Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
En sortant de l’hôtel, le chevalier entra dans une friperie de la Mortellerie et y fit emplette d’un costume que la marchande assura avoir été fait pour l’illustre Henri de Guise lui-même, lequel n’en avait pas voulu parce qu’il le jugeait trop lourd.
– Je le prends, dit Pardaillan, car je suis des amis de ce grand homme.
Il compléta son équipement par une bonne cuirasse de cuir de bœuf et par un manteau. Alors ils se mirent en quête d’une taverne assez solitaire pour qu’ils y fussent en sûreté.
– Maintenant que nous voilà à peu près tranquilles, dit Charles en marchant, je voudrais avant tout vous prier de me répéter un mot que vous m’avez dit lorsque vous m’êtes apparu dans ce cachot où je pensais mourir. C’est au nom de Violetta vivante que vous m’avez commandé le silence…
Charles s’arrêta, tout pâle. Cette question, évidemment, le tourmentait, depuis une heure qu’ils avaient quitté la Bastille, et c’est à peine s’il osait la poser.
– Oui, dit vivement le chevalier, par tout ce que j’ai entendu, sûrement, Violetta est vivante…
Le jeune duc respira longuement.
– Et qu’est-elle devenue? s’écria-t-il avec cette belle confiance qui lui laissait espérer que Pardaillan allait, par la main, le conduire à sa fiancée.
– Ce qu’elle est devenue? dit Pardaillan, nous allons chercher à le savoir quand vous m’aurez expliqué ce qui vous est arrivé. Mais un mot d’abord: connaissez-vous le sire de Maurevert?
– Je l’ai vu à Orléans quand le duc de Guise y passa.
– Bon. Eh bien! si jamais vous revoyez cet homme, en quelque lieu que ce soit, tâchez de vous emparer de lui…
– Un bon coup de dague ou d’épée… Pardaillan, je sais que vous le haïssez.
– Non, non! fit Pardaillan avec un singulier sourire; ne le frappez pas… et puis, tenez, je crois que Maurevert est à l’abri de tout péril… parce qu’il faut… parce qu’il est juste que je puisse lui dire deux mots avant qu’il ne meure. Mais enfin, si vous le voyez, saisissez-le tout vif, et me l’amenez; si nous n’avons pas d’ici là retrouvé celle après qui vous courez, Maurevert nous donnera de précieuses indications: il faut que nous retrouvions Maurevert!
Charles se demanda ce qu’il pouvait bien y avoir de commun entre Maurevert et Violetta. Pardaillan se garda bien de lui raconter ce que Maurevert lui avait dit dans le cachot, à savoir que lui, Maurevert, était devenu le mari de la petite bohémienne.
– Mais, enfin, reprit Charles, expliquez-moi d’abord comment, m’ayant fait donner rendez-vous à Saint-Paul…
– À Saint-Paul?…
– Oui! où vous deviez m’attendre avec le prince Farnèse et maître Claude.
– Le prince Farnèse et maître Claude!… Ah! ah! s’écria Pardaillan, frappé par ces deux noms qu’avait prononcés Maurevert dans le cachot.
– Oui, reprit Charles; Farnèse, le père de Violetta… et Claude, ce mystérieux inconnu qu’elle semble chérir et vénérer…
– Donc, je devais vous attendre à Saint-Paul avec Farnèse et Claude? Et je vous y ai fait donner rendez-vous?
– Par la dame d’Aubigné, qui m’est venue voir de votre part…
Alors, Pardaillan songea à ce que lui avait dit Maurevert; que Farnèse et Claude étaient enfermés dans le palais de la Cité pour y mourir de faim. Charles raconta la visite qu’il avait reçue et ce qui s’en était suivi jusqu’à la scène nocturne dans Saint-Paul.
– Très bien, fit Pardaillan, qui avait écouté attentivement. Maintenant, monseigneur, je vais vous apprendre deux choses: la première, c’est que je n’ai pu vous donner aucun rendez-vous avec Farnèse et maître Claude, puisque je n’ai jamais vu ce Claude, puisque je n’ai pas revu celui qui s’appelle prince Farnèse, depuis l’abbaye de Montmartre, puisque enfin, deux heures après vous avoir quitté, j’étais arrêté à l’auberge de la Devinière!
– Oh! s’écria Charles frémissant, j’ai été joué! J’ai été attiré dans un traquenard!…
– La deuxième, continua Pardaillan, c’est que la dame masquée et déguisée en gentilhomme, la charmante et digne messagère ne s’appelait nullement du nom honorable d’Aubigné…
– Et comment s’appelle-t-elle? fit Charles, frissonnant.
– Elle s’appelle Fausta! répondit tranquillement Pardaillan.
– Fausta?…
– Ce nom ne vous dit rien. Patience! Vous ne tarderez pas à connaître et à apprécier à sa valeur la femme extraordinaire qui s’appelle ainsi…
– Mais enfin, est-ce une d’Aubigné?
– Non, c’est une Borgia. Avez-vous entendu parler de Borgia, monseigneur?
– Hélas, Pardaillan, dans ma propre famille, n’y a-t-il pas une femme plus funeste que la célèbre Lucrèce, puisque la mère de Charles IX et d’Henri III s’appelle Catherine de Médicis?
– Oui, certes, la grande Catherine est une scélérate de belle envergure; et pour ma part j’ai pu admirer de près ce sombre génie des ténèbres. Je dirai même que depuis l’avant-dernière nuit où j’ai reçu dans mon cachot une bienheureuse visite, mon admiration pour Catherine est devenue si violente que je n’aurai plus de repos tant que je n’aurai pas rejoint cette illustre princesse…
– Qu’avez-vous donc appris? Que vous a-t-elle fait? balbutia Charles qui frissonna.
– Elle m’a fait… Mais il ne s’agit pas d’elle. Je voulais vous dire que Catherine de Médicis n’est qu’une écolière auprès de la descendante des Borgia. Prenez garde à Fausta, monseigneur! Je ne vois pas encore le but où elle tend, bien que j’aie deviné une partie de ses espérances. Mais ce que je comprends très bien, ce qui était encore obscur il y a quelques jours et qui s’éclaire maintenant de la livide lueur de ce nom, l’enlèvement de Violetta par Belgodère, Violetta traînée au supplice comme hérétique, sous le nom d’une fille de Fourcaud, oui, je comprends tout cela! Car tout cela est l’œuvre de Fausta…
– Oh! en ce cas, malheur à cette femme! gronda le duc d’Angoulême. Pardaillan, il faut retrouver cette tigresse, et dussé-je l’étrangler de mes mains…
– Patience! Vous ne la retrouverez peut-être que trop tôt! Prenez garde! Par la visite qu’elle vous a faite, par ce piège qu’elle vous a tendu et où vous avez donné tête baissée, vous devez comprendre à quelle force vous vous heurtez…
– Dussé-je y laisser la vie! palpita Charles…
– Eh! mordieu, s’il ne s’agissait que de mourir, ce serait vraiment trop facile! Il ne s’agit pas de mourir: il s’agit de vivre et de rendre la vie à celle que vous aimez…
– Oui, oui!…
– Et pour cela, je vous l’ai dit, il suffit de mettre la main sur le sire de Maurevert…
– Oh! Pardaillan, ma tête se perd à sonder ces abîmes. Que vient faire Maurevert en tout ceci?…
Pardaillan jeta un regard de pitié sur son compagnon.
«Pauvre petit! songea-t-il. Que dirais-tu si tu savais que ta fiancée est l’épouse de Maurevert!…»
– Je dis, reprit-il tout haut, qu’il faut se saisir de Maurevert, parce que Fausta l’emploie à son œuvre de destruction. Par lui nous saurons bien des choses. Maurevert pris, peut-être aurons-nous arraché à la main de Fausta une de ses armes les plus redoutables.
– Pourquoi ne pas vous attaquer directement à elle? Pardaillan, vous ne voyez donc pas que je ne vis plus?
Pardaillan saisit le bras de Charles.