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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Laissez-moi faire! dit-il… Je crois vous l’avoir dit: il n’y a d’irréparable que la mort. Violetta est vivante, voilà tout ce qu’il importe de savoir pour l’instant. Quant à Fausta, vous êtes maintenant un de ceux sur qui son regard mortel s’est appesanti. Prenez garde! Je ne devine pas l’intérêt qu’elle peut avoir à frapper Violetta. Mais n’en doutez pas, si elle sait que vous aimez cette enfant… et elle sait!… elle vous frappera vous-même comme elle a essayé de me frapper, comme elle a frappé ce Farnèse et ce Claude…

– Mais elle est donc armée d’une véritable puissance? dit Charles hors de lui.

– Elle est plus reine en France qu’Henri III n’y a jamais été roi; elle est plus reine à Paris que Guise n’y est roi! Guise lui obéit. Elle est plus que le chef visible de cette prodigieuse association qui s’appelle la Sainte-Ligue: elle en est l’âme! Elle a bouleversé le royaume. Elle bouleversera Paris pour vous atteindre, s’il y va de son intérêt… Que sont les poisons des Borgia et des Médicis! Que sont les poignards des reîtres lorrains! Des jeux d’enfant auprès des inventions formidables de cette femme! Elle a son armée à elle! Elle a sa justice à elle! Des milliers d’espions sillonnent pour elle la capitale et le royaume. Elle voit tout, elle sait tout. Et pour atteindre ceux qui sont un obstacle à sa marche flamboyante, elle dédaigne le poison, elle dédaigne le poignard… elle emploie des armes plus violentes encore, et ces armes s’appellent: Religion et Justice!… Monseigneur, prenez garde aux juges de Fausta, aux prêtres de Fausta!… Ses prêtres font et défont des mariages! Ses juges saisissent l’ennemi de Fausta, et le conduisent à la Bastille pour le questionner et jeter ensuite son corps pantelant au gibet ou à l’échafaud!…

– Impossible! Oh! tout cela n’est qu’un rêve affreux!…

– Enfin! Songez à Henri III chassé de Paris! Songez au bûcher préparé pour Violetta! Songez que nous-mêmes, il n’y a pas deux heures que nous sommes hors de la Bastille!… Songez à maître Claude! Songez au prince Farnèse!

– Qui sait ce que sont devenus ces deux infortunés!…

– Je le sais, moi… toujours grâce à la bienheureuse visite que j’ai reçue dans mon cachot.

– Pardaillan, haleta Charles, il faut délivrer ces deux hommes!… L’un est le père de Violetta… et l’autre… Ah! je ne comprends pas… Mais Violetta l’aime et le vénère!… Où sont-ils? Oh! si vous le savez… ‘

– Ils sont là! dit Pardaillan en désignant une maison à Charles qui s’arrêta, frémissant.

Depuis quelques minutes, ils étaient entrés dans la Cité et l’avaient contournée jusqu’à cette pointe qui s’allongeait derrière Notre-Dame. Le jeune duc se vit en présence de hautes murailles noires, lézardées, une façade sombre et muette avec une porte de fer, de rares fenêtres fermées, une apparence de logis abandonné depuis des années, avec ses moisissures verdâtres qui lui donnaient une figure de lépreux…

– Oh! murmura Charles avec une sourde terreur, ni la Bastille, ni le Temple, ni le Châtelet n’ont physionomie aussi repoussante et sinistre!… Pardaillan, quelle infâme prison est-ce là?…

– C’est le palais de Fausta! dit Pardaillan.

Charles eut un mouvement comme pour s’élancer. Le chevalier le saisit par le bras.

– Frappez à cette porte de fer! dit-il froidement, et dans dix minutes nous aurons rejoint Claude et Farnèse qui agonisent de faim derrière ces murs!…

– De faim! balbutia Charles en essuyant son front ruisselant de sueur.

– Oui!… Du moins d’après ce que m’a raconté le charmant cavalier qui m’est venu voir…

– Et ce cavalier?…

– C’était Maurevert!… Mais cela me rappelle que moi-même, je meurs de faim! Voici justement, près de la maison où l’on agonise par la faim et la soif, la maison où l’on mange et où l’on boit…

Charles jeta les yeux sur l’auberge que lui désignait Pardaillan. Elle était jolie, accorte, avenante et fleurie. Pardaillan se souvenait parfaitement que le soir où il était entré dans le palais de Fausta, une femme évanouie dans ses bras, le soir où il avait eu avec la maîtresse du palais cet entretien qui s’était terminé par une bagarre, il se souvenait, disons-nous, qu’entré par le palais c’était par l’auberge qu’il avait pu fuir. Il y avait donc sûrement communication et probablement accointance morale entre le sinistre palais et la jolie auberge.

– Pardaillan! fit Charles haletant, je n’ai pas faim, moi! Il faut délivrer ces deux infortunés!…

– Eh! par les cornes du diable, c’est justement pour cela qu’il nous faut aller dîner à l’auberge du… du… voyons l’enseigne… tiens, tiens!… voilà qui me rappelle étrangement…

Et Pardaillan, pâle et pensif de ses souvenirs, murmura en frissonnant:

– Le Pressoir de fer !… Entrons! ajouta-t-il brusquement.

Et il se dirigea vers le cabaret tenu, au dire de la jolie enseigne qui se balançait en agitant ses grelots, par la Roussotte et Pâquette…

Au moment où ils allaient franchir le perron, un crieur public apparut, escorté de quatre pertuisaniers, et sonna de la trompe à trois reprises. Si désert que fût l’endroit, les ruelles voisines dégorgèrent aussitôt un flot respectable de curieux et de commères qui entourèrent le crieur. Sur le perron de l’auberge se montrèrent des femmes, des écoliers, des soldats.

– Écoutons, dit Pardaillan. Les crieurs racontent souvent des choses fort curieuses, d’autant que celui-ci est escorté de gardes aux armes de notre bien-aimé duc de Guise…

Lorsque le crieur jugea qu’il était environné d’un nombre suffisant d’auditeurs, il se mit non pas à lire, mais à réciter à haute voix un cri qu’il avait sans doute appris par cœur. Il n’en tenait pas moins un parchemin dans les doigts.

– Nous, maître Guillaume Guillaumet, crieur patenté de la ville de Paris, par ordre exprès de monseigneur duc régent de cette ville en l’absence de Sa Majesté le roi…

– Vive Guise! Mort à Hérode! interrompit la foule.

– Ordre ci-présent, signé de sa main et scellé de son sceau ducal fassions savoir à tous et toutes présents, les sommant de le répéter à tous et toutes non présents:

«Le sire de Pardaillan, ci-devant comte de Margency, est déclaré félon, traître et rebelle aux intérêts de l’Église et de la Sainte-Ligue.

Il est mandé à tout féal serviteur de la foi, ecclésiastique ou laïque, de saisir au corps ledit sire de Pardaillan et de le livrer à l’Official.

Que s’il ne peut être saisi vif, soit livré mort.

Que ledit sire de Pardaillan est de taille moyenne, plutôt grand, large des épaules, portant costume de velours gris et chapeau à plume de coq; qu’il porte moustache à retroussis et barbiche à la royale, qu’il a le front haut, les yeux clairs, la figure insolente; et qu’à ces signes on ne peut manquer de le reconnaître, en quelque lieu qu’il se cache.

Faisons en outre connaître, et promettons:

Qu’une somme de cinq mille ducats d’or sera remise à quiconque, ecclésiastique ou laïque, homme ou femme, saisira vif ledit sire de Pardaillan, ou présentera sa tête soit à l’Official, soit au grand prévôt, soit à tout autre officier de justice.»

Maître Guillaume Guillaumet souffla une fois dans sa trompe, ce qui signifiait que le cri était terminé. Et cette fois, la foule fut tellement frappée d’admiration par la promesse des cinq mille ducats d’or, une fortune considérable, qu’elle oublia de pousser son ordinaire clameur de: «Vive Henri le Saint! Vive le pilier de l’Église!»

Le crieur s’éloigna pour recommencer plus loin, suivi d’un grand nombre de gens qui voulaient entendre répéter ce mot magique: «Cinq mille ducats d’or!» et qui déjà cherchaient dans leur tête le moyen de gagner cette fortune.

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