L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]
- Автор: Рейнольдс Аластер
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: Presses de la Cit
- ISBN: 2-258-05841-4
- Переводчик: Dominique Haas
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
— Je crois que Sajaki est un homme très dangereux.
— Génial, comme ça, on est deux. Ça ne t’a pas empêché de collaborer avec lui.
— J’étais reconnaissant, au début, admit Calvin. Il m’a sauvé, après tout. Et puis j’ai commencé à me demander de quoi tout ça pouvait bien avoir l’air de son point de vue. Et j’en viens à me demander s’il ne serait pas un tout petit peu dingue. Pour moi, il y a des années que n’importe quel individu sensé considérerait le capitaine comme mort. Le Sajaki que j’ai rencontré la dernière fois était d’une loyauté farouche, mais à l’époque, au moins, sa croisade avait un sens. Nous avions encore un espoir de sauver le capitaine.
— Et maintenant, il n’y en a plus ?
— Il a été contaminé par un virus contre lequel toutes les ressources du système de Yellowstone sont restées impuissantes. Le système entier avait été attaqué par le même virus, mais certaines enclaves isolées ont résisté pendant des mois. Des gens dotés de techniques aussi sophistiquées que les nôtres se sont démenés, dans ces enclaves, pour trouver un remède, et ils n’ont jamais réussi. Nous ne savons même pas quelles voies ils ont explorées, ni quelles approches auraient peut-être marché s’ils avaient disposé de plus de temps.
— J’ai dit à Sajaki que ce qu’il lui fallait, c’était un magicien, un faiseur de miracles. S’il ne m’a pas cru, c’est son problème.
— Le problème, c’est que je crois qu’il t’a cru. Seulement, je te l’ai dit, je pense qu’on ne compte pas sur nous pour réussir.
Il se trouva que Sylveste regardait le capitaine, Calvin lui ayant judicieusement arrangé la vue. Et en voyant la chose qui se trouvait sous ses yeux, il eut une révélation aussi brève que fulgurante. Il venait de comprendre que Calvin avait absolument raison. Oh, ils effectueraient bien les gestes préliminaires au traitement du capitaine – les examens rituels destinés à établir le degré de contamination de sa chair –, mais ça n’irait pas plus loin. Quoi qu’ils tentent, si brillamment conçu que ça puisse être, ça ne marcherait pas. Ça ne pouvait pas. Ou, plus précisément, on ferait en sorte que ça ne marche pas. C’était cette dernière prise de conscience qui était la plus dérangeante, parce qu’elle venait de Calvin, et non de Sylveste. Il avait vu quelque chose qui était encore opaque pour lui, mais ça paraissait évident, à présent ; évident et fracassant.
— Tu crois qu’il nous en empêchera ?
— Je crois que c’est déjà fait. Nous avons tous les deux constaté que le taux de croissance du capitaine s’était accéléré depuis notre arrivée à bord, mais nous avons écarté cette information en l’attribuant à une coïncidence, ou à notre imagination. Or je ne crois pas que ce soit ça. Je pense que Sajaki l’a laissé se réchauffer.
— Oui… J’étais arrivé à cette conclusion moi-même. Il y a autre chose, hein ?
— Les biopsies ; les échantillons de tissus que j’ai demandés.
Sylveste savait où il voulait en venir. Le drone qu’ils avaient envoyé prélever les échantillons de cellules était maintenant à moitié digéré par la peste.
— Tu ne crois pas à une panne normale, hein ? Tu penses que c’est Sajaki qui l’a provoquée.
— Sajaki ou l’un des autres membres de l’équipage.
— Elle ?
Sylveste sentit qu’il jetait un coup d’œil en direction de Volyova.
— Non, répondit Calvin dans un murmure rigoureusement superflu. Pas elle. Ça ne veut pas dire que je lui fais confiance, mais je ne pense pas qu’elle soit à la botte de Sajaki.
— De quoi parlez-vous ? demanda Volyova en s’approchant d’eux.
— Ne vous approchez pas trop, l’avertit Calvin par la bouche de Sylveste, qui, pour le moment, était incapable de formuler le moindre son, même en sous-vocalisant. Nos investigations pourraient libérer des spores de la peste, et nous ne tenons pas à ce que vous les inhaliez.
— Ça ne me ferait rien, répondit Volyova. Je suis brezgatnik. Il n’y a rien en moi qui puisse être atteint par la peste.
— Alors pourquoi avez-vous l’air tellement sur la réserve ?
— Parce qu’il fait froid, svinoï. Attendez un peu… Auquel de vous deux suis-je en train de parler en réalité ? C’est Calvin, hein ? Je suppose que je vous dois un peu plus de respect ; ce n’est pas vous qui nous faites chanter, après tout.
— Vous êtes trop bonne, fit Sylveste malgré lui.
— J’imagine que vous êtes arrivé à une stratégie, maintenant ? Le triumvir Sajaki ne sera pas content s’il pense que vous ne respectez pas votre part du marché.
— Le triumvir Sajaki, dit Calvin, pourrait bien être une partie du problème.
Elle se rapprocha et Sylveste vit qu’elle grelottait. Elle n’était pas aussi chaudement vêtue que lui.
— Je ne suis pas sûre de comprendre cette allusion.
— Vous pensez vraiment qu’il veut que nous guérissions le capitaine ?
Ce fut comme s’il lui avait donné une gifle en pleine face.
— Et pourquoi ne le voudrait-il pas ?
— Il a pris goût au commandement. Votre Triumvirat n’est qu’une mascarade. Sajaki est votre capitaine, il ne lui manque que le titre, et vous le savez pertinemment, Hegazi et vous. Il n’y renoncera pas sans combattre.
Elle répondit trop vite pour être parfaitement convaincante :
— À votre place, je ferais ce que j’ai à faire et je ne m’occuperais pas des motivations du triumvir. C’est lui qui vous a fait venir ici, après tout. Il a parcouru des années-lumière pour que vous veniez à l’aide du capitaine. Il n’aurait pas fait ça s’il n’avait pas envie de le voir guérir.
— Il fera en sorte que nous rations notre coup, répondit Calvin. Et malgré notre échec, un nouvel espoir germera. Il vous dira qu’il y a un autre moyen de traiter le capitaine, et il vous lancera à sa poursuite. Et avant que vous ayez compris ce qui vous arrivait, vous serez repartis pour un nouveau siècle d’errance.
— Dans ce cas, dit-elle lentement, comme si elle craignait de se laisser entraîner dans un piège, pourquoi Sajaki n’a-t-il pas encore tué le capitaine ? Sa situation serait assurée.
— Parce que ça l’obligerait à vous trouver une utilité.
— Une utilité ?
— Oui, réfléchissez, fit Calvin. (Il lâcha les instruments chirurgicaux et s’écarta du capitaine comme un acteur s’apprêtant à entrer sous les feux des projecteurs pour dire un monologue.) Cette quête pour guérir le capitaine est le seul dieu que vous êtes capables de servir. Il y a peut-être eu un moment où c’était un moyen au service d’une fin… mais cette fin n’est jamais venue, et avec le temps ça a cessé d’avoir de l’importance. Je suis au courant des armes que vous avez à bord de ce bâtiment, même celles dont vous ne voulez pas parler. Pour le moment, elles vous servent de moyen de pression quand vous avez besoin de quelqu’un dans mon genre : quelqu’un qui peut faire mine de soigner le capitaine, sans aucun résultat réel.
Calvin se tut quelques secondes, et Sylveste s’en réjouit. Il en profita pour reprendre son souffle et avaler sa salive.
— Imaginez maintenant que Sajaki devienne capitaine, que ferait-il ? Que feriez-vous de ces armes, contre qui pourriez-vous les utiliser ? Il faudrait que vous vous inventiez un ennemi de toute pièce. Et que pourrait-il bien avoir d’intéressant pour vous, cet ennemi ? Vous avez ce bâtiment, que pourriez-vous désirer d’autre ? Des ennemis idéologiques… ? Mm, pas facile. S’il y a une chose que je n’ai pas remarquée chez vous, c’est bien un attachement à quelque idée que ce soit, en dehors peut-être de votre survie. Non, je pense que Sajaki sait, au fond de lui-même, ce qui arriverait. Il sait que s’il devenait capitaine, tôt ou tard, vous seriez obligés d’utiliser ces armes pour la seule raison que vous les avez. Et je ne pense pas au genre d’intervention minimaliste dont vous avez fait la démonstration sur Resurgam. Il faudrait que vous alliez jusqu’au bout. Que vous utilisiez chacune de ces horreurs.