Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Le Retour du Général - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Le Retour du Général

Электронная книга - «Le Retour du Général». Краткое содержание книги:

Le général de Gaulle est de retour. Après un appel à la résistance, prononcé lors d’un piratage télévisuel, il se lance dans une ultime bataille pour la « grandeur de la France ». Toujours vaillant sous son képi à deux étoiles, ce revenant passionne l’opinion publique. A-t-il vécu jusqu’à cent vingt ans ? S’est-il fait hiberner comme le héros de Louis de Funès ? S’agit-il d’un imposteur ?
Dans cette fantaisie romanesque, Benoît Duteurtre revisite la mythologie française et sa dernière figure légendaire — confrontés aux urgences de la mondialisation. Réflexions et observations sur l’époque alternent avec le portrait de ce Général un peu foutraque qui reprend le pouvoir, parle comme un révolutionnaire et ranime jusqu’à l’absurde les idéaux de la vieille Europe.
Biographie de l'auteur
Après Le Voyage en France (prix Médicis 2001), Service clientèle (2003) ou La petite fille et la cigarette (2004), traduits dans plus de vingt langues, Benoît Duteurtre a publié récemment Les Pieds dans l’eau (2008) et Ballets roses (2009).
1 ... 10 11 12 13 14 15 16 17 18 ... 36
Перейти на страницу:

Toute la journée, la rumeur avait circulé sur le réseau. À vingt heures précises, le présentateur habituel prononça ces mots devant les téléspectateurs ébahis :

« L’agitation qui a gagné notre pays ces dernières semaines, conduisant à la dissolution du Parlement, tourne — chacun le sait — autour d’un mystérieux personnage qui se présente comme le général de Gaulle. Nous aurions pu éluder la question, comme cela nous a été demandé en haut lieu. Nous avons préféré accomplir notre mission de journalistes… »

Fallait-il comprendre que le pouvoir tentait de verouiller la télévision ? Fallait-il supposer que, devant la gravité des événements, les responsables de la rédaction avaient décidé de ne pas obtempérer ? Le journaliste en vint aux faits :

« Après un premier contact avec son équipe, nous avons enfin rencontré ce personnage illustre… si du moins c’est bien lui ! Il m’a reçu cet après-midi, en région parisienne, dans un lieu tenu secret ; mais je puis vous assurer que l’homme qui m’a parlé tout à l’heure est le même que vous allez découvrir dans cet entretien exclusif. »

On vit alors apparaître — pour la première fois en image couleurs — le chef de la Résistance assis devant un bureau Empire, sous les rayonnages d’une bibliothèque. Changement de taille : il ne portait plus l’uniforme militaire, mais un ample costume civil gris croisé. Pour cet entretien plus détendu, une paire de lunettes à verres épais donnait l’image d’un homme au travail ; et l’effet magique se produisit. Derrière ce très vieux visage aux joues tombantes, chacun eut le sentiment de le reconnaître dès qu’il répondit à la première question :

« Mon général — si du moins je dois vous appeler ainsi —, pouvez-vous nous éclairer sur votre présence parmi nous, cinquante ans après l’enterrement de Charles de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises… ? »

Le vieillard esquissa un sourire :

« Mettons qu’en ce temps-là j’ai préféré disparaître, persuadé que la France se trouvait sur de bons rails. Mais, voyez-vous, les hommes vivent de plus en plus vieux ; et le spectacle auquel j’ai assisté, gouvernement après gouvernement, crise après crise, m’a persuadé que je m’en étais allé trop tôt, bien trop tôt.

— Est-ce à dire que vous étiez toujours… vivant ?

— N’épiloguons pas. L’important, c’est que je sois là ; et qu’un formidable élan se soit levé dans le pays pour en finir avec la politique d’abandon, pour réveiller nos villes et nos campagnes, pour défendre notre industrie et notre culture ; pour que chaque coin de France possède sa ferme, son usine, ses artisans, ses commerces, comme chaque pays du monde devrait en posséder…

— Mais l’Europe, mon général, n’est-ce pas un grand projet auquel vous-même avez contribué en 1963, avec le chancelier allemand Adenauer ?

— L’Europe ? Quelle Europe ? Vous m’amusez, vous, les journalistes, quand je vous entends décider qu’untel est “pour” l’Europe, et tel autre “contre” ! Personne ne peut être contre l’Europe, puisqu’elle existe. Encore faut-il savoir ce qu’on veut en faire. Un supermarché sous protection américaine ? S’étendant éventuellement jusqu’en Chine ? Ou une Europe audacieuse, mettant en œuvre la diversité qui est dans sa nature, l’indépendance d’esprit face aux grandes puissances, la singularité plutôt que l’imitation ? »

La question s’était achevée dans des profondeurs gutturales ; puis de Gaulle saisit ses lunettes pour reprendre avec détermination :

« Vous êtes pour l’élargissement de l’Europe ? Eh bien moi, je suis pour son rétrécissement ! C’est pourquoi j’appelle nos amis allemands, hollandais, italiens à tout reprendre de zéro, mus par une volonté commune. Et j’appelle ces pays à s’exprimer entre eux dans leur propre langue au lieu d’utiliser des rudiments d’anglais, quand l’Angleterre n’a jamais eu que faire de l’Europe, de sa diplomatie, encore moins de sa monnaie. Soyons européens, mais soyons-le vraiment ! »

Pendant la campagne électorale, le Général resta en retrait. Il fit une seule apparition publique, sans annonce préalable, dans une cité de Seine-Saint-Denis. À l’approche du scrutin, des conflits de plus en plus violents enflammaient les banlieues. Tandis qu’une partie de la jeunesse voyait le Général comme un nouveau prophète, des bandes armées brandissaient le drapeau américain. Quelques rappeurs survoltés dénonçaient ce général qui ferait bientôt la guerre aux Français de couleur. Ils honnissaient cette vieille nation dont il fallait définitivement se débarrasser :

« Je ne veux plus en entendre parler, Je veux voir ce pays crever… »

Leur rage les opposait aux groupes de hip-hop, non moins nombreux, qui suivaient les événements avec enthousiasme :

« Nous avons confiance dans cet homme-là Nous savons qu’il va nous sortir du mauvais pas… »

Dans ce climat de guerre civile, la police n’osait se mêler aux affrontements qui avaient déjà fait deux morts. En signe de protestation, les habitants de plusieurs quartiers défilèrent pour réclamer l’apaisement. À l’issue de la manifestation, un rassemblement fut organisé au parc de La Courneuve par un groupe de travailleurs sociaux. C’est alors, contre toute attente, que l’orateur annonça une surprise et que la foule vit paraître à la tribune le vieux général qui leva les bras et lança, comme en mai 1958, un retentissant « Je vous ai compris ! ». Son message imprécis mais chaleureux, et le courage de cet homme venu rencontrer les habitants du « 93 » provoquèrent l’enthousiasme et ramenèrent le calme dans les quartiers.

Un mois plus tard, déjouant tous les pronostics, les candidats vraiment gaullistes remportaient les élections avec cinquante-cinq pour cent des suffrages. D’un bout à l’autre de la planète, ce résultat fit l’effet d’une bombe, et même d’une nouvelle Révolution française. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, un grand pays démocratique choisissait une voie contraire à celle de la globalisation économique et culturelle en cours. L’idée de nation allait-elle renaître ? La France allait-elle se refermer sur elle-même et connaître une seconde Terreur ? L’équilibre européen était-il menacé ?

Plusieurs spécialistes militaires évoquèrent l’hypothèse d’une intervention militaire de l’Union pour balayer cette sécession qui venait de provoquer, en quelques heures, l’effondrement du cours de la monnaie unique. Mais les pays membres se montraient plus divisés que jamais. Une semaine après les élections, un comité de parlementaires wallons exprima le désir de quitter le giron de la Belgique pour se rattacher à la République française. À Berlin, des manifestants réclamèrent la suppression de l’anglais comme langue de l’Union européenne et l’apprentissage renforcé du français et de l’italien. À Paris, l’enthousiasme culmina lors d’un rassemblement aux Champs-Élysées — dont une partie déborda vers le palais présidentiel où les plus véhéments réclamaient le retour du Général. Quelques heures plus tard, on apprenait que le chef de l’État et ses ministres avaient gagné Bruxelles où ils devaient décider de l’attitude à adopter. Le calme de l’armée semblait indiquer que ses chefs avaient basculé du côté vraiment gaulliste.

1 ... 10 11 12 13 14 15 16 17 18 ... 36
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)