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Les Pardaillan - Livre III - La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre III - La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'évêque prince Farnèse, fait arrêter Léonore, sa maîtresse, fille du baron de Montaigues, supplicié pendant la Saint Barthélémy. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graciée par le Prévôt, elle est emmenée sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farnèse torturé par la situation, le voilà père et cependant homme d'église, la petite Violette est emportée par maître Claude, le bourreau…
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– Parle, Marie! dit la mère des Guise.

Et la jolie petite duchesse, la fée aux ciseaux d’or, agitant les boucles blondes de ses cheveux, souriante, d’un air mutin laissa tomber ces mots de ses lèvres roses:

– Tout ce que vient de dire le gros Mayenne est plein de gros bon sens…

Mayenne roula des yeux furibonds, car ce sceptique avait un point vulnérable: il ne voulait pas qu’on se moquât de sa bedaine.

– Oui, mon gros Charlot, vous avez laissé couler toute une barrique d’excellentes raisons. Valois est bien entouré, puisque notre cher et grand Henri lui a laissé le temps de se refaire une armée. Il faut qu’il soit frappé à coup sûr; sans quoi c’est nous qui porterions notre tête à cet échafaud dont vous parliez, ma mère, si bellement que j’en ai encore le frisson. Et enfin, il ne faut pas que ce soit un Guise qui porte le bon coup en question. Tout cela est vrai, juste, légitime, et à tout cela je réponds: je m’en charge!

– Expliquez-vous, ma sœur! dit le cardinal de Guise d’une voix brève.

– C’est bien simple, fit Marie de Montpensier, je connais un homme qui veut tuer Valois: qui veut! c’est-à-dire qu’il y a engagé sa vie spirituelle… Son bras ne se trompera pas. Son cœur ne faiblira pas.

– Il hait donc bien Valois? demanda le Balafré.

– Lui?… Non!… Il aime, voilà tout! Il aime une femme qui hait Valois. C’est pourquoi il réussira là où échouerait un ennemi du roi. Parmi tant de bras que nous pourrions armer, celui-là seul ne faiblira pas à sa tâche. Car cet amour, voyez-vous, le rend capable de regarder Dieu face à face et de le braver! Que dis-je? C’est Dieu lui-même qui a armé ce bras! C’est un ange de Dieu qui a remis à cet homme le poignard qui doit tuer Valois!

Ces étranges paroles frappèrent ces hommes si forts, si terribles à l’occasion, d’une sorte de terreur. La mère des Guise seule demeura calme et dit:

– Continue, ma fille!…

– Cet homme, donc, reprit Marie toujours souriante, cet homme à qui Dieu a remis un poignard, cet homme qui a vu l’ange, cet homme que dévore le feu de la passion, attend et prie au fond d’un monastère. Il attend que l’ange revienne le trouver et lui dise: «Frappe! Le moment est venu! Frappe!»

Marie de Montpensier éclata de rire et ajouta:

– Or, mes frères, j’ai justement l’heur de connaître intimement cet ange. Je puis l’appeler quand je veux. Sur un signe de moi, l’ange ira trouver Jacques Clément, le moine exterminateur, et lui dira: «Frappe!…» Et Jacques Clément frappera.

– Jacques Clément!… Le moine!… murmura sourdement Henri de Guise, Oh! je comprends! C’est cet homme qui, un soir, au fond de la Cité, à l’auberge Pressoir de fer

– Chut, mon frère! dit Marie qui ne se donna pas la peine de rougir au souvenir de la scène d’orgie évoquée par le Balafré, chut! Ne révélons pas les divins mystères!…

– Et vous dites que cet homme est prêt?

– Le poignard sacré que l’ange lui a confié ne quitte plus sa ceinture.

– Et vous dites qu’il ne tremblera pas?

– Pas plus que la foudre!

Le Balafré demeura une minute songeur. Non qu’il eût quelque suprême hésitation. Mais peut-être eût-il préféré frapper lui-même. Peut-être son orgueil se révoltait-il à la pensée d’être aidé par un moine obscur.

– Eh bien? reprit Marie de Montpensier, dois-je faire signe à l’ange?

– Oui, gronda sourdement le duc de Guise. Peu importe après tout le bras qui frappe, pourvu que l’arme soit mortelle!

Et secouant la tête, reprenant ce ton de commandement qui lui était habitueclass="underline"

– Mes frères, c’est décidé! Nous allons nous transporter à Chartres. Que dès demain le bruit soit répandu dans Paris que le roi de France, enfin, cède aux prières… aux ordres de ses sujets: il renvoie d’Épernon, il accepte les nouveaux échevins nommés par la bourgeoisie de Paris, il reconnaît la Sainte-Ligue, il s’engage à faire la guerre aux huguenots, et enfin il promet la réunion des états-généraux. Voilà ce qu’il faut que les Parisiens sachent. Qu’on leur dise aussi qu’Henri de Lorraine est décidé à se rendre à Chartres pour obliger Valois à tenir ses promesses, et qu’il invite les fidèles ligueurs à l’accompagner en une vaste procession qui s’en ira jusqu’à Chartres même pour frapper l’esprit du roi. Vous, cependant, cardinal, et vous, Mayenne, réunissez vos gens d’armes sous Paris; vous, ma sœur, allez trouver… l’ange!… Et vous, ma mère, priez Dieu pour nous!

– Pour Henri de Lorraine, roi de France! dit la mère des Guise en étendant les bras dans un geste de bénédiction.

– Allons dîner, murmura Mayenne, qui jetant un coup d’œil sur l’horloge, constata avec un soupir que l’heure de son repas était sonnée depuis longtemps.

XLV LE TIGRE AMOUREUX

Il était près de onze heures. Tous les bruits s’étaient apaisés dans le vaste hôtel de Guise. Paris dormait. Le Balafré, dans ce cabinet où s’était tenu le conseil de famille, où avaient été décidés l’assassinat d’Henri III et la marche sur Chartres, se promenait de long en large, d’un pas lent et alourdi. Depuis le départ de ses frères, de sa sœur et de sa mère, il rêvait ainsi et toute sa pensée morose pouvait se condenser ainsi:

«Être roi!… Oui, sans doute, ce sera magnifique. Je serai roi. Ma mère l’a dit: je n’ai qu’un pas à faire… Oui! Mais ce pas va me conduire hors de Paris et m’éloigner d’une petite bohémienne sur qui tant de gentilshommes laisseraient à peine tomber un regard de mépris! Et voilà donc pourquoi mon cœur n’éclate pas d’orgueil à la certitude de cette prochaine royauté! Voilà donc pourquoi ce cœur se serre d’angoisse! Ah! c’est que pour me rapprocher du trône, il faut que je m’éloigne de Violetta!…»

Deux hommes demeurés près de Guise à cette heure tardive, debout dans un angle de la pièce, attendaient que le duc leur donnât congé pour se retirer. C’étaient Maineville et Bussi-Leclerc.

«Où est-elle? continuait Henri au fond de sa pensée. Sauvée de cette mort affreuse qui lui était préparée sur la Grève, elle est sans doute perdue pour moi… Pourquoi n’est-elle pas morte?… Je n’y songerais plus! L’effroyable supplice que la jalousie!… Quand je pense à cet homme qui l’a prise dans ses bras et l’a emportée, moi qui vais être roi, je me trouve misérable…»

– Il songe à la couronne, notre roi! murmura Bussi-Leclerc.

– Oui, mais il est onze heures! dit Maineville à voix basse; et il désigna d’un coup d’œil l’horloge, qui en effet se mit à sonner les onze coups.

– Diable!… Et Maurevert qui nous a fait prévenir! Maurevert qui nous attend! Nous ne pouvons pas abandonner ce bon compagnon en cette pénible circonstance!

Bussi-Leclerc ricanait en parlant ainsi. Maineville, résolument, s’avança vers le duc de Guise:

– Monseigneur…

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