Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
En outre, les léviathans à fanons dont il vient d’être question possèdent des forteresses imprenables qui, à vues humaines, le resteront à jamais. De même que, lors de l’invasion de leurs vallées, les Suisses givrés se réfugièrent dans leurs montagnes, les baleines chassées des savanes et des clairières des mers centrales recourent à leurs citadelles polaires et, sondant sous les barrières et banquises ultimes, remontent parmi les champs et les îles de glace flottante et défient toute poursuite de l’homme dans le cercle enchanté d’un éternel décembre.
Mais comme l’on harponne un seul cachalot pour cinquante de ces baleines à fanons, quelques philosophes de gaillard d’avant en ont déduit que cette hécatombe avait déjà sérieusement décimé leurs bataillons. Bien que, depuis quelque temps, 13 000 baleines au moins aient été tuées annuellement sur la côte nord-ouest par les seuls Américains, ces considérations ne constituent pas une preuve.
Il est naturel de se montrer sceptique quant au foisonnement des plus immenses créatures qui soient, mais que répondrons-nous alors à Harto, l’historien de Goa, lorsqu’il nous raconte que le roi du Siam tua 4 000 éléphants au cours d’une même chasse? sinon que les éléphants sont aussi nombreux en ces régions que les troupeaux domestiques dans les pays tempérés. Si ces éléphants ont été chassés pendant des milliers d’années par Sémiramis, Porus, Hannibal et tous les souverains d’Orient qui vinrent après lui, et qu’ils restent fort nombreux, il n’y a pas de raison de douter que la grande baleine survivra à toute chasse étant donné qu’elle a un pâturage très exactement deux fois aussi vaste que toute l’Asie, les deux Amériques, l’Europe et l’Afrique, la Nouvelle-Hollande et toutes les îles de la terre.
En outre, si nous songeons à la longévité présumée des baleines, qui atteindraient l’âge d’un siècle ou davantage, il s’en trouverait alors, n’importe quand, plusieurs générations adultes, distinctes et contemporaines. Nous acquerrons une idée de leur nombre en imaginant tous les cimetières, toutes les nécropoles, tous les caveaux de famille de la création rendant à la vie les corps de tous les hommes, femmes et enfants qui vivaient il y a soixante-quinze ans et en ajoutant cette foule sans nombre à la population actuelle du monde.
Toutes ces raisons font que nous tenons la baleine pour immortelle en tant qu’espèce, bien que périssable en tant qu’individu. Elle hantait les mers avant l’apparition des continents, elle nagea au-dessus de l’emplacement où se trouvent maintenant les Tuileries, le château de Windsor et le Kremlin. Lors du déluge de Noé, elle méprisa son arche et le monde viendrait-il à être à nouveau submergé, comme les Pays-Bas ont été inondés pour exterminer leurs rats, que l’immortelle baleine survivrait, dressée sur la suprême arête du flot équatorial défiant le ciel de son souffle écumeux.
CHAPITRE CVI La jambe d’Achab
La précipitation avec laquelle le capitaine Achab avait quitté le Samuel Enderby de Londres n’avait pas été sans porter atteinte à sa personne. Il avait atterri avec une telle énergie sur un banc de sa pirogue que sa jambe d’ivoire s’était à demi fendue. Et lorsqu’il s’était retrouvé sur le pont de son navire, il s’était tourné avec tant de véhémence dans son trou de tarière afin de donner un ordre urgent au timonier (toujours pour sa distraction), que cet ivoire déjà fêlé fut tordu, sans se briser toutefois, et en conservant l’apparence de la solidité. Mais Achab ne s’y fia plus tout à fait.
Il n’y a pas lieu de s’étonner qu’Achab, malgré sa folle témérité, accordât parfois une attention jalouse à cet os mort qui le portait à demi. Peu de temps avant que le Péquod ne quittât Nantucket, on l’avait trouvé une nuit, gisant sans connaissance; à la suite de quelque accident ignoré, inconcevable et inexplicable selon toute apparence, sa jambe d’ivoire violemment rompue lui avait transpercé l’aine comme un épieu et l’atroce blessure ne guérit qu’à grand-peine.
Il ne manqua pas sur le moment, dans sa démence, de considérer l’angoisse douloureuse du présent comme l’enchaînement d’un malheur plus ancien, et il comprit trop clairement que, semblables au plus venimeux serpent des marais perpétuant aussi irrévocablement sa race que le plus doux chanteur des bocages, la joie et le malheur engendrent leurs pareils. Oui, et non point à parts égales, pensa Achab, car l’ascendance et la descendance de la Douleur sont plus nombreuses que celles de la Joie. Cela sans parler d’un certain enseignement sacré voulant que les plaisirs naturels n’enfantent pas pour l’autre monde mais qu’ils soient suivis au contraire par la morne stérilité du désespoir de l’enfer, tandis que de coupables souffrances perpétuent pour l’éternité une race douloureuse par-delà la tombe, ce qui ne semble pas équitable si l’on creuse le problème En effet, pensait Achab, cependant que les plus grands bonheurs humains sont toujours empreints d’une secrète mesquinerie, les grandes douleurs ont un sens mystique qui donne parfois à l’homme la grandeur de l’archange. C’est une conclusion que ne saurait démentir aucune piste suivie. Refaire le chemin jusqu’à l’origine de toutes les misères humaines nous conduit pour finir aux dieux, ancêtres non engendrés et force nous est faite de comprendre alors, à la face des gais soleils de la fenaison et des douces cymbales des lunes rondes de la moisson que les dieux eux-mêmes ne sont pas heureux à jamais. Le sceau indélébile qui, dès sa naissance, marque de tristesse le front de l’homme n’est que la griffe de la douleur des signataires.
Un secret vient d’être involontairement dévoilé qui aurait peut-être dû être révélé plus tôt mais, parmi tant d’autres traits concernant Achab, le fait qu’avant même le départ du Péquod et un certain temps après encore, il se soit caché avec autant d’intransigeance qu’un grand lama, cherchant un temporaire refuge dans le silence et le monde marmoréen des morts, resta pour certains un mystère. Le capitaine Peleg en donna une raison pour le moins insuffisante quoique en vérité toute expression des profondeurs d’Achab participât davantage d’une obscurité incompréhensible que d’une claire explication. Pourtant tout vint enfin au jour, du moins en ce qui concerne cet épisode; ce malheureux accident était la cause de sa claustration. Aux yeux du cercle toujours plus étroit, toujours plus fermé de ceux qui, à terre, avaient le privilège de pouvoir l’approcher quelque peu, aux yeux de ce cercle timoré, cet accident – sur lequel Achab garda sombrement le secret – revêtit un caractère de terreur surnaturelle. De sorte que tous, dans la ferveur qu’ils lui portaient, s’accordèrent, dans la mesure du possible, à taire ce qu’ils en savaient. C’est pourquoi il se passa longtemps avant qu’il s’en répandît quelque chose à bord du Péquod.