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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— Si vous faites des analyses sur Mary, vous pourrez me dire combien de temps il lui reste avant de perdre complètement l’esprit ?

Kinross hocha lentement la tête et ajouta :

— Je voudrais pouvoir vous proposer autre chose, mais…

— Faites vos tests, faites ces analyses. Je veux savoir.

À cet instant, la porte de son bureau s’ouvrit et la haute silhouette du garde du corps apparut.

— Monsieur Greenholm, désolé de vous interrompre, mais j’ai un appel urgent pour le docteur, c’est de la part de l’hôpital.

— Transférez-le dans le salon. Allez-y, docteur.

11

— Docteur Kinross à l’appareil.

À l’autre bout du fil, une voix masculine annonça avec un fort accent de l’Est :

— Ici le bureau de l’état-major du général Drachenko, forces armées de la Fédération de Russie, 5e division d’intervention terrestre. Le général souhaite vous parler.

— Un général de l’armée russe ?

— C’est cela, docteur.

Dérouté par l’étrangeté de cet appel, Kinross mit quelques secondes à enchaîner.

— C’est à quel sujet ?

— Le général va vous l’expliquer. Je vous le passe. Bonne journée.

Un déclic, puis une voix rauque et autoritaire à l’accent marqué déclara directement :

— Vous êtes plus difficile à joindre qu’un président !

Le ton déplut à Scott, qui répondit sèchement :

— Pas mal de choses m’occupent en ce moment, en effet. Vous me dérangez en plein rendez-vous. Que voulez-vous ?

— Doucement, docteur ! Ne montez pas sur vos… comment dit-on déjà dans votre langue ? Ah oui, sur vos grands chevaux. Je vous appelle parce que j’ai besoin de votre avis.

— Sur quel point ?

— Tout ce que je vais vous dire est confidentiel. Mais avant, j’aimerais que vous puissiez venir rapidement en Sibérie orientale. Il s’est passé là-bas quelque chose d’assez… inhabituel, et nos spécialistes ont fait appel à l’Académie de Médecine de Moscou Setchenov, où plusieurs services vous ont désigné comme le plus qualifié pour répondre aux questions que cela soulève.

— En Sibérie orientale ? Écoutez, si c’est une blague, j’ai autre chose à faire, et si ce n’en est pas une, je vous promets de sauter sur mon vélo et de pédaler le plus vite possible. Je devrais être chez vous d’ici deux à trois mois.

— Docteur, je suis sérieux.

— Alors expliquez-moi précisément ce qui s’est passé.

Le général inspira profondément et reprit de sa voix grave :

— Il s’est produit quelque chose d’effroyable sur une exploitation minière. Et c’est un militaire de carrière qui vous le dit. Nous n’écartons aucune hypothèse pour le moment mais les premières constatations nous orientent vers une crise de folie collective. Sur les quarante-six membres de l’équipe, trente-trois ont été massacrés et onze sont fous à lier.

— Si je compte bien, il en manque deux…

— Un est porté disparu, et l’autre est une jeune femme australienne que l’on a retrouvée prostrée au fond de la mine.

— Qu’espérez-vous de moi ?

— Nos experts n’arrivent pas à déterminer ce qui a pu provoquer cela. Ils sont tellement perdus qu’ils vont jusqu’à se demander s’il s’agit d’une attaque terroriste ou d’un coup des extraterrestres ! Personne n’a jamais vu ça.

— Il faut que je m’organise.

— Faites vite. Nous pouvons vous attendre vingt-quatre heures tout au plus. Ensuite, la jeune femme sera rendue aux autorités de son ambassade et les fous furieux évacués vers des structures spécialisées. Pour le moment, tout est maintenu sur place. La réponse s’y cache peut-être.

Tout en discutant avec Greenholm de la prise en charge des malades, Jenni ne pouvait s’empêcher de regarder deux étranges petits tableaux accrochés au mur derrière lui. Ses coups d’œil n’avaient pas échappé à son interlocuteur, qui tout à coup, les désigna du doigt sans même se retourner :

— Si le manoir brûle, je sauve au moins ces deux œuvres-là…

Le tableau de gauche représentait un rectangle brun et celui de droite, un carré d’un bleu pâle.

Jenni plissa les yeux pour essayer de mieux distinguer les détails.

— Sans être une spécialiste de la peinture, j’ai cru reconnaître quelques prestigieuses signatures dans votre collection, monsieur Greenholm. Pourquoi privilégier ces deux-là — qui n’ont même pas l’air signées, d’ailleurs ? C’est de l’art moderne ?

Le vieil homme eut un rire d’enfant farceur. Ce tour-là marchait à chaque fois.

— On pourrait dire ça, professeur.

Il se leva, décrocha le rectangle brun et le tendit à la jeune femme :

— Voici le prototype d’abrasif qui fit la fortune de mon père. Imaginez-le en vert et d’une texture légèrement plus fine, et vous obtenez le Scotch Brite. Ce souvenir mérite bien une place de choix dans ce modeste musée. On a déjà encadré des choses qui avaient bien moins d’intérêt…

Jenni étudia le second cadre et dit :

— Sans doute votre prototype de microfibre…

— Exact, chère demoiselle. Une œuvre plus récente. Six brevets combinés pour un tissu aux pouvoirs exceptionnels.

Jenni observa Greenholm :

— Vous devez être fier, fit-elle.

— Et de quoi donc ? Fier que mon père ait inventé le meilleur outil pour récurer les casseroles ? Fier d’avoir moi-même inventé le meilleur des chiffons à poussière ? Restons modestes. Nous avons fait notre travail et nous avons eu la grande chance d’en vivre très confortablement. Mais nous n’avons découvert aucun Graal, professeur. Vous et le docteur travaillez sur des choses infiniment plus importantes…

À cet instant précis, Kinross revint du salon.

— Rien de grave ? demanda Jenni.

— À toi de me dire. Un général russe me demande de me rendre sur une exploitation minière de Sibérie pour expertiser un cas historique de folie collective.

Silence de plomb. Kinross enchaîna :

— Je sais, ça fait bizarre. J’ai eu la même réaction que vous.

— Tu vas y aller ?

— Je crois que oui. Peux-tu t’occuper des prélèvements et des analyses pour Mme Greenholm ? Dès que je rentrerai, je lui ferai passer une évaluation complète.

William Greenholm intervint :

— Si vous allez là-bas, David part avec vous.

— C’est très aimable à vous, mais c’est inutile.

— Ce n’est pas « aimable ». Vous êtes mon seul espoir, je vous protège.

12

Le décalage horaire avait beau être supportable — neuf heures de moins — Kinross était dans un piteux état. Après le vol jusqu’à Moscou, la liaison entre la capitale russe et Iakoutsk lui paraissait interminable. L’avion était rustique, bruyant et les nombreux trous d’air lui soulevaient le cœur. Les bagages étaient empilés en vrac sur les sièges vacants et il n’y avait aucune hôtesse en cabine. Étrangement, l’avion, loin d’être plein, transportait uniquement des hommes qui, à en juger par leur allure, n’étaient pas du genre à faire du tourisme.

Assis juste à côté de Scott sur un fauteuil encore plus défoncé, David regardait fixement devant lui. Kinross s’était parfois assoupi, surtout pendant le premier vol, mais chaque fois qu’il avait émergé, il avait toujours découvert David parfaitement réveillé.

— Vous ne dormez jamais ? demanda soudain le médecin.

David tourna la tête. Il dominait Scott. Pour le docteur, ce type avait tout d’un Terminator et pourtant, son regard dégageait quelque chose d’incroyablement doux.

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