Les Pardaillan - Livre III - La Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:
La poitrine de Pardaillan se gonfla. Maurevert crut que c’était un soupir… un simple soupir… et cela lui parut bien peu pour sa soif de haine.
– Donc, reprit Maurevert, la jolie bohémienne porte mon nom et, tout à l’heure, je l’emmène: c’est mon bien, c’est ma chose. Et d’une! Le petit Valois est là-haut, dans un cachot pareil au vôtre, vous pouvez l’entendre hurler: ce sera toujours une distraction, en attendant la question que viendra vous faire appliquer M. de Guise escorté par votre humble serviteur. Et de deux!… Qu’en dites-vous?… Rien? Passons…
Maurevert souffla fortement. Il alla décrocher le falot et, à pas lents, fit le tour du cachot. Il avait l’air d’examiner curieusement ces pierres noires rongées, moisies, sur la face ravagée desquelles coulaient des pleurs. En réalité, il surveillait Pardaillan du coin de l’œil et s’enivrait d’une jouissance prodigieuse. Il respirait avec délices cet air de tombe, et son cœur se dilatait dans ces ténèbres.
– Tiens, fit-il en appliquant le jet de lumière sur une inscription… Un mot écrit là… Écrit? Non pas, par la mort-diable! Gravé, incrusté, un mot qui fait corps avec cette jolie habitation… l’enseigne de cette auberge!
Et il épela les lettres aux jambages tordus, fiévreux, désespérés… et il lut:
– DOULEUR…
– Oui, continua-t-il en hochant la tête, douleur! C’est ici le royaume de la douleur… Et dire que moi, moi Maurevert, MOI! comprends-tu, Pardaillan? moi que tu poursuis depuis seize ans… depuis le coup de poignard qui piqua le sein de ta chère Loïse… À propos! sais-tu qui m’avait donné ce poignard, sachant à quoi il était destiné?… Une de tes vieilles amies! cette excellente Catherine de Médicis que tu fis enrager un peu, jadis!… Donc, moi, moi qui tremble depuis seize ans, moi qui fuis depuis seize ans… Oh! que tu m’as fait peur, Pardaillan!… Comprends-moi bien. J’ai mené une existence atroce, j’ai erré de maison en maison, de ville en ville, j’ai fui par monts et par plaines! Pendant seize ans, j’ai tremblé, Pardaillan!… Non, tu ne sauras jamais quelle affreuse chose c’était que d’avoir peur de ton ombre, le jour, la nuit, dans la forêt, au fond du Louvre, toujours, partout!… Eh bien, moi, moi Maurevert, dis-je! moi que tu hais, moi que tu as cherché seize ans, moi dont tu aurais mangé le cœur si ta griffe s’était appesantie sur moi… ah! moi, je vais sortir d’ici, libre, heureux, respirant à pleins poumons, riche, sûr de vivre en paix, honneur et prospérité pendant de longues années, heureux comme tu ne fus jamais! Et à chaque heure de ma vie, je me dirai: L’infernal Pardaillan est mort. Je l’ai vu mourir sous les tenailles du bourreau. J’ai jeté la dernière pelletée sur son cadavre de bête fauve! Et j’ai tué son ami, le petit Valois. Et ce soir, son amie, la petite Violetta, me versera du vin et de l’amour! Ah! qu’en dis-tu, Pardaillan?
Pardaillan souriait. Mais Maurevert ne remarqua pas qu’il s’était appuyé du dos au mur pour ne pas tomber.
Pardaillan souriait. Maurevert, dans l’obscurité, ne remarqua pas que les veines de son front se gonflaient, comme si l’afflux de sang allait faire éclater le crâne du prisonnier…
Pardaillan souriait… Il continuait à regarder la chauve-souris qui voletait de-ci de-là dans le cachot.
– La voilà partie! dit-il tout à coup d’une voix si paisible que Maurevert, écumant, grinçant, se laboura le visage à coups d’ongles.
– Oh! démon!… Je t’arracherai bien une plainte! Une seule! Pour que je puisse me repaître du souvenir de cette plainte jusqu’à la fin de ma vie!…
La chauve-souris était sortie du cachot. Pardaillan murmura:
– C’est curieux comme j’ai sommeil… Dormons donc en ce cas!
Il s’allongea sur le sol, posa sa tête sur son bras replié, et ferma les yeux. Si Maurevert avait pu voir l’effroyable souffrance qui déchirait cet homme, il fût devenu fou de joie. Mais ayant dirigé le jet de lumière sur lui, Maurevert vit qu’il dormait paisiblement, la poitrine soulevée par un souffle rythmique, les lèvres souriantes… Et Maurevert gronda une imprécation furieuse et hurla:
– Ton dernier sommeil! Dors ton dernier sommeil! Moi, je vais voir M. de Guise, et ensemble nous reviendrons, accompagnant le tourmenteur… Dors bien, Pardaillan!… Mais tu n’en entendras pas moins tout ce que je voulais dire!… Violetta, et d’une!… Charles d’Angoulême et de deux!… Bon, mais on m’a assuré que tu avais deux amis encore. Deux amis? Tu vas savoir ce que j’en ai fait: Claude et Farnèse sont aux mains d’une femme que tu connais: la toute-puissante Fausta. Ils sont condamnés à mourir de faim! Comprends-tu?…, Au fond du palais de la Cité, tes deux derniers amis meurent de faim!… Qu’en dis-tu?… Claude, ça fait trois! Farnèse, ça fait quatre!… Tiens, Pardaillan, parmi toute la souffrance que je te verse, je vais te donner une joie; j’ai beau chercher, je ne trouve pas qui peut être encore ton ami pour le tuer!… J’enrage, Pardaillan, de savoir qu’il y a peut-être encore sous le ciel des gens que tu aimes et que je ne connais pas… Mais enfin, quatre désespoirs pour accompagner ton désespoir! je m’en contente!… Violetta, Charles, Claude, Farnèse: cela fait quatre! Quatre qui souffrent et vont mourir d’une façon ou d’une autre, uniquement parce qu’ils étaient tes amis! Au revoir, Pardaillan, à bientôt!
Pardaillan ne bougea pas. Il continuait à dormir…
– Au revoir, te dis-je! À demain, ou peut-être à après-demain, car je te laisserai peut-être un jour ou deux à croupir dans ton désespoir avant de t’achever… Allons, dors bien… moi aussi, je vais me coucher… la blonde Violetta m’attend, la chambre est parfumée… dans le mystère de l’alcôve, la petite bohémienne attend son époux… À bientôt, Pardaillan!…
Il sortit à reculons, les yeux fixés sur le prisonnier, espérant encore surprendre un tressaillement, une plainte, une larme… Paisible et souriant, Pardaillan dormait.
Alors Maurevert mâcha une insulte, tendit le poing et, étant sortit referma la porte lui-même. Lui-même poussa les verrous. Il écouta à la porte, et il n’entendit rien… Alors, il remonta précipitamment l’escalier, suivi par le geôlier et les quatre arquebusiers, grondant de sourdes imprécations, et essuyant la sueur de rage qui inondait son front… Quelques minutes plus tard, il entrait dans l’appartement de Bussi-Leclerc.
– Oh! oh! s’écria le gouverneur, par les cornes de Satan, d’où sors-tu donc pour être ainsi livide comme un mort?…
– De l’enfer! répondit Maurevert en se laissant tomber sur une chaise.
– Je comprends, ricana Bussi-Leclerc, le damné Pardaillan t’a injurié comme il a fait pour moi, hein?… Il a dû t’en raconter… Car il a la langue bien pendue, le sacripant! Que t’a-t-il dit, voyons?
– Rien! dit Maurevert en se versant un verre d’une bouteille que le gouverneur était en train de vider.
– Rien!… Je ne comprends pas! fit Bussi-Leclerc. Enfin, peu importe. Tu as satisfait ton envie, c’est l’essentiel…
– Pour quand le bourreau est-il prévenu? demanda Maurevert en se calmant à cette pensée du bourreau.