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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Mais Hissune doutait que l’abus de vin fût en cause, même si c’était ce que lord Valentin avait dit lui-même. Il n’avait pas quitté le Coronal des yeux pendant toute la durée des discours et il ne lui avait absolument pas donné l’impression d’être ivre à ce moment-là mais uniquement jovial, joyeux, détendu. Et plus tard, quand le petit sorcier Vroon avait fait revenir lord Valentin à lui par une application de ses tentacules, le Coronal avait eu l’air un peu faible, comme on peut l’être après une défaillance, mais tout à fait lucide. Personne ne pouvait dessoûler si vite. Non, se dit Hissune, il s’agissait vraisemblablement d’autre chose qu’un état d’ébriété, un maléfice ou un message très intense qui s’était emparé de l’esprit de lord Valentin juste à ce moment-là. Et c’était terrifiant.

Il se leva et suivit le corridor sinueux qui menait aux appartements du Coronal. Au moment où il arrivait devant la porte sculptée où brillaient les emblèmes dorés de la constellation et le monogramme royal, elle s’ouvrit et Tunigorn et Ermanar sortirent, le visage sombre et les traits tirés. Ils lui adressèrent un signe de tête et Tunigorn, d’un petit geste de la main, indiqua aux gardes de la porte de le laisser entrer.

Lord Valentin était assis à un large bureau de bois précieux et poli couleur de sang. Les fortes mains aux grosses jointures du Coronal étaient posées à plat devant lui sur le bureau, comme s’il prenait appui sur elles. Il avait le visage pâle et les épaules tombantes et ses yeux semblaient avoir des difficultés à accommoder.

— Monseigneur… commença Hissune d’une voix hésitante, mais il ne put en dire plus.

Il demeurait sur le seuil, se sentant gauche, pas à sa place, très mal à l’aise. Lord Valentin ne semblait pas avoir remarqué sa présence. Dans la pièce se trouvaient Tisana, la vieille interprète des songes, Sleet et le Vroon, mais nul ne parlait. Hissune était dérouté.

Il n’avait aucune idée de ce qu’exigeait l’étiquette quand il fallait s’adresser à un Coronal fatigué et manifestement malade. Était-on censé lui témoigner sa sympathie ou bien devait-on faire comme si le monarque était en parfaite santé ? Hissune fit le signe de la constellation et, en l’absence de toute réaction, le fit une seconde fois. Il sentait le rouge lui monter aux pommettes.

Il tenta, mais en vain, de retrouver des lambeaux de l’assurance de sa prime jeunesse. Curieusement, plus il voyait lord Valentin, plus il semblait être mal à l’aise avec lui. C’était difficile à comprendre.

C’est Sleet qui vint à son secours.

— C’est l’Initié Hissune, monseigneur, dit-il d’une voix forte.

Le Coronal leva la tête et plongea les yeux dans ceux d’Hissune. La profondeur de la fatigue qui se lisait dans les prunelles fixes et vitreuses était effrayante. Mais Hissune vit avec stupéfaction le Coronal, au bord de l’épuisement, trouver les ressources nécessaires pour repousser cette fatigue, comme un homme accroché à une branche après avoir basculé dans un précipice se hisse en sécurité d’un coup de reins. Il était étonnant de voir ses joues reprendre un peu de couleurs et son expression une certaine animation. Il parvint même à retrouver une indéniable majesté, un air de commandement. Hissune, avec une crainte mêlée de respect, se demanda s’il s’agissait d’un truc qu’on apprenait sur le Mont du Château lorsqu’on se préparait à devenir Coronal…

— Approche-toi, dit lord Valentin.

Hissune s’avança de deux pas dans la pièce.

— As-tu peur de moi ?

— Monseigneur…

— Je ne peux pas te laisser perdre du temps à me craindre, Hissune. J’ai trop à faire. Et toi aussi. Je croyais autrefois que je ne t’intimidais absolument pas. Est-ce que je me trompe ?

— Monseigneur, c’est seulement que vous avez l’air si fatigué… et je suppose que je suis fatigué aussi. Cette soirée fut tellement étrange, pour moi, pour vous, pour tout le monde…

— En effet, dit le Coronal en hochant la tête, une soirée pleine d’étrangetés. Est-ce déjà le matin ? Je ne sais jamais l’heure quand je suis ici.

— Il est minuit passé, monseigneur.

— Seulement ? Je croyais que c’était presque le matin. Que cette soirée a été longue !

Le Coronal se mit à rire.

— Mais il est toujours minuit passé dans le Labyrinthe, n’est-ce pas, Hissune ? Par le Divin, si tu savais comme j’ai envie de revoir le soleil !

— Monseigneur, murmura Deliamber avec circonspection, il se fait tard en effet et il reste beaucoup à faire…

— C’est vrai…

Les yeux du Coronal redevinrent fugitivement vitreux. Mais, se reprenant, il ajouta :

— Alors au travail. La première chose sera de t’adresser mes remerciements. Je me serais sans doute fait très mal si tu n’avais pas été là pour me retenir. Tu as dû bondir vers moi avant que je tombe, non ? Était-il si évident que j’allais tourner de l’œil ?

— Oui, monseigneur, répondit Hissune en rosissant légèrement. Pour moi, en tout cas.

— Ah !

— Mais je vous observais peut-être plus attentivement que les autres.

— Oui, j’imagine.

— J’espère que Votre Seigneurie ne souffrira pas trop des conséquences de… de…

— Je n’étais pas ivre, Hissune, dit le Coronal, un léger sourire aux lèvres.

— Je ne voulais pas insinuer… Je veux dire… Enfin, je…

— Non, je n’avais pas trop bu. C’était un maléfice, un message… Qui sait ? Le vin est une chose et la sorcellerie une autre et je crois encore pouvoir faire la différence. C’était une vision menaçante, mon jeune ami, et ce n’est pas la première que j’ai ces temps-ci. Les présages sont inquiétants. Il y a de la guerre dans l’air.

— La guerre ? répéta Hissune.

C’était un mot peu familier, hideux, monstrueux. Il planait dans la pièce comme un gros insecte bourdonnant en quête d’une proie. La guerre ? La guerre ? Dans l’esprit de Hissune surgit une image vieille de huit mille ans, puisée dans le réservoir des souvenirs qu’il s’était appropriés dans le Registre des Ames : les collines sèches du Nord-Ouest dévorées par les flammes, le ciel obscurci d’épais panaches de fumée, le dernier épisode sanglant de la longue guerre de lord Stiamot contre les Métamorphes. Mais c’était de l’histoire ancienne. Les dizaines de siècles qui s’étaient écoulés depuis n’avaient pas connu d’autre guerre, exception faite de la guerre de restauration. Et elle n’avait guère coûté de vies, selon le vœu de lord Valentin qui avait la violence en abomination.

— Comment peut-il y avoir la guerre ? demanda Hissune. Il n’y a pas de guerres sur Majipoor !

— La guerre approche, jeune homme ! fit Sleet d’un ton brusque. Et quand elle sera là, par la Dame, nous ne pourrons y échapper !

— Mais la guerre contre qui ? Nous vivons sur la plus paisible des planètes. Quel ennemi peut-il y avoir ?

— Il en existe un, répondit Sleet. Êtes-vous dans le Labyrinthe si protégés des réalités du monde que vous ne comprenez pas cela ?

— Vous voulez parler des Métamorphes ? dit Hissune en plissant le front.

— Eh oui, des Métamorphes ! rugit Sleet. Ces satanés Changeformes ! Vous imaginiez-vous qu’ils resteraient parqués dans leur réserve jusqu’à la fin des temps ? Par la Dame, le déchaînement de la violence n’est pas loin !

Scandalisé et stupéfait, Hissune regardait bouche bée le petit homme balafré. Sleet avait les yeux étincelants. Il semblait presque accueillir cette perspective avec plaisir.

— Avec tout le respect que je vous dois, Haut Conseiller Sleet, dit Hissune en secouant lentement la tête, pour moi cela n’a pas de sens. Ils ne sont que quelques millions et nous sommes vingt milliards. Ils ont déjà fait cette guerre, ils l’ont perdue et même s’ils nous haïssent vraiment, je ne crois pas qu’ils recommenceront.

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