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L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]

Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:

Au XXVIe siècle de notre ère… Dan Sylveste est le seul homme qui soit jamais revenu sain et sauf d’un Voile, une enclave de l’espace environnée de forces gravifiques mortelles. Obéissant à une intuition, il lance une mission d’exploration vers un monde mort : Resurgam.
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
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L’angle de prise de vue changea alors que les débris arrachés entraînaient la rotation du Lorean sur son axe longitudinal. Les moteurs Conjoineur fonctionnaient toujours, et ils étaient maintenant sous son contrôle, par l’intermédiaire de son bracelet. Ils n’auraient probablement jamais atteint un niveau de puissance suffisant pour propulser le vaisseau à une vitesse proche de celle de la lumière, mais ce n’était pas l’intention de Volyova. Le voyage qu’il devait faire – le dernier voyage qu’il ferait jamais – serait d’une brièveté presque insultante pour un tel bâtiment. Et maintenant, le vaisseau était à peu près vide, le volume intérieur comprimé dans les parois épaissies de la coque conique. Le cône était ouvert à la base ; le vaisseau ressemblait à un énorme dé à coudre pointu.

— Dan, dit-elle. Mes machines ont retrouvé les corps d’Alicia et de ses compagnons de bord. La plupart des mutins étaient en cryosomnie… mais ils n’ont pas survécu à l’attaque.

— Que dites-vous ?

— Je peux les faire revenir ici, si vous voulez. Mais ça prendrait du temps. Il faudrait que nous envoyions une navette pour les récupérer.

La réponse de Sylveste arriva plus vite qu’elle ne s’y attendait. Elle pensait qu’il voudrait y réfléchir une heure ou deux. Au lieu de quoi il dit :

— Non. Nous ne pouvons plus attendre. Vous avez raison : Cerbère a dû monitorer cette activité.

— Alors, les cadavres ?

Lorsqu’il répondit, ce fut comme s’il n’y avait qu’une seule façon raisonnable d’aborder le problème :

— Il va falloir qu’ils disparaissent.

22

Orbite de Cerbère-Hadès,
héliopause de Delta Pavonis, 2566

Ça commençait.

Sylveste était assis, les doigts en clocher, devant une projection entoptique lumineuse qui occupait une bonne partie du volume de sa cabine. Pascale, à moitié perdue dans l’ombre du lit, était une sculpture abstraite toute en courbes. Il était assis en tailleur sur un tatami et tanguait dans la béatitude induite par quelques millimètres de vodka distillée à bord. Après des années d’abstinence forcée, sa résistance à l’alcool était devenue d’une faiblesse abyssale. Ce qui était un atout, en l’occurrence, dans la mesure où ça accélérait le processus par lequel il abolissait le monde extérieur. Cela dit, la vodka ne faisait pas taire ses voix intérieures et ce retrait en lui-même ne servait qu’à créer une chambre d’écho où elles prenaient une dimension particulièrement insistante. L’une d’elles, en particulier, s’élevait au-dessus de la clameur. C’était la voix qui osait demander ce qu’il espérait trouver au juste sur Cerbère ; ce qui pourrait donner un sens objectif à sa quête. Or il n’en avait pas idée. Et ça lui faisait le même effet que quand on descend un escalier dans le noir et qu’on se trompe en comptant les marches : on croit mettre le pied par terre et on ne trouve qu’un vide vertigineux qui vous fait rater un battement de cœur.

Comme un shaman esquissant des esprits dans le vide avec ses doigts, Sylveste donna vie au planétaire qui était projeté devant lui. L’entoptique était une représentation schématique de la petite poche d’espace qui englobait Hadès, l’orbite de Cerbère et – à la limite – les machines humaines approchantes qui n’étaient plus dissimulées par un astéroïde. Au centre géométrique se trouvait Hadès, brûlant d’un rouge malsain, comme un abcès purulent. La petite étoile neutronique ne faisait que quelques kilomètres de diamètre, et pourtant elle dominait tout ce qui l’entourait ; son champ gravitationnel était un farouche tourbillon.

Les objets qui étaient à deux cent vingt mille kilomètres de l’étoile neutronique effectuaient deux orbites en une heure. Depuis qu’ils avaient analysé le témoignage d’Alicia, ils savaient qu’une autre sonde d’observation avait été détruite près de ce point, dont Sylveste figura l’orbite par une ligne rouge signifiant qu’au-delà c’était la mort. Cerbère l’avait détruite, exactement comme si le petit monde était aussi désireux de protéger les secrets d’Hadès que ses propres merveilles. Autre mystère : quel intérêt cela pouvait-il bien présenter ? Sylveste avait tenté de trouver une réponse, en vain. Mais il en avait déduit que rien, à cet endroit, n’était prévisible, ni même logique. En conservant ces deux vérités à l’esprit, il aurait peut-être une chance de réussir là où les machines aveugles et sa femme avaient échoué.

Cerbère repartait pour une nouvelle orbite de quatre heures six minutes, à neuf cent mille kilomètres d’Hadès. Il l’avait matérialisée en vert émeraude, parce qu’elle paraissait sûre, tant qu’on ne s’aventurait pas trop près de la planète même.

L’arme de Volyova – ce qui avait jadis été le Lorean – s’était à présent positionnée, grâce à son énergie propre, sur une orbite plus basse sans déclencher de réponse de Cerbère. Jusque-là. Parce que Sylveste ne doutait pas que quelque chose, en bas, savait qu’ils étaient là. Cette chose avait le doigt sur le bouton et attendait simplement de voir ce qui allait se passer pour déclencher la riposte.

Il ordonna au planétaire de se contracter jusqu’à ce que le gobe-lumen entre dans le champ. Il était encore à deux millions de kilomètres de l’étoile neutronique ; six secondes-lumière à peine, c’est-à-dire à portée de frappe des armes à rayon, sauf qu’il faudrait qu’elles soient très puissantes pour être mortelles : elles devraient disposer d’un rayon d’action de plusieurs kilomètres de diamètre rien que pour englober le vaisseau. Aucune arme matérielle ne pourrait les atteindre à cette distance. Il aurait fallu une attaque groupée, d’une force brutale, avec des armes relativistes, mais c’était peu vraisemblable, encore une fois. La leçon qu’ils pouvaient tirer du sort qu’avait connu le Lorean était que la planète agissait rapidement et furtivement, en évitant soigneusement l’étalage de puissance de feu qui aurait trahi le camouflage méticuleux de la croûte.

Tout cela était si nettement prévisible, se dit-il. Et c’est là qu’était le piège.

— Dan… fit Pascale en se réveillant. Il est tard. Il faut que tu te reposes. Pense à demain.

— Je parlais tout haut ?

— Comme un vrai fou. (Elle parcourut nerveusement la pièce du regard, remarqua la carte entoptique.) C’est vraiment ce qui va se passer ? Ça paraît tellement irréel…

— Tu parles de ça, ou du capitaine ?

— Des deux, j’imagine. On ne peut plus les dissocier. Ils dépendent l’un de l’autre.

Il s’approcha d’elle et lui caressa le visage, remué par de vieux souvenirs qu’il avait chéris et conservés comme un trésor pendant ses années d’emprisonnement sur Resurgam. Elle lui rendit ses caresses, et presque tout de suite ils firent l’amour, avec la détermination de ceux qui ont conscience d’être à la veille d’un événement historique ; que ce moment ne se représentera peut-être jamais, ce qui en rend chaque seconde d’autant plus précieuse.

— Les Amarantins ont bien attendu jusque-là, dit enfin Pascale. Et ce pauvre homme a tellement besoin d’aide. Ne pouvons-nous leur fiche un peu la paix ?

— Pourquoi ferais-je une chose pareille ?

— Parce que je n’aime pas ce que c’est en train de te faire. Tu ne sens pas que tu as été attiré ici, Dan ? Tu ne sens pas que tu n’es plus maître de ta volonté ?

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