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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Cette dignité n’est pas encore mienne. Lève-toi et marche !

— Ce n’est pas exigé de moi, car je suis mort, dis-je.

— Nous ne t’entendons pas, reprennent-ils. Toi qui fus roi, toi qui es empereur.

Puis la voix qui dit être celle de Valentin me répète encore une fois : « Lève-toi et marche ! » et la main de Valentin se pose sur ma main dans ce royaume où rien ne bouge et me tire vers le haut, et je flotte, léger comme de l’air flottant dans les airs, et j’avance, me déplaçant sans mouvement, respirant sans aspirer d’air. Ensemble nous franchissons un pont incurvé comme l’arc-en-ciel et qui enjambe un abîme aussi profond que le monde est vaste. Et sa carcasse métallique miroitante vibre à chacun de mes pas en émettant un son semblable à un chant de jeunes filles. De l’autre côté tout est inondé de couleurs : ambre, turquoise, corail, lilas, émeraude, acajou, indigo, cramoisi. La voûte céleste est couleur de jade et les rayons acérés du soleil qui percent l’air sont de bronze. Tout vole, tout ondule ; il n’y a aucune fermeté, aucune stabilité.

— C’est la vie, Tyeveras ! disent les voix. C’est ton véritable royaume !

Ce à quoi je ne réponds pas, car après tout je suis mort et je rêve simplement que je vis ; mais je me mets à pleurer et mes larmes sont de toutes les couleurs des étoiles.

Et voici un autre rêve du Pontife Tyeveras :

Je siège sur une machine à l’intérieur d’une autre machine et tout autour de moi s’élève une paroi de verre bleuté. J’entends un bruit de bouillonnement et le tic-tac étouffé de mécanismes compliqués. Mon cœur bat lentement ; je perçois chaque mouvement du fluide à travers ses ventricules mais je crois que ce fluide n’est probablement pas du sang. Quoi qu’il en soit, il circule en moi et je le sens. Je dois donc être encore vivant. Comment est-ce possible ? Je suis si vieux : aurais-je survécu à la mort elle-même ? Je suis Tyeveras, qui fut Coronal sous Ossier, et un jour j’ai touché la main de lord Kinniken qui occupait le Château alors qu’Ossier n’était qu’un prince et que le second Pontife Thimin résidait dans le Labyrinthe. S’il en est ainsi, je crois que je dois être le seul contemporain de Thimin encore vivant, si je suis vivant, et je le pense. Mais je dors. Je rêve. Un grand silence m’enveloppe. Les couleurs se retirent du monde. Tout est noir, tout est blanc, rien ne bouge, il n’y a aucun son. C’est ainsi que j’imagine le royaume de la mort. Regardez, voilà le Pontife Confalume, et Prestimion, et voilà Dekkeret ! Tous ces grands monarques reposent, les yeux levés vers une pluie qui ne tombe pas, et m’adressent des paroles inaudibles : « Bienvenue à toi, Tyeveras, bienvenue, vieux roi fatigué, viens reposer près de nous maintenant que tu es mort comme nous. » Oui. Oui. Oh, comme c’est beau ici ! Regardez, voilà lord Malibor, cet homme originaire de la cité de Bombifale sur qui je fondais à tort de si grands espoirs et il est mort ; et lord Voriax, avec sa barbe noire et ses joues vermeilles, mais il n’a plus le teint aussi coloré maintenant. Et enfin, on me permet de les rejoindre. Tout est silencieux. Tout est calme. Enfin, enfin, enfin ! Enfin on me laisse mourir, même si ce n’est qu’en rêve.

Ainsi le Pontife Tyeveras flotte à mi-chemin entre deux mondes, ni mort ni vivant, rêvant du monde des vivants quand il se croit mort et du royaume de la mort quand il se souvient qu’il est encore vivant.

7

— Un peu de vin, s’il te plaît, dit Valentin.

Sleet lui mit une coupe dans la main et le Coronal but avidement.

— J’étais en train de somnoler, murmura-t-il. Juste un petit somme avant le banquet… et il y a eu ce rêve, Sleet ! Quel rêve ! Appelle Tisana, veux-tu ? Il me faut une interprétation.

— Sauf votre respect, monseigneur, dit Sleet, vous n’avez plus le temps maintenant.

— Nous sommes venus vous chercher, intervint Tunigorn. Le banquet va commencer. L’étiquette exige que vous soyez sur l’estrade quand les hauts fonctionnaires pontificaux…

— L’étiquette ! L’étiquette ! Vous ne comprenez pas que ce rêve était presque un message ! Une telle vision d’apocalypse…

— Le Coronal ne reçoit pas de messages, monseigneur, dit posément Sleet. Le banquet va débuter dans quelques minutes et nous devons vous aider à revêtir votre robe et vous accompagner jusqu’à la salle du banquet. Après, vous aurez recours à Tisana et à ses potions si vous le désirez. Mais pour l’instant…

— Il faut que j’explore ce rêve !

— Je comprends. Mais le temps presse. Venez, monseigneur.

Il savait que Sleet et Tunigorn étaient dans le vrai. Que cela lui plût ou pas, il devait immédiatement se rendre au banquet. C’était plus qu’une obligation mondaine, c’était un rite, un hommage rendu par l’aîné des monarques au jeune souverain, son fils adoptif oint du Divin et son successeur. Et bien que le Pontife fût sénile et n’eût plus sa tête à lui, le Coronal ne pouvait se permettre de prendre la chose à la légère. Il devait y aller et le rêve attendrait. Il ne pouvait pas ne pas prendre en considération un rêve aussi puissant et chargé de présages – il ferait une interprétation et conférerait probablement avec Deliamber – mais il aurait le temps de s’en occuper plus tard.

— Venez, monseigneur, répéta Sleet en lui tendant la robe d’hermine de sa charge.

Sa vision maléfique collait encore à l’esprit de Valentin quand il pénétra dans la Grande Salle du Pontife, dix minutes plus tard. Mais comme il ne convenait pas au Coronal de Majipoor de paraître triste ou soucieux pour une telle occasion, il revêtit un masque d’affabilité et se dirigea vers la table d’honneur.

De fait, c’était l’attitude qu’il avait adoptée durant toute l’interminable semaine de sa visite officielle : sourires forcés et amabilité feinte. De toutes les cités de la planète géante, le Labyrinthe était celle que lord Valentin aimait le moins. C’était pour lui un lieu sinistre et oppressant où il ne se rendait que lorsque les responsabilités de sa charge l’exigeaient. Autant il éprouvait le sentiment aigu de vivre, sous le chaud soleil estival et devant l’immensité libre du firmament, chevauchant dans une forêt aux arbres feuillus, sentant dans ses cheveux dorés le souffle frais du vent, autant il avait l’impression d’être enterré avant l’heure dès qu’il posait le pied dans la lugubre cité souterraine. Il détestait ses sinistres anneaux superposés, son infinité de niveaux obscurs et l’atmosphère de claustrophobie qui y régnait.

Mais ce qu’il détestait par-dessus tout c’était la certitude de l’inéluctable destinée qui serait la sienne quand le moment serait enfin venu de succéder au Pontife, de renoncer aux plaisirs de l’existence sur le Mont du Château et de s’installer jusqu’à la fin de ses jours dans cet affreux tombeau.

Comme il avait redouté cette soirée en particulier, ce banquet dans la Grande Salle, au niveau le plus profond de l’édifice souterrain. La salle elle-même, hideuse, tout en angles aigus, en lumières éclatantes et en reflets bizarres ; les pompeux dignitaires pontificaux dissimulés derrière leurs grotesques petits masques traditionnels ; leurs discours creux, l’ennui qu’ils distillaient et surtout le sentiment écrasant du Labyrinthe tout entier pesant sur lui comme une colossale masse de pierre. Le seul fait de penser à cela l’avait rempli d’horreur. Il se dit que l’effroyable rêve qu’il avait fait n’était peut-être qu’un avant-goût de l’appréhension qu’il éprouvait pour ce qu’il allait devoir supporter.

Mais à son grand étonnement, il parvint à se détendre, à se décontracter. Pas véritablement à apprécier le banquet, non, certes pas, mais au moins à le trouver supportable.

La grande salle avait été redécorée. C’était une bonne chose. Des étendards vert et or, les couleurs emblématiques du Coronal, avaient été suspendus partout, adoucissant et masquant les contours étrangement inquiétants de l’immense pièce de réception. L’éclairage aussi avait été modifié depuis sa dernière visite : des suspensions répandant une douce lumière se balançaient au plafond.

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