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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Et les fonctionnaires pontificaux n’avaient manifestement rien épargné pour que la fête soit réussie. Des légendaires chais pontificaux provenait un éblouissant cortège des meilleurs crus de la planète : le vin de feu doré de Pidruid et le blanc sec d’Amblemorn, puis le rouge délicat de Ni-moya, suivi d’un vin pourpre fort et capiteux de Muldemar, mis en bouteille depuis de longues années, sous le règne de lord Malibor. Chaque vin accompagnait bien entendu des mets délicats : baies de thokka glacées, dragon de mer fumé, calimbots préparés à la manière de Narabal, cuissot de bilantoon rôti. Et il y avait un défilé ininterrompu d’attractions : chanteurs, mimes, harpistes, jongleurs. De temps à autre, l’un des serviteurs du Pontife lançait un regard circonspect vers la table d’honneur occupée par lord Valentin et ses compagnons comme pour s’enquérir : Est-ce suffisant ? Votre Seigneurie est-elle satisfaite ?

Et à chacun de ces regards inquiets, Valentin répondait par un sourire chaleureux, un hochement de tête amical, un geste de la main tenant sa coupe de vin pour apaiser l’anxiété de ses hôtes. Oui, oui, je suis très content de tout ce que vous avez fait pour moi.

— Regardez cette bande de petits trouillards ! s’écria Sleet. Ils sont morts de peur, cela se sent d’ici !

Ce qui amena une remarque aussi sotte que pénible du jeune Hissune sur le fait qu’ils cherchaient vraisemblablement à gagner la faveur de lord Valentin dans la perspective du jour où il deviendrait Pontife. Ce manque de tact inattendu fit à Valentin l’effet d’un coup de fouet et il se détourna, le cœur battant, la gorge brusquement sèche. Il se força à demeurer calme, sourit par-dessus les tables à Hornkast, le porte-parole officiel, fit un signe de tête au majordome pontifical, adressa un large sourire à plusieurs autres, tandis que derrière lui il entendait Shanamir expliquer d’un ton courroucé à Hissune la nature de sa bévue.

La colère de Valentin retomba en quelques instants. Comment le jeune homme aurait-il pu savoir qu’il s’agissait d’un sujet tabou ? Mais comme il ne pouvait rien faire pour mettre un terme à la mortification évidente de Hissune sans reconnaître la profondeur de sa susceptibilité sur ce chapitre, il reprit part à la conversation comme si de rien n’était.

Puis cinq jongleurs apparurent, trois humains, un Skandar et un Hjort ; une heureuse diversion. Ils entamèrent des projections effrénées de torches, de faucilles et de couteaux qui arrachèrent au Coronal des cris et des applaudissements.

C’étaient des artistes de troisième ordre dont les faiblesses, les insuffisances et le tape-à-l’œil n’échappaient pas au regard exercé de Valentin, mais cela n’avait pas d’importance ; les jongleurs le ravissaient toujours. Ils lui rappelaient immanquablement l’étrange époque bénie, si lointaine déjà, où lui-même avait été jongleur, errant de ville en ville avec une troupe hétéroclite. Une époque d’innocence où, déchargé du fardeau du pouvoir, il avait été pleinement heureux.

L’enthousiasme que manifestait Valentin pour les jongleurs lui valut un froncement de sourcils de Sleet.

— Ah, monseigneur, fit-il avec aigreur, estimez-vous vraiment qu’ils sont si bons que cela ?

— Ils montrent beaucoup de zèle, Sleet.

— Il en est de même du bétail qui broute son fourrage à la saison sèche. Mais ce n’est que du bétail. Et vos jongleurs remplis de zèle ne sont guère que des amateurs, monseigneur.

— Allons, Sleet, un peu d’indulgence !

— Cet art, monseigneur, exige un certain niveau. Comme vous devriez vous en souvenir.

— Le plaisir que me donnent ces jongleurs n’est pas fonction de leur talent, Sleet, répliqua Valentin avec un petit rire. Ce spectacle éveille en moi des souvenirs d’une autre époque, d’une vie plus simple, de compagnons du temps jadis.

— Ah, alors, s’il s’agit de sentiment, c’est autre chose ! Mais je parle de l’art.

— Nous ne parlons donc pas de la même chose.

Les jongleurs quittèrent la scène dans un tourbillon de lancers rageurs et de réceptions imprécises et Valentin s’enfonça dans son siège, souriant, tout à son plaisir. Mais finie la rigolade, se dit-il. C’est l’heure des discours.

Mais même cette épreuve fut étonnamment facile à supporter. C’est Shinaam qui ouvrit le bal. Le ministre pontifical des Affaires extérieures, d’origine Ghayrog, avait le corps couvert d’écailles luisantes et une langue fourchue s’agitant sans cesse. En quelques mots aimables il souhaita officiellement la bienvenue à lord Valentin et à son entourage.

L’adjudant-major Ermanar le remercia au nom du Coronal. Quand il eut terminé, ce fut au tour de Dilifon, le secrétaire particulier du Pontife, ratatiné par l’âge, de présenter les salutations personnelles du souverain. Valentin savait que c’était pure comédie puisqu’il était de notoriété publique que le vieux Tyeveras n’avait pas articulé une parole sensée depuis près de dix ans. Mais il accepta la fiction de Dilifon émise d’une voix chevrotante et chargea Tunigorn de répondre.

Puis Hornkast prit la parole. Le porte-parole officiel du Pontife, replet et solennel, était le véritable maître du Labyrinthe depuis que Tyeveras s’était enfoncé dans la décrépitude. Il annonça que le thème de son discours était le Grand Périple. L’attention en éveil, Valentin se redressa aussitôt. Depuis un an, il pensait souvent à ce voyage officiel dans les contrées lointaines de la planète au cours duquel le Coronal parcourait Majipoor et se montrait à son peuple dont il recevait l’hommage, l’allégeance et les manifestations de dévotion.

— D’aucuns pourraient considérer cela comme un simple voyage d’agrément, dit Hornkast, des vacances frivoles et dépourvues de valeur, loin des responsabilités. Mais il n’en est rien ! Car c’est la personne du Coronal – sa personne réelle, physique, pas un étendard, un drapeau, un portrait – qui rassemble les vastes provinces de notre planète dans une commune fidélité. Et ce n’est que par un contact périodique avec la réalité de la personne royale que cette fidélité se perpétue.

Valentin se rembrunit et détourna les yeux. Une image alarmante lui vint brusquement à l’esprit ; la surface de Majipoor se soulevait et se fragmentait et un homme seul s’efforçait désespérément de maintenir en place le terrain disloqué.

— Car le Coronal, poursuivit Hornkast, est l’incarnation de Majipoor. Le Coronal est Majipoor personnifiée. Il est le monde ; le monde est le Coronal. C’est pourquoi le Coronal, lorsqu’il entreprend le Grand Périple, comme vous, lord Valentin, allez maintenant le faire pour la première fois depuis votre glorieuse restauration, ce n’est pas seulement vers le monde qu’il va, c’est vers lui-même. Il entreprend un voyage à l’intérieur de son âme, à la rencontre des racines les plus profondes de son identité…

Était-ce vrai ? Bien sûr, bien sûr. Valentin savait qu’Hornkast employait des figures de rhétorique et des procédés oratoires du genre qu’il lui avait fallu supporter beaucoup trop souvent à son gré. Mais pourtant, cette fois, les mots semblaient éveiller quelque chose en lui, ouvrir une sorte de grand tunnel obscur rempli de mystères. Ce rêve – le vent froid soufflant sur le Mont du Château, l’activité sourde de la terre, la désagrégation de la surface de la planète – le Coronal est l’incarnation de Majipoor – il est le monde…

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