Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Boromir et Aragorn transportèrent les bateaux un à un, tandis que les autres les suivaient à grand-peine avec les bagages. Enfin, tous leurs effets furent déposés sur le sentier de portage. Alors, sans plus rencontrer d’obstacles, hormis les ronciers exubérants et les nombreuses pierres éboulées, ils poursuivirent leur route tous ensemble. Des nappes de brouillard s’accrochaient encore à la paroi rocheuse, très effritée ; tandis que sur leur gauche, le Fleuve était voilé de brume : ils entendaient ses eaux écumeuses se précipiter sur les écueils et les dents pointues du Sarn Gebir, mais ils ne pouvaient les voir. Ils durent refaire le voyage une fois afin d’apporter toutes leurs affaires à l’embarcadère du sud.
Là, le sentier de portage redescendait doucement jusqu’à l’eau, menant au bord peu profond d’une petite crique. Elle semblait avoir été creusée dans le rivage, non de main d’homme, mais par le remous des eaux qui affluaient du Sarn Gebir et qui rencontraient une jetée de pierres basses que l’on voyait s’avancer assez loin dans le cours d’eau. Au-delà, la rive s’élevait à pic en une falaise grise, et il n’était plus possible de continuer à pied.
Le court après-midi avait fui et un crépuscule sombre et nuageux s’installait. Assis au bord de l’eau, ils prêtaient l’oreille au grondement confus des Rapides cachés dans la brume ; ils étaient las et somnolents, et ils avaient le cœur aussi sombre que le jour moribond.
« Eh bien, vous y voilà, mais il faudra passer une autre nuit ici, dit Boromir. Nous avons besoin de sommeil, et même si Aragorn voulait passer le Portail des Argonath à la faveur de la nuit, nous sommes tous trop épuisés – sauf, bien sûr, notre infatigable nain. »
Gimli ne répondit pas : il somnolait sur place.
« Reposons-nous ce soir autant que nous le pourrons, dit Aragorn. Demain, il faudra recommencer à voyager de jour. À moins que le temps ne nous trahisse et ne change encore une fois, nous aurons de bonnes chances de nous esquiver sans être aperçus des yeux qui guettent sur l’autre rive. Mais ce soir, nous devrons monter la garde par paires, à tour de rôle : trois heures de repos et une heure de guet. »
Cette nuit-là, il n’arriva rien de pire qu’une bruine de courte durée, une heure avant l’aube. Ils se mirent en route aussitôt qu’il fit clair. Déjà, le brouillard s’amincissait. Serrant la rive occidentale le plus possible, ils voyaient les formes indistinctes des falaises basses s’élever toujours plus haut, parois ombreuses baignant leurs pieds dans le courant. En milieu de matinée, les nuages s’abaissèrent et une pluie forte se mit à tomber. Tirant les couvertures de peau sur leurs barques afin d’éviter qu’elles soient inondées, ils se laissèrent glisser sur l’eau ; ils ne voyaient pas grand-chose, devant eux ou alentour, à travers les rideaux de pluie grise.
Toutefois, l’averse ne dura pas. Peu à peu, le ciel s’éclaircit, puis les nuages se rompirent soudain et traînèrent leurs franges souillées vers le nord, remontant le Fleuve. Brumes et brouillards avaient disparu. Les voyageurs se trouvèrent face à un large ravin, bordé de hauts escarpements rocheux auxquels s’accrochaient ici et là, sur des corniches ou dans d’étroites fissures, des arbres tortillards. Le chenal se resserra et le Fleuve se hâta. Ils allaient à présent à vive allure, sans grand espoir de s’arrêter ou de virer, peu importe ce qu’ils trouveraient sur leur passage. Au-dessus d’eux se déroulait un sentier de ciel bleu pâle, tandis qu’autour d’eux s’étendait le Fleuve, ombreux et encaissé, et devant eux, noires, bloquant les rayons du soleil, les collines des Emyn Muil, qui ne laissaient voir aucune brèche.
Frodo, scrutant le lointain, vit s’avancer deux grands rochers, comme de hauts pics ou d’immenses colonnes de pierre. Ils se dressaient, grands et sinistres, de part et d’autre du cours d’eau. Une ouverture étroite apparut entre eux : le Fleuve les emportait vers celle-ci.
« Voyez les Argonath, les Piliers des Rois ! s’écria Aragorn. Nous y serons bientôt. Restez en file, et ne vous suivez pas de trop près ! Tenez le milieu du cours d’eau ! »
Tandis que Frodo était entraîné vers eux, les grands piliers s’élevèrent comme des tours pour l’accueillir. On aurait dit deux géants, vastes formes grises aussi silencieuses que menaçantes. Puis il vit qu’elles étaient en fait ouvrées et façonnées : le savoir-faire et la puissance d’autrefois les avaient taillées à la ressemblance de figures majestueuses, que les soleils et les pluies des années oubliés n’avaient toujours pas effacées. Sur de grands socles fondés dans les eaux profondes se tenaient deux grands rois de pierre ; et toujours les yeux voilés et les sourcils crevassés, ils fixaient le Nord avec sévérité. Chacun levait la main gauche, paume vers l’extérieur, en signe d’avertissement ; dans leur main droite se voyait une hache ; sur leur tête étaient un casque et une couronne effrités. Ils respiraient toujours la puissance et la majesté, gardiens silencieux d’un royaume de longtemps disparu. Frodo, intimidé, fut pris de peur et se recroquevilla au fond de la barque, fermant les yeux et n’osant relever la tête. Même Boromir courba le chef tandis que les bateaux étaient emportés, telles de petites feuilles frêles et fugitives, dans l’ombre pérenne des sentinelles de Númenor. Ainsi, ils passèrent dans la gorge sombre du Portail.
De redoutables à-pics s’élevèrent de chaque côté à des hauteurs indevinables. Le ciel pâle semblait lointain. Les eaux noires grondaient, parcourues d’échos, et un vent hurlait sur les flots. Frodo, ramassé sur ses genoux, entendit Sam à l’avant marmonner et grogner : « Quel endroit ! Quel horrible endroit ! Attendez que je sorte de ce bateau, et vous me reverrez plus jamais patauger dans les flaques, encore moins dans une rivière ! »
« N’ayez crainte ! » dit une voix étrange derrière lui. Frodo se retourna et vit l’Arpenteur – mais ce n’était pas l’Arpenteur, car le Coureur buriné par les intempéries avait disparu. À la poupe était assis Aragorn fils d’Arathorn, fier et droit, donnant d’habiles coups de rame pour diriger l’esquif ; son capuchon était rejeté en arrière et ses cheveux sombres flottaient au vent ; une lueur était dans ses yeux : un roi rentrant d’exil dans son pays.
« N’ayez crainte ! dit-il. J’ai longtemps souhaité contempler les images de mes ancêtres d’autrefois, Isildur et Anárion. Sous leur ombre, Elessar, la Pierre-elfe, fils d’Arathorn de la Maison de Valandil fils d’Isildur, héritier d’Elendil, n’a rien à redouter ! »
Puis la lueur dans ses yeux passa, et il parla pour lui-même : « Si seulement Gandalf était ici ! Comme mon cœur languit de retrouver Minas Anor et les murs de ma propre cité ! Mais par où irai-je désormais ? »
La gorge était longue et sombre ; l’écho de la pierre l’emplissait tout entière, et le bruit du vent et de l’eau vive. Elle déviait quelque peu vers l’ouest, de sorte qu’au début, tout était sombre devant eux ; mais Frodo vit bientôt apparaître une haute brèche de lumière, laquelle allait toujours en s’élargissant. Elle venait à vive allure, et soudain les bateaux la passèrent, débouchant dans une vaste clarté.
Le soleil, depuis longtemps sur son déclin, brillait dans un ciel venteux. Les eaux emprisonnées s’épanchaient dans un long lac ovale, le pâle Nen Hithoel, entouré de collines grises et escarpées, aux flancs recouverts d’arbres, mais dont les têtes dénudées luisaient froidement au soleil. À l’extrémité sud du plan d’eau, s’élevaient trois cimes. Celle du milieu se tenait un peu devant les autres et à l’écart, formant une île autour de laquelle le long Fleuve jetait de pâles bras miroitants. Le vent portait un grondement, distant mais profond, comme un roulement de tonnerre entendu au loin.