Les Pardaillan - Livre III - La Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:
– Mais pourquoi ce mariage? gronda le duc. Pourquoi Maurevert est-il devenu l’époux de Violetta? Ce qui est vrai pour moi ne l’est donc pas pour lui? Si mon amour pour la bohémienne me souille d’hérésie, Maurevert n’est-il pas souillé?… Ah! qu’il prenne garde!…
– Laissez votre poignard tranquille, dit Fausta. Il doit vous servir pour frapper les ennemis et non pas pour meurtrir le meilleur, le plus dévoué de vos serviteurs… Maurevert se dévoue! Maurevert a consenti à ce simulacre pour pouvoir éloigner de vous la bohémienne hérétique… Mais Maurevert ne sera pas l’époux de Violetta…
– Que sera-t-il donc pour elle?
– Il sera son geôlier!… Henri de Lorraine, vous aimez la petite-fille de l’homme que vous avez fait aveugler! Ne voyez-vous pas cette pensée impure qui vous paralyse, qui vous arrête au pied du trône, qui fait de vous l’homme le plus faible de toute notre Ligue?
Guise songeait. De tout ce que Fausta venait de lui dire, il ne retenait qu’un fait… mais ce fait le bouleversait et lui inspirait une sorte d’horreur.
Oui, c’était vrai! C’est lui qui avait fait subir à Montaigues l’effroyable supplice de l’aveuglement. Et c’était la descendante de cet homme qu’il aimait!… Aveuglement pour aveuglement!… Lui, Guise, avait crevé les yeux du corps. Et elle, Violetta, aveuglait son esprit pour l’empêcher de marcher à la conquête du trône…
Remords? Superstition? Ambition plus forte que l’amour? Sans doute, il y avait de tout cela dans l’esprit du Balafré. Fausta l’avait acculé au dilemme: Renoncer à Violetta ou renoncer à la couronne! Et Guise ne voulait renoncer ni à l’une ni à l’autre. Il fallait gagner du temps. Il fallait convaincre Fausta et garder son aide jusqu’au jour où…
Il serra convulsivement les poings, tandis que Fausta le couvait de son œil noir.
– Vous m’avez rappelé mes serments, dit-il enfin, je vais vous en demander un autre. Je suis prêt à tenir les miens. Je tiens la bohémienne pour hérétique. Je suis prêt à me soumettre à l’exorcisme. Je crois, j’espère, par votre toute-puissante intercession, me guérir de cet amour… de cette pensée impure!… Mais à votre tour, jurez-moi que Maurevert ne sera pas l’époux de cette fille!
S’il y eut une hésitation dans l’esprit de Fausta, Guise ne s’en aperçut pas, car elle répondit aussitôt:
– Je vous le jure, duc. Violetta ne sera l’épousée ni de Maurevert, ni d’aucun autre, jusqu’au moment où vous-même, enfin guéri, donnerez l’ordre de la supplicier…
– Ce n’est pas tout. Puisque la bohémienne va être prisonnière, je veux savoir en quel lieu elle sera retenue.
– À l’abbaye des bénédictines de Montmartre, répondit Fausta sans hésiter.
– Vous me jurez, madame, qu’elle y restera jusqu’au jour que vous venez de dire, c’est-à-dire jusqu’à ce que, guéri de mon amour, je donne moi-même l’ordre de la supplicier?
– Je vous le jure! dit Fausta.
Quelques minutes de silence s’écoulèrent. Guise songeait à cet ascendant que la mystérieuse Fausta avait pris sur lui. Il mettait en balance son amour et son ambition. Et il ne voulait renoncer ni à l’un ni à l’autre. Et voici comme il arrangeait les choses: Violetta prisonnière, il la retrouverait quand bon lui semblerait. Prisonnière dans l’abbaye de Montmartre, sous la garde de Maurevert, elle ne pouvait lui échapper. Donc, il se servait d’abord de Fausta pour conquérir la couronne. Une fois roi… il verrait à mettre Fausta elle-même à la raison.
– Adieu donc, madame et souveraine, dit-il en s’inclinant. Je compte sur votre parole sacrée: à savoir que la bohémienne ne sera à personne! Et qu’elle sera gardée en l’abbaye.
– Il est impossible au mensonge de passer par mes lèvres, répondit gravement Fausta. Mais vous qui n’êtes qu’un homme, vous qui portez en vous toutes les faiblesses de l’humanité, je n’ai pas besoin de vous dire que je compte sur votre parole: je saurai vous forcer à la tenir. Adieu, duc!
– Je vous escorte jusqu’à votre logis, dit le Balafré d’une voix altérée.
– Mon logis est partout. Partout je suis en sûreté. Et dussiez-vous un jour me faire jeter dans la Bastille, lorsque je vous aurai jeté, moi, sur le trône de France, sachez-le, les murs de votre Bastille tomberont à mon premier geste…
Elle s’éloigna, laissant Guise frappé de stupeur et aussi de terreur, de voir sa pensée confuse si nettement exprimée par Fausta. Elle s’éloigna de ce pas majestueux, avec cette dignité incomparable qui faisait d’elle plus qu’une reine: une déesse.
– Est-ce que vraiment c’est l’esprit de Dieu qui l’anime! murmura Guise.
Il la chercha des yeux et ne la vit plus. Alors, cette horreur sacrée dont parlent les poètes s’empara de lui. Guise qui n’avait jamais tremblé sur un champ de bataille trembla de se voir seul au fond des ténèbres de cette église où il venait de parler à l’envoyée de Dieu! Et avec un frémissement de tout son être, les cheveux hérissés, les yeux hagards, il s’enfuit…
XLVI LA REVANCHE DE BUSSI-LECLERC
Maurevert, comme il l’avait dit, était attendu dans la rue par Bussi-Leclerc. En sortant de Saint-Paul, il le rejoignit sous un auvent de la rue Saint-Antoine où il lui avait donné rendez-vous. Aussitôt ils se mirent en route vers la Bastille.
– Tout s’est bien passé? demanda Bussi-Leclerc qui songeait en souriant à la présence du duc de Guise.
– Sans doute! fit Maurevert étonné. Pourquoi?…
– Pour rien! Marchons…
– Oui, marchons. J’ai hâte de voir l’homme. Est-il enchaîné?
– Bien et dûment. Ne crains rien…
Bussi-Leclerc se mit à siffler une fanfare de chasse et Maurevert, livide, tête basse, hâta le pas. Quelques minutes plus tard, ils franchissaient le pont-levis et entraient dans la Bastille!
– Voilà mes domaines! fit en riant Bussi-Leclerc. Ce n’est pas gai. Drôle d’idée qu’a eue notre duc de me faire gouverneur de la Bastille!
– Non, ce n’est pas gai! C’est même terrible, dit Maurevert avec une sombre joie. Où est-il?… Allons!…
– Patience, que diable! Holà! quatre gardes et un falot!…
Quatre soldats armés d’arquebuses et un geôlier porteur d’une lanterne s’élancèrent à l’ordre.
– Les clefs du numéro dix-sept! ajouta Bussi-Leclerc.
Le geôlier se précipita et revint quelques instants après avec un trousseau de clefs.
– Le numéro dix-sept? dit-il, à tour du Nord. Deuxième sous-sol. Voilà, monsieur le gouverneur!
– Marche devant, dit Bussi-Leclerc. Et vous, suivez-nous, ajouta-t-il en se tournant vers les quatre arquebusiers.
On traversa des cours enfermées entre des murailles hautes et noires; on passa sous des voûtes aux pierres rongées par le temps; Bussi-Leclerc sifflait entre ses dents; Maurevert frissonnait. Et pourtant, une joie sauvage faisait battre son cœur à grands coups. Pour parler, pour échapper à l’impression d’horreur que dégageait la formidable prison d’État, il dit: