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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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La voix de Greenholm s’étrangla. Le vieil homme hésita à dire les mots mais se força à poursuivre :

— … son esprit décline. D’abord des pertes de mémoire. On a mis cela sur le compte de la fatigue, de l’usure d’un rythme de vie que je lui ai imposé. Et puis j’ai dû me rendre à l’évidence, il y avait autre chose. Nous avons consulté, mais je n’ai pas eu confiance en ceux que j’ai rencontrés. J’ai désespérément cherché vers qui me tourner et David m’a fait lire un article à propos de vous deux. L’idée que vous avez eue de dépasser vos spécialités pour vous associer étroitement dans les neurosciences m’a tout de suite séduit. Je me suis ensuite intéressé à vos publications. Vous veniez de donner une conférence, à Boston je crois, sur le lien entre le déclin des patients et le niveau de TNF-alpha dans leur sang. J’ai trouvé votre tandem professionnel étonnant et j’ai aimé votre façon d’approcher cette saleté de maladie.

Jenni considéra le vieil homme d’un autre œil. Tout en lui irradiait la puissance et la volonté. Son bureau même était une métaphore de ce qu’il semblait être : riche, complexe, sombre. Dans ce décor, rien ne laissait deviner qu’il puisse sacrifier l’œuvre d’une vie pour sauver sa compagne.

Kinross demanda :

— Quel âge a votre femme ?

— 62 ans.

— A-t-elle subi des tests ?

— Ceux des premiers stades.

— Les résultats ?

— Rien de bon.

— Je pense qu’il faudra que je la voie par moi-même.

— Nous devons d’abord nous mettre d’accord, docteur.

— Et si nous ne pouvons rien faire ?

— Je ne vous demande pas de la guérir. J’en sais assez sur ce genre de maladie pour ne pas exiger l’impossible. Ce que je vous demande, c’est de tout tenter pour retarder la progression du mal, pour alléger le quotidien de Mary et garantir son confort. Elle le mérite. En échange, je vous l’ai dit : vous disposerez de ma fortune pour faire avancer vos recherches.

Jenni intervint :

— Comment ferez-vous ? Votre fortune…

— Mes associés seront trop heureux de racheter mes brevets. J’ai fait préparer les contrats, tout est prêt. Vous le voyez, ce n’est pas seulement pour vous que cet entretien est capital.

Jenni et Scott échangèrent un regard. Greenholm reprit :

— Mais je vous préviens, je ne vais pas gaspiller en vain ce que mon père et moi avons bâti. Je souhaite savoir ce que vous faites. Je veux en être convaincu. Je ne suis pas médecin, mais ma première formation est celle d’un ingénieur. Je peux comprendre lorsque l’on m’explique. Nous allons nous battre ensemble, pour Mary et pour vos découvertes. Dites-moi où vous en êtes.

Kinross hésita, cherchant une approbation du côté de son associée. Greenholm le rassura :

— Je vous le répète : tout cela reste entre nous.

Jenni expliqua :

— Voilà presque un an, nous avons découvert que les plaques amyloïdes, les taux d’acétylcholine et le glutamate n’étaient pas les seuls intervenants liés à la maladie d’Alzheimer. Comme d’autres équipes à travers le monde, nous nous questionnons sur des facteurs extérieurs tels que des substances chimiques, des pollutions qui pourraient provoquer ou aggraver la maladie. Mais notre découverte ne se situe pas sur ce secteur. Parallèlement, nous nous sommes aperçus que la mesure proportionnelle de la tyrosine, un acide aminé, et du cortisol, une hormone, nous donne un indice, et que lorsque cet indice passe sous un seuil précis, le patient perd irrémédiablement ses facultés cognitives.

— En clair, commenta Greenholm, son esprit est perdu.

Kinross approuva d’un mouvement de tête. Greenholm demanda :

— Et si l’on compense ces deux produits, si on fait en sorte qu’ils restent présents dans le corps, est-il possible de renverser la tendance ?

Kinross sentit tout l’espoir que l’homme mettait dans sa question.

— Non, monsieur Greenholm. Ce taux n’est que le témoin, pas la cause. Le faire varier artificiellement ne changerait rien. Nous avons ensuite développé un modèle d’étude de la variation de l’indice qui permet de prévoir quand le seuil fatidique sera franchi — nous appelons cela le basculement.

Jenni ajouta :

— La gravité de la maladie, ce qu’elle met en jeu et sa progression rapide dans le monde nous obligent à envisager une collaboration internationale, au-delà de tout intérêt commercial. C’est toute la perception de cette pathologie qui est remise en cause. Elle est là, sournoise, sous des formes qui n’étaient pas encore répertoriées parce que nous n’avions pas d’outil pour les relier aux cas que nous connaissons déjà. Mais le patient finit toujours dans le même état, détruit dans son humanité, incapable de vivre avec ses semblables, jusqu’à devenir dangereux. On ne pourra pas se battre contre cette calamité avec nos armes habituelles.

La jeune généticienne se mit alors à parler des bambous, de leur mystérieuse floraison qui ressemblait à un chant du cygne. Greenholm écoutait. Impossible de dire s’il la croyait ou même s’il comprenait tant son visage était figé. Lorsqu’elle eut terminé, le vieil homme attendit un moment, plongé dans ses réflexions, avant de déclarer :

— Si j’ai bien compris, les malades qui se multiplient ne seraient peut-être que les prémices d’un phénomène qui pourrait bientôt toucher l’ensemble du genre humain ?

— La tendance ne fait aucun doute. Le phénomène s’accélère. Les chiffres sont alarmants, confirma Scott.

— Vous croyez que quelques dizaines de millions d’euros changeront quelque chose ?

— C’est la clef de notre indépendance, précisa Jenni. Nous avons besoin de cet appui pour informer nos collègues vite et librement. Ce n’est pas une pandémie. Rien d’extérieur ne nous attaque. Aucune médecine ne nous apprend à soigner ça. L’ennemi est en nous. Il détruit l’esprit sans tuer le corps. C’est très particulier. Il y a peut-être quelque part, dans nos gènes ou ailleurs, quelque chose qui dit que notre tour de manège est bientôt terminé. Nous ne pouvons pas régler ce problème par les circuits classiques de gestion de crises sanitaires. La menace va bien au-delà. Nous devons alerter les autres équipes de chercheurs afin d’unir nos forces. Peut-être les laboratoires nous aideront-ils ensuite.

— Vous semblez vous en méfier. Vous croyez vraiment que même face à un défi de ce genre, ils privilégieraient leurs profits plutôt que la santé des humains ?

Kinross répondit sans hésiter :

— L’histoire nous donne des réponses qui ne laissent aucune place au doute. Souvenez-vous du Vioxx, cet anti-inflammatoire qui provoquait des infarctus et à qui la Food & Drug Administration a attribué plus de vingt-sept mille décès et problèmes cardiaques. Les données sur la majoration des risques cardiaques étaient connues trois ans avant que le laboratoire fabricant ne retire la molécule du marché. Ou encore, l’affaire de la grippe H1N1 et le forcing mondial pour vendre des vaccins… On ne compte plus les effets secondaires de médicaments qui ont été dissimulés, les modifications génétiques douteuses, les vaccins bidons vendus au tiers-monde ou les risques associés censurés à coups d’études falsifiées. À chaque fois, le cynisme et la soif de profit l’ont emporté.

Greenholm ne savait plus que penser. Il était à la fois bouleversé et inquiet. Il songeait à Mary et à ce que cette maladie pouvait représenter de terrible pour le monde. Il resta silencieux un moment, puis regarda soudain la jeune femme droit dans les yeux.

— Je vais vous aider, affirma-t-il.

Puis il se tourna vers le docteur et demanda :

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