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L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]

Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:

Au XXVIe siècle de notre ère… Dan Sylveste est le seul homme qui soit jamais revenu sain et sauf d’un Voile, une enclave de l’espace environnée de forces gravifiques mortelles. Obéissant à une intuition, il lance une mission d’exploration vers un monde mort : Resurgam.
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
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Elle interrogea l’arme par l’intermédiaire de son bracelet. Ce ne fut pas la plus passionnante des conversations. La persona qui contrôlait le système était rudimentaire ; que pouvait-on attendre d’une entité qui n’avait que quelques jours d’espérance de vie ? Mais, dans une certaine mesure, mieux valait qu’elle ait un pois chiche dans la cervelle ; il n’aurait plus manqué qu’elle se fasse des idées au-dessus de sa condition. Sans compter, se dit-elle, que la tête de pont n’aurait peut-être pas beaucoup de temps devant elle pour jouir de sa propre intelligence.

Les nombres dansant sur la sphère annoncèrent que la tête de pont était fin prête. Elle devait se fier à ce que disaient les affichages récapitulatifs, car l’arme lui était à bien des égards inconnue. Elle en avait esquissé les caractéristiques de base, mais le gros travail avait été effectué par des programmes de conception autonomes, et ils n’avaient daigné l’informer ni des problèmes techniques qu’ils avaient pu rencontrer, ni des solutions qu’ils y avaient apportées. Cela dit, si elle ne savait pas grand-chose de la tête de pont, elle était un peu dans la situation de la mère qui aurait réussi à faire un enfant sans connaître la localisation précise de ses artères, de chacun de ses nerfs… ou même la biochimie précise de son métabolisme. Ce n’en était pas moins sa création, son enfant.

Un enfant qu’elle condamnait à une mort prématurée, ignominieuse. Mais sûrement pas inutile.

Son bracelet émit un pépiement. Elle y jeta un coup d’œil, espérant que c’était une giclée d’infos de la tête de pont ; une brève réactualisation suite à un changement de cap de dernière minute décidé par le système de réplication encore actif.

Ce n’était pas ça du tout.

Ça venait du bâtiment : il avait trouvé une corrélation pour l’esquille. Il avait dû fouiller dans des dossiers techniques vieux de plus de deux siècles, mais il avait fini par dénicher une concordance. Et en dehors des schémas de stress – qui avaient pu être provoqués après la fabrication de l’esquille métallique –, la correspondance était absolue, dans les limites des erreurs de mesure.

Elle était encore seule sur la passerelle.

— Affichage demandé ! ordonna Volyova.

Une image en lumière visible de l’esquille immensément agrandie apparut sur la sphère, bientôt suivie par une série de zooms avant commençant par un cliché pris au microscope électronique, en différents niveaux de gris, qui faisait apparaître la structure cristalline torturée de l’esquille. Le dernier était une image ATM aux couleurs criardes, d’une résolution d’analyse à l’échelle atomique, où les atomes individuels étaient fondus ensemble. Des images obtenues par le spectrographe de masse ou par cristallographie aux rayons X apparurent dans des fenêtres distinctes, accompagnées d’une profusion de données techniques. Volyova ne s’intéressa même pas à ces résultats ; elle les connaissait par cœur, puisque c’était elle qui avait effectué la plupart des mesures.

Elle regarda l’affichage se décaler sur un côté et un ensemble de graphes très semblables apparaître de l’autre côté, autour d’une esquille de matériau d’allure similaire, identique au niveau de la résolution atomique, mais qui ne présentait pas les mêmes schémas de stress. La composition, les ratios isotopiques, les caractéristiques du treillis, tout était identique : beaucoup de fullerènes, organisés en allotropes structurels, composant une matrice d’une complexité stupéfiante, faite d’un sandwich de couches de métal et d’alliages étranges. Des pointes d’yttrium et de scandium, avec tout un magma de traces d’éléments transuraniens qui formaient comme des îlots de stabilité, apportant sans doute une résilience mystérieuse aux propriétés massives de l’esquille. Et pourtant, à la connaissance de Volyova, il y avait des substances plus étranges à bord du vaisseau ; elle en avait elle-même synthétisé quelques-unes. L’esquille était très bizarre, mais elle était manifestement issue d’une technologie humaine – les nanotubes de carbone étaient en fait une signature typiquement demarchiste, et les îlots stables de transuraniens étaient très en vogue aux vingt-quatrième et vingt-cinquième siècles.

L’esquille, en fait, ressemblait beaucoup au matériau dont aurait pu être faite la coque d’un vaisseau spatial de cette époque.

C’était aussi ce que semblait penser le bâtiment. Que faisait Khouri avec ce bout de coque de vaisseau enfoui en elle ? Quel genre de message Manoukhian avait-il voulu lui faire passer ? Maintenant, elle se trompait peut-être, et Manoukhian n’avait rien à voir là-dedans, ce n’était qu’un hasard. Sauf s’il s’agissait d’un vaisseau très particulier…

C’était bien ce qu’il semblait. La technologie était caractéristique de cette époque, mais, en tenant compte de toutes ses spécificités, l’esquille était unique – fabriquée avec des tolérances plus réduites que nécessaire, même pour une application militaire. En réalité, au fur et à mesure que Volyova digérait les résultats, il devint clair que cette esquille ne pouvait venir que d’une sorte de vaisseau : un navire de contact appartenant à la Fondation Sylveste pour les Études Vélaires.

Les détails des ratios isotopiques montraient qu’elle venait d’un vaisseau entre tous : le bâtiment de contact qui avait emmené Sylveste à la limite du Voile de Lascaille. Sur le coup, Volyova se dit que cette découverte lui suffisait. La boucle était bouclée : elle avait la confirmation que la Demoiselle de Khouri avait vraiment un lien avec Sylveste. Mais ça, Khouri le savait déjà… ce qui voulait dire que le message devait avoir une signification plus profonde. Et cette signification, Volyova l’avait déjà entrevue, naturellement. L’espace d’un instant, l’énormité de la chose la fit vaciller. Ça ne pouvait pas être elle, n’est-ce pas ? Il était impossible qu’elle ait survécu à ce qui s’était passé du côté du Voile de Lascaille. Pourtant, Manoukhian avait dit à Khouri qu’il l’avait trouvée dans l’espace. Et il se pouvait très bien qu’elle se fasse passer pour une hermétique afin de dissimuler des blessures plus sauvages que tout ce que la peste aurait pu lui infliger…

— Affichage Karine Lefèvre ! ordonna Volyova, retrouvant le nom de la femme qui aurait dû mourir au contact du Voile.

Son visage apparut au-dessus d’elle, aussi grand que celui d’une déesse. Elle était jeune, et au peu qu’on voyait de ses épaules, on devinait qu’elle était vêtue à la mode de la Belle Époque de Yellowstone, l’âge d’or étincelant qui avait précédé la Pourriture Fondante. Et son visage lui était familier – pas d’une façon bouleversante, personnelle, mais elle le reconnut tout de suite. Elle avait vu cette femme dans une douzaine de documentaires historiques, qui tous affirmaient qu’elle était morte depuis longtemps ; tuée par des forces étranges, qui passaient la compréhension humaine.

Et comment. L’origine de ce schéma de stress était évidente, à présent. Les ondes gravitationnelles qui environnaient le Voile de Lascaille avaient broyé la matière jusqu’à la vider de son sang.

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