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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Alors le temps se couvrit. On était mercredi, la veille de la Fête. L’inquiétude était palpable. Puis le jeudi 22 septembre arriva pour de vrai. Le soleil se leva, les nuages se dissipèrent, les bannières furent déployées et les réjouissances commencèrent.

Bilbo Bessac appelait cela une fête, mais il s’agissait en réalité d’un ensemble de distractions réunies en un seul événement. Pratiquement tout le voisinage était invité. Quelques-uns furent oubliés par mégarde, mais comme ils se présentèrent quand même, ce fut sans importance. De nombreux convives venaient aussi d’autres régions du Comté ; quelques-uns vivaient même à l’extérieur des frontières. Bilbo les accueillit tous en personne – les invités et les autres – à la nouvelle porte blanche. Il offrit des cadeaux à tous et chacun (chacun étant mis pour ceux qui ressortaient par-derrière afin de se représenter à la porte). Les hobbits offrent des cadeaux aux autres le jour de leur anniversaire. Pas très chers, en règle générale, et jamais aussi généreux que cette fois-là ; mais ce n’était pas une mauvaise méthode. En fait, à Hobbiteville et à Belleau, chaque jour de l’année était l’anniversaire de quelqu’un, aussi les hobbits de cette région avaient-ils de bonnes chances de recevoir au moins un cadeau par semaine. Mais ils ne s’en lassaient jamais.

Ce jour-là, les présents étaient d’une qualité exceptionnelle. Les enfants hobbits étaient si excités que, pendant un moment, ils en oublièrent presque la nourriture. Il y avait des jouets tels qu’ils n’en avaient jamais vu auparavant, tous très beaux, et certains assurément magiques. En fait, maints d’entre eux avaient été commandés l’année précédente : ils avaient fait tout le chemin depuis la Montagne et le Val, et c’étaient d’authentiques jouets de fabrication naine.

Quand les invités eurent tous passé la porte une bonne fois pour toutes, il y eut des chansons, de la danse, de la musique, des jeux et, bien sûr, de quoi manger et boire. Trois repas étaient officiellement prévus : le déjeuner, le thé et le dîner (ou souper). Mais le déjeuner et le thé se distinguèrent surtout par le fait que, dans ces moments-là, tous les convives étaient assis à manger ensemble. Le reste du temps, il y avait simplement beaucoup de gens occupés à manger et à boire – continuellement, du morceau de onze heures jusqu’à six heures et demie, quand le feu d’artifice commença.

Les pièces d’artifice étaient de Gandalf : il les avait non seulement apportées, mais aussi conçues et fabriquées lui-même ; et ce fut lui qui les lança, ainsi que les effets spéciaux et les volées de fusées. Mais il y eut également une généreuse distribution de pétards, de diablotins, de claque-doigts, de cierges magiques, de torches, de chandelles naines, de fontaines elfes, d’aboie-gobelins et de coups de tonnerre. Tous étaient superbes. L’art de Gandalf se bonifiait avec l’âge.

Il y eut des fusées comme une volée d’oiseaux scintillants aux voix mélodieuses. Il y eut des arbres verts aux troncs de fumée noire : leurs feuilles s’ouvrirent comme un printemps qui s’épanouit en un battement d’aile, et leurs branches incandescentes firent pleuvoir des fleurs chatoyantes sur les hobbits éberlués, disparaissant avec un doux parfum au moment de se poser sur leurs visages levés vers le ciel. Il y eut des fontaines de papillons étincelants qui partirent voleter parmi les branches d’arbres ; il y eut des piliers de flammes colorées qui s’élevèrent et se changèrent en aigles, en navires voguant sur les mers, ou en une phalange de cygnes volants ; il y eut un orage pourpre et une averse de pluie jaune ; il y eut une forêt de lances argentées qui se dressèrent soudain avec un hurlement semblable à celui d’une armée assiégée, et qui retombèrent dans l’Eau avec le sifflement de mille serpents ardents. Enfin il y eut une dernière surprise, celle-ci en l’honneur de Bilbo ; et elle saisit les hobbits à l’extrême, comme Gandalf le souhaitait. Les lumières s’éteignirent. Une grande fumée s’éleva. Elle prit la forme d’une montagne vue de loin, et son sommet se mit à rougeoyer. Il cracha des flammes vertes et écarlates. Un dragon rouge doré en sortit – non pas de grandeur réelle, mais terriblement réaliste : sa gueule vomissait du feu, ses yeux jetaient des regards dévorants ; un rugissement se fit entendre et, par trois fois, il fila comme une flèche au-dessus de leurs têtes. Tous se baissèrent, et plusieurs s’aplatirent face contre terre. Le dragon passa comme un express, fit une culbute, puis éclata au-dessus de Belleau en une explosion assourdissante.

« Voilà qui annonce l’heure du souper ! » dit Bilbo. La douleur et l’affolement s’évanouirent d’un seul coup, et les hobbits prostrés se relevèrent d’un bond. Tout le monde eut droit à un souper splendide – tout le monde sauf ceux qui étaient conviés au dîner familial, s’entend. Celui-ci se tint dans le grand pavillon, sous l’arbre. Les places se limitaient à douze douzaines (nombre que les hobbits appelaient également « une grosse », quoique le terme ne fût pas jugé convenable pour référer à des personnes) ; et tous les invités furent sélectionnés parmi les diverses familles dont Bilbo et Frodo faisaient partie, à l’exception de quelques amis sans lien de parenté (comme Gandalf). Bien des jeunes hobbits avaient été choisis pour y assister, ce qu’ils firent avec l’autorisation parentale ; car les hobbits étaient indulgents envers leurs enfants quand il s’agissait de veiller tard, surtout quand s’annonçait la possibilité de les nourrir gratuitement. Élever de jeunes hobbits exigeait une solide quantité de provende.

Il y avait beaucoup de Bessac et de Boffine, et beaucoup de Touc et de Brandibouc ; il y avait divers Fouisseur (apparentés à Bilbo Bessac par sa grand-mère), et divers Fouineur (ceux-ci par son grand-père Touc) ; et un assortiment de Terrier, Bolgeurre, Blairotte, Gaillard, Serreceinture, Sonnecornet et Belpied. Certains d’entre eux n’étaient que de très lointains parents de Bilbo, et quelques-uns n’avaient pratiquement jamais mis les pieds à Hobbiteville, vivant dans des coins reculés du Comté. Les Bessac-Descarcelle ne furent pas oubliés. Otho et sa femme Lobelia étaient présents. Ils n’aimaient pas Bilbo et détestaient Frodo ; mais le carton d’invitation, écrit à l’encre d’or, était si somptueux qu’ils s’étaient sentis dans l’impossibilité de refuser. Du reste, leur cousin Bilbo se spécialisait dans la gastronomie depuis de très nombreuses années, et sa table était hautement réputée.

Tous les cent quarante-quatre invités s’attendaient à un agréable banquet ; même s’ils redoutaient assez le discours d’après-dîner que leur hôte ne manquerait pas de leur infliger. Il risquait fort d’y glisser quelques morceaux de son cru, qu’il qualifiait de poésie ; et il lui arrivait, après un verre ou deux, de faire allusion aux aventures absurdes qu’il avait vécues lors de son mystérieux voyage. Les invités ne furent pas déçus : ils eurent droit à un très agréable banquet, un divertissement des plus absorbants : riche, copieux, varié et prolongé. Les achats de denrées furent presque réduits à néant, partout dans la région au cours de semaines qui suivirent ; mais puisque la réception de Bilbo avait épuisé les stocks de la plupart des magasins, celliers et entrepôts à des milles à la ronde, cela n’avait guère d’importance.

Après le repas (plus ou moins) vint le Discours. Toutefois, la plupart des convives se sentaient à présent d’humeur indulgente, parvenus au stade délicieux qui consistait à « remplir les coins ». Ils sirotaient leur boisson favorite, grignotaient leur petite douceur préférée, et leurs craintes étaient oubliées. Ils étaient prêts à écouter tout ce qu’il faudrait, et à applaudir à chaque phrase.

Mes bonnes Gens, commença Bilbo, se levant de son siège. « Oyez ! Oyez ! Oyez ! » crièrent-ils, et ils continuèrent de le répéter en chœur, peu pressés de suivre leur propre exhortation. Bilbo quitta sa place et se rendit sous l’arbre illuminé, où il se tint debout sur une chaise. La lumière des lampes tombait sur son visage rayonnant ; ses boutons dorés brillaient sur son gilet de soie brodée. Tous pouvaient le voir, agitant une main dans les airs ; l’autre se trouvait dans la poche de son pantalon.

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