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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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La joie était pour avoir revu ce Pardaillan dont le souvenir les hantait toutes deux, depuis qu’elles avaient associé leurs humbles fortunes, et dont le soir, après le couvre-feu, elles aimaient à se raconter les faits et gestes comme elles se fussent raconté des légendes du temps de la Table ronde. La douleur était pour ce cri qu’elles avaient entendu réciter à maître Guillaumet.

Et Pardaillan, voyant ces larmes, fut remué jusqu’au fond du cœur. Un coup de soleil pénétra jusqu’à ce cœur, et, ayant vidé son verre, tout embarrassé, il se mit à rire de son bon rire, ne sachant que répondre à ces ribaudes; car Pardaillan, qui était plein d’esprit, devenait très bête quand il se trouvait en présence de ces explosions de naïve admiration. En effet, il s’ignorait lui-même.

Il saisit donc simplement une main de la Roussotte, une main de Pâquette, et les réunit sous le même baiser très doux et très respectueux, ce dont les deux ribaudes pâlirent d’orgueil, car on ne baisait la main qu’aux rois et aux princesses.

– À mon tour! dit alors le jeune homme noir. Je ne vous trahirai pas, chevalier de Pardaillan, et je tuerai de ma main quiconque vous voudrait livrer, parce qu’un jour, jour de carnage et d’horreur, vous poursuivi, vous traqué, vous qui n’aviez pas une seconde à perdre, vous avez rencontré près du cimetière des Innocents un enfant qui cherchait la tombe de sa mère; parce que vous avez consolé cet enfant, que vous l’avez pris par la main et conduit sur la tombe; parce que cet enfant vous a regardé et a juré de ne jamais vous oublier; parce que je suis cet enfant, monsieur, et que je m’appelle Jacques Clément!…

– Jacques Clément! murmura sourdement le chevalier qui tressaillit à ses souvenirs. Le fils d’Alice de Lux!…

– Oui! fit le moine en se levant, et sa voix devint âpre, rauque, ardente. Le fils d’Alice de Lux que vous avez consolé aussi, que vous avez essayé de sauver! Alice de Lux dont j’ai su la terrible histoire en confessant une suivante de Catherine de Médicis! Et puisque vous êtes Pardaillan, puisque vous avez souffert, vous aussi, par la hideuse Médicis, puisque vous connaissez le crime de l’infernale vieille reine, puisque enfin Dieu nous met en présence aujourd’hui, c’est que Dieu veut que je vous console à mon tour! Écoutez! écoutez donc, vous que Catherine a fait pleurer! J’ai condamné Catherine de Médicis au plus effroyable supplice! Car je connais le seul point vulnérable de ce cœur maudit, et c’est dans son fils, entendez-vous dans son fils bien-aimé, que je la frapperai! Et en frappant Hérode, ce n’est pas seulement ma mère et vous que je vengerai! C’est aussi les projets de Dieu que je servirai! Car c’est Dieu qui m’a envoyé le poignard vengeur!…

À ces mots, et avant que Pardaillan eût pu faire un geste, avant que Charles d’Angoulême eut pu se demander si cet inconnu était un illuminé, un fou, Jacques Clément se tourna, vers les deux hôtesses, fit un signe mystérieux de reconnaissance et dit:

– Adieu, chevalier de Pardaillan. Suivez votre destinée qui est flamboyante. Moi, je suis la mienne qui est effroyable… Allons, femmes, ouvrez-moi la porte de communication!…

Effarées, la Roussotte et Pâquette avaient vu le signe. Elles marchèrent vers le fond de la pièce et disparurent dans une salle voisine, suivies de Jacques Clément. Quelques minutes plus tard, elles rentraient. Pardaillan avait saisi la main de Charles d’Angoulême, tout bouleversé de ce qu’il venait de voir et d’entendre, et avait murmuré:

– La porte de communication!… C’est-à-dire le moyen d’arriver jusqu’à Claude et Farnèse… et peut-être jusqu’à Violetta!…

LII PIPEAU, CROASSE, PICOUIC ET CIE

L’enchaînement des péripéties de ce récit nous oblige maintenant à revenir deux jours en arrière, c’est-à-dire au moment même où Pardaillan, ayant démoli les fortifications qu’il avait élevées à l’intérieur de la Devinière, franchissait le perron et se rendait au duc de Guise. Ce moment, c’était celui où Huguette tombait à genoux et murmurait:

– Il faut que je le sauve!…

C’était aussi le moment où le sieur Croasse, après son héroïque bataille contre une horloge d’abord et ensuite contre un chien, s’était attablé dans la cuisine de la Devinière, persuadé que ses innombrables ennemis étaient en fuite. Et en effet, le silence qui s’établit dans la rue lorsque le duc fut parti pouvait lui faire croire très justement que le calme était revenu.

Les domestiques de l’auberge, mâles et femelles, qui s’étaient précipités dehors pour voir ce qui se passait et n’avaient pu rentrer puisque Pardaillan avait alors tout barricadé, les domestiques, donc, réintégrèrent la Devinière, aussitôt que le chevalier eut été emmené. Leur premier soin fut de s’assurer que la maîtresse de céans n’avait été ni tuée ni blessée par le terrible truand ou huguenot; ils ne savaient au juste qui venait d’être arrêté.

Mais Huguette leur assura qu’elle n’avait eu d’autre mal que la peur. Aussitôt, elle monta à sa chambre et se revêtit de ses atours du dimanche. Huguette avait son idée. Remettant donc son auberge à la garde de ses domestiques, elle sortit sans dire où elle allait, ni à quelle heure elle serait rentrée.

Il y eut alors parmi les servantes et garçons force exclamations de pitié à voir le triste état où se trouvait l’auberge. La vaisselle était brisée. Presque tous les meubles étaient déplacés et quelques-uns démolis.

La première heure se passa donc à tout remettre en ordre, ou à peu près. Puis les domestiques, s’inquiétant de préparer le dîner du soir, voulurent entrer dans la cuisine. Ils la trouvèrent barricadée. Ils s’empressèrent de repousser les tables et escabeaux que Pardaillan avait entassés là, et étant entrés dans la cuisine, ils virent le gigantesque Croasse qui, ses longues jambes allongées, le dos appuyé à la cloison, digérait sa victoire et son dîner.

– Qui êtes-vous? demanda le maître-coq.

– Et que faites-vous céans? ajouta le sommelier.

– Et comment y êtes-vous entré? reprit la laveuse de vaisselle, les poings sur les hanches.

Ces trois questions menaçantes furent appuyées par une attitude plus menaçante encore, et Croasse constata avec un frémissement de douleur qu’il avait devant lui une lardoire, une broche, et plusieurs balais levés en une position qui ne pouvait lui laisser aucun doute sur l’usage qui allait être fait de ces ustensiles. En même temps le maître-coq, chef naturel de la bande, fit un pas en avant.

Croasse se redressa tout d’une pièce, et l’apparition de ce corps tout fluet, mais dont le front touchait presque aux jambons pendus aux solives du plafond, amena un soudain recul de stupeur dans l’armée envahissante. Ce recul donna à Croasse une haute idée de la terreur qu’il inspirait et lui rappela qu’il était brave.

– Maroufles! dit-il, oseriez-vous bien porter la main sur l’homme qui a gagné trois batailles!

Ces paroles n’intimidèrent nullement les assaillants. Mais la voix, le son de la voix, cette voix extraordinaire dont la nature avait doté l’ancien chantre et qui lui avait valu le nom aussi glorieux que métaphorique de Croasse, cette voix produisit dans la troupe un effet bizarre. La laveuse demeura bouche bée. Le sommelier, stupéfait, recula. Les servantes éclatèrent d’un rire fou. Croasse voulut achever de frapper l’ennemi d’un salutaire effroi.

– Ne savez-vous pas, ajouta-t-il, que j’ai mis en fuite des adversaires autrement redoutables que vous, et que j’en ai nettoyé votre auberge, et que notamment j’ai jeté par la fenêtre tous ceux qui se trouvaient dans la chambre, là-haut!…

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