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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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« Vous y trouverez son testament et tous les autres documents, je crois, dit le magicien. Vous êtes le maître de Cul-de-Sac, maintenant. Et vous y trouverez aussi, je pense bien, un anneau d’or. »

« L’anneau ! s’exclama Frodo. Il me l’a laissé ? Je me demande pourquoi. N’empêche, il me sera peut-être utile. »

« Peut-être, et peut-être pas, dit Gandalf. Je ne m’en servirais pas, si j’étais vous. Mais gardez-le secret et en sécurité ! Maintenant, je vais me coucher. »

En tant que maître de Cul-de-Sac, Frodo sentit que lui revenait la douloureuse tâche de dire au revoir aux invités. Le bruit que d’étranges événements s’étaient produits avait couru partout dans le champ ; mais Frodo se contenta de dire que le mystère serait sans doute éclairci le lendemain matin. Des voitures arrivèrent aux alentours de minuit pour les gens importants. Elles se mirent en branle une à une, remplies de hobbits rassasiés mais très insatisfaits. Des jardiniers se présentèrent tel que convenu, et emportèrent dans des brouettes ceux qui étaient restés là par inadvertance.

La nuit passa lentement. Le soleil se leva. Les hobbits se levèrent bien plus tard. La matinée avança. Des gens vinrent (sur ordre exprès) enlever les pavillons, les tables et les chaises, les cuillers, couteaux, bouteilles et assiettes, les lanternes, les caisses de plantes à fleurs, les miettes et les emballages de pétards, les sacs, gants et mouchoirs oubliés sur place, ainsi que les denrées non consommées (une quantité négligeable). Puis, d’autres personnes se mirent à affluer (sans ordre exprès) : des Bessac, des Boffine et des Bolgeurre, de même que des Touc et autres invités qui vivaient ou qui logeaient non loin. À midi, quand même les mieux nourris furent de nouveau en maraude, une foule nombreuse s’était massée devant Cul-de-Sac, inopportune mais non inattendue.

Frodo montait la garde sur le seuil, souriant, mais l’air plutôt fatigué et inquiet. Il accueillit tous les visiteurs, mais n’ajouta pas grand-chose à ce qu’il avait déclaré la veille. Sa réponse à toute question se limitait à ceci : « M. Bilbo Bessac est parti – à ma connaissance, pour de bon. » Certains furent invités à entrer, car Bilbo avait laissé des « messages » pour eux.

En effet, dans le hall d’entrée se trouvait empilé un vaste assortiment de paquets, de colis et de petites pièces de mobilier. Une étiquette était attachée à chaque objet. Il y avait plusieurs messages de ce genre :

Pour ADÉLARD TOUC, pour LUI PERSONNELLEMENT, de Bilbo, sur un parapluie. Adélard avait emporté beaucoup de parapluies non étiquetés.

Pour DORA BESSAC, en souvenir d’une LONGUE correspondance, avec l’affection de Bilbo, sur une grande corbeille à papier. Dora était la sœur de Drogo, et l’aînée des parentes de Bilbo et Frodo qui avaient le bonheur d’être encore en vie ; âgée de quatre-vingt-dix-neuf ans, elle avait noirci des pages et des pages de bons conseils pendant plus d’un demi-siècle.

Pour MILO TERRIER, dans l’espoir que cela puisse servir, de B.B. ; sur une plume et un encrier d’or. Milo ne répondait jamais aux lettres.

À l’intention d’ANGELICA, de la part d’oncle Bilbo ; sur un miroir rond et convexe. C’était une jeune Bessac visiblement trop éprise de sa propre figure.

Pour la collection d’HUGO SERRECEINTURE, de la part d’un contributeur ; sur une bibliothèque (vide). Hugo était un grand emprunteur de livres, mais beaucoup moins doué pour ce qui était de les rendre.

Pour LOBELIA BESSAC-DESCARCELLE, en CADEAU ; sur un coffret de cuillers d’argent. Bilbo la soupçonnait de s’être approprié bon nombre de ses cuillers pendant son absence, lors de son premier voyage. Lobelia le savait fort bien. À son arrivée plus tard dans la journée, elle saisit aussitôt de quoi il retournait ; mais elle saisit aussi les cuillers.

Il ne s’agit là que de quelques exemples parmi tous les cadeaux réunis. La demeure de Bilbo s’était passablement encombrée au cours de sa longue existence. Les trous de hobbit avaient tendance à le faire ; et l’habitude d’offrir autant de cadeaux en était largement responsable. Il ne s’agissait pas toujours de cadeaux neufs, évidemment : il y avait bien un ou deux mathoms dont personne ne savait plus très bien à quoi ils servaient, et qui avaient fait le tour du district ; mais Bilbo avait eu l’habitude d’offrir des cadeaux neufs, et de conserver ceux qu’il recevait. L’antique trou s’en trouverait donc quelque peu désengorgé.

Chacun des nombreux cadeaux d’adieu portait une étiquette, écrit personnellement par Bilbo ; et plusieurs d’entre eux contenaient quelque sous-entendu ou plaisanterie. Mais naturellement, la plupart des objets furent offerts à qui les apprécierait et en ferait bon usage. Les plus pauvres, en particulier ceux de la rue du Jette-Sac, s’en tirèrent à très bon compte. L’Ancêtre Gamgie reçut deux sacs de pommes de terre, une bêche neuve, un gilet de laine et une fiole d’onguent pour les articulations rouillées. Le vieux Rory Brandibouc, en retour d’une hospitalité de longue date, reçut une douzaine de bouteilles de Vieux Vinoble : un vin rouge du Quartier Sud, plutôt fort et désormais à maturité, puisque c’était le père de Bilbo qui l’avait mis en cave. Rory pardonna tout à Bilbo, et décida que c’était un type immense après la première bouteille.

Il restait amplement de choses pour que Frodo ne manque de rien. Et bien sûr, tous les principaux trésors, de même que les livres, les tableaux et le riche mobilier demeuraient en sa possession. Il n’y avait cependant aucune trace, ni aucune mention de bijoux ou d’argent : pas une seule pièce, pas la moindre perle de verre ne fut donnée.

Frodo connut un après-midi très difficile. Une fausse rumeur comme quoi tous les biens de la maison étaient distribués gratuitement se répandit comme une traînée de poudre ; et l’endroit fut vite bondé de gens qui n’avaient rien à y faire, mais qu’on ne put empêcher d’entrer. Des disputes éclatèrent après que des étiquettes eurent été arrachées et mêlées. Certains voulurent négocier des échanges et des marchés dans le hall d’entrée ; d’autres essayèrent de se sauver avec de menus articles qui ne leur étaient pas destinés, ou avec tout ce qui ne semblait pas revendiqué ou surveillé. Le chemin menant au portillon était encombré de brouettes et de charrettes à bras.

Les Bessac-Descarcelle arrivèrent au milieu de tout ce charivari. Frodo s’était retiré quelques instants, laissant son ami Merry Brandibouc veiller au grain. Quand Otho demanda à voir Frodo, Merry s’inclina poliment.

« Il est indisposé, dit-il. Il se repose. »

« Il se cache, vous voulez dire, répondit Lobelia. En tout cas, nous voulons le voir et nous allons le voir. Contentez-vous de le lui dire ! »

Merry les laissa un long moment dans le hall d’entrée, où ils eurent le temps de découvrir les cuillers laissées en guise de cadeau d’adieu. Elles ne leur rendirent pas la bonne humeur. Ils finirent par être conduits dans le bureau. Frodo était assis à une table où de nombreux papiers étaient étalés. Il semblait indisposé – de voir les Bessac-Descarcelle, à tout le moins ; et il se leva, tripotant quelque chose dans sa poche. Mais il parla très poliment.

Les Bessac-Descarcelle se montrèrent plutôt déplaisants. Ils commencèrent par lui proposer de mauvais marchés (comme entre amis) pour divers objets de valeur non étiquetés. Quand Frodo leur expliqua que seules les choses expressément désignées par Bilbo étaient offertes en cadeau, ils déclarèrent que toute l’affaire était très louche.

« Une seule chose me paraît claire, dit Otho, c’est que vous vous en tirez extrêmement bien dans tout cela. J’exige de voir le testament. »

Otho aurait dû être l’héritier de Bilbo, n’eût été l’adoption de Frodo. Il lut le testament et eut un grognement de dédain. Le tout était, hélas, rédigé très clairement et en bonne et due forme (selon les conventions juridiques des hobbits, qui exigent, entre autres choses, la signature de sept témoins à l’encre rouge).

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