sur combien de temps s’est déroulé le massacre ?
— Nos légistes estiment qu’entre la première mort et notre intervention, il s’est écoulé environ cinq jours.
— Les victimes ont-elles toutes été tuées de la même façon ?
— Bonne question, monsieur Hold, et c’est notre deuxième problème. Nous avons d’abord cru que seul un membre de l’équipe ou deux avaient fait preuve de folie meurtrière, mais ce n’est pas le cas. Pour les trente-trois tués, on sait avec certitude qu’il y a eu au moins vingt-huit assassins. La plupart se sont eux-mêmes fait tuer ensuite. Aucun n’a cherché à maquiller ses empreintes ou sa responsabilité. Toutes les victimes ont été éliminées par strangulation, à coups d’objets contondants ou autres. Des méthodes aussi basiques que barbares.
— Il n’y avait pas d’armes sur l’exploitation minière ? demanda Kinross.
— Si, docteur. On peut même parler d’un joli petit arsenal. Mais curieusement, personne ne s’en est servi. Malgré les dégâts et les traces de lutte, il n’y a eu qu’une dizaine de tirs, certainement défensifs, dont un seul a touché sa cible.
L’hélico fut secoué violemment. Kinross s’aperçut qu’il n’y avait pas d’accoudoirs. L’engin volait au-dessus de paysages de plus en plus désolés. Vers l’est, le docteur distingua les premiers contreforts des reliefs d’altitude. Il avala sa salive.
Le général lui frappa la cuisse en riant :
— Ne vous inquiétez pas, docteur ! Vous allez crever de froid, vous allez mal manger, vous allez voir une scène de crime que même les pires séries américaines n’oseraient pas imaginer, mais vous ne risquez rien dans cet hélico. Bienvenue en Sibérie !
13
La dernière fois que Kinross avait vu un crâne défoncé à ce point, il était encore interne au service des urgences de l’hôpital de Glasgow, et il avait fallu l’effet combiné d’un samedi soir, d’un excès de mauvais alcool et des tristement célèbres rochers de la Great Western Road pour arriver à un résultat approchant.
Dans le réfectoire transformé en morgue, le légiste referma le sac mortuaire d’un air désolé. Lui et Kinross ne parlaient pas la même langue et leur communication se résumait à des sourires entendus ou des haussements de sourcils effarés. Certains corps avaient fait l’objet d’un acharnement bestial. Hold suivait le docteur comme une ombre, impassible.
Après le macabre passage en revue, Scott adressa un salut amical au légiste et quitta le bâtiment. Les emplacements où les corps avaient été ramassés étaient signalés par des petits panneaux bleus portant des numéros blancs correspondant aux sacs mortuaires. L’air était glacial et la lumière aveuglante. La neige était tombée et le moindre souffle de vent faisait glisser des toits des rafales de cristaux aussi acérés que des éclats de verre.
L’exploitation minière avait des allures de base arctique. Une dizaine de bâtiments couverts de tôle se serraient autour d’une esplanade au bout de laquelle se dressait l’entrée de la mine, le seul bâtiment en dur. Des militaires étaient postés à chaque accès. L’ensemble de l’exploitation était entouré d’un double grillage assez haut mais en mauvais état.
Kinross remonta le col de son épaisse parka militaire et prit un moment pour observer l’endroit. Chacune de ses respirations se transformait en petit nuage. En Écosse, il devait encore faire nuit. Ici, le soleil brillait.
— Qu’en pensez-vous, docteur ? demanda Hold.
— Pas grand-chose pour le moment.
Désignant le site d’un mouvement du menton, il ajouta :
— Je me demande comment un tel calme peut régner après un pareil déchaînement de violence.
— C’est toujours comme ça, répliqua Hold.
— C’est-à-dire ?
— Après une catastrophe, un accident ou un meurtre, il flotte comme un parfum de sérénité, de paix. Étrangement, ce n’est pas la même chose lorsque quelqu’un meurt naturellement. On ne sent pas cette quiétude.
Scott dévisagea Hold et demanda :
— Vous avez déjà vu beaucoup de catastrophes, d’accidents ou de meurtres ?
— Aujourd’hui, pas plus que vous, docteur.
Drachenko sortit du bâtiment administratif d’un pas vif et vint à leur rencontre.
— Vous préférez vraiment rester dehors pour parler ? Rassurez-vous, l’époque des micros russes cachés partout est révolue. Au fait, nous avons retrouvé l’homme qui avait disparu. Il a fui l’exploitation. Il a marché moins de trois kilomètres et le froid l’a tué.
— Pauvre type.
— Il ne devait pas avoir les idées claires, sinon il n’aurait même pas essayé, précisa le général. La nuit, ici, ça descend à -15 °C. C’est les Bahamas à côté des -45 °C que l’on relève dans le coin au pire de janvier. Alors docteur, que concluez-vous de vos premières observations ?
— Tous semblent avoir agi dans un état de démence caractérisé. Les traces ensanglantées autour des poignées de porte prouvent que même les gestes les plus élémentaires n’étaient plus maîtrisés. Ce sont de maigres indices mais qui, ajoutés au type des meurtres, laissent penser que les occupants de la mine n’avaient plus du tout leur esprit.
— Voulez-vous examiner les rescapés ?
Les onze hommes et la jeune Australienne étaient confinés dans les réserves hâtivement réaménagées en cellules. Entravé par des menottes et le plus souvent ligoté, chacun d’eux était gardé par deux soldats. Les regards effrayés des matons en disaient long sur le comportement des rescapés.
Drachenko expliqua :
— Nous avons mis les plus féroces dans les frigos. Ce sont de véritables bêtes enragées. Même attachés, ils se jettent sur mes hommes. Ce matin, un de mes gars a failli en buter un tellement il s’est montré agressif.
— Vous ne leur avez rien donné ? demanda Kinross.
— On n’a pas voulu les droguer avant qu’un expert les voie.
Le général donna aux gardes un bref ordre en russe et ceux-ci ouvrirent la porte du premier frigo. Kinross découvrit un homme recroquevillé sur lui-même, immobile, blotti dans le coin le plus éloigné du réduit.
Le neurologue allait entrer dans la pièce lorsque Drachenko le retint.
— Méfiez-vous, docteur. Il fait semblant.
— Si je ne peux pas l’étudier, je ne risque pas de savoir ce qu’il a…
À peine Kinross était-il entré que l’individu leva les yeux. Rien d’autre en lui ne bougeait. Le docteur s’arrêta. Ce regard-là ressemblait à celui d’un loup, d’un prédateur, mais pas à celui d’un homme. Kinross fit un nouveau pas vers lui. L’homme se ramassa, bandant ses muscles. Il était attaché mais ne semblait pas en avoir conscience. Scott le sentait prêt à bondir. Il s’agenouilla pour étudier son regard. Le médecin agita les mains mais l’homme ne fixait que ses yeux, à la manière d’un félin.
— Ils sont tous comme ça, intervint le général. Ils ne répondent pas quand on leur parle. Ils ont le regard fou et chargent dès qu’ils en ont l’occasion.
Scott avait beau essayer de garder contenance, il était perturbé. Le général ajouta :
— Si vous en avez fini avec lui, docteur, j’aimerais bien qu’on referme la porte avant qu’il ne vous saute dessus.