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L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]

Электронная книга - «L'espace de la révélation [Revelation Space - fr]». Краткое содержание книги:

Au XXVIe siècle de notre ère… Dan Sylveste est le seul homme qui soit jamais revenu sain et sauf d’un Voile, une enclave de l’espace environnée de forces gravifiques mortelles. Obéissant à une intuition, il lance une mission d’exploration vers un monde mort : Resurgam.
La découverte d’une fabuleuse cité enfouie suscite plus de questions qu’elle n’en résout : Sylveste, qui est archéologue, déchiffre l’histoire des Amarantins, des êtres mi-hommes, mi-oiseaux. Une tribu renégate avait quitté Resurgam pour partir dans les étoiles et, peu après son retour, un mystérieux Evénement avait provoqué l’anéantissement de toute vie à la surface de la planète. Ce cataclysme, les Amarantins l’avaient anticipé… Et s’ils l’avaient eux-mêmes provoqué ?
C’est alors que l’équipage d’un gigantesque vaisseau interstellaire décrépit, le gobe-lumen Spleen de l’Infini, vient chercher Sylveste, dans l’espoir que son père, Calvin, sauvegardé après sa mort sous forme de simulation numérique, pourra « réparer » le capitaine, un « chimérique », ou cyborg, plongé en cryothermie afin de ralentir la Pourriture Fondante qui provoque chez lui des mutations monstrueuses. Mais les membres de l’équipage du Spleen de l’Infini ont chacun des intentions cachées...
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— Si tes yeux sont atteints, même moi je n’aurai plus une chance de mettre mes affaires en ordre.

— Tant que tu mesures le risque…

Les cyborgs se précipitèrent vers l’ange déchu qu’était le capitaine. Moins qu’à une créature qui serait sortie de son caisson avec une lenteur d’ère glaciaire, on aurait plutôt pensé à une explosion d’une férocité volcanique, figée par un éclair stroboscopique. Il irradiait dans toutes les directions, s’étendait loin dans la coursive, sur des dizaines de mètres des deux côtés. Plus près du caisson, la tumescence se composait de cylindres gros comme des troncs d’arbre, couleur de vif-argent, mais leur texture était celle d’une mélasse incrustée de joyaux, animée d’un frémissement constant, scintillant, qui laissait supposer une activité masquée, industrieuse, phénoménale. Plus loin, à la périphérie, les branches se subdivisaient en un réseau arborescent. À la limite, le réseau devenait d’une finesse microscopique et se fondait sans transition visible avec son substrat : la substance même du vaisseau. Et le tout resplendissait, diffractant la lumière comme un film de pétrole sur de l’eau.

Les machines d’argent semblèrent se dissoudre dans la masse argentée du capitaine. Elles se positionnèrent de chaque côté du sarcophage détruit, à un mètre à peine de la carapace violée. Il faisait encore froid, à cet endroit. Si Sylveste avait touché le caisson du capitaine, sa main y serait restée collée et aurait bientôt été incorporée dans la masse chimérique de la peste. Quand l’opération proprement dite commencerait, il faudrait qu’ils le raniment juste assez pour intervenir. Alors, la peste en profiterait pour accroître le rythme de sa transformation, mais il n’y avait pas moyen de faire autrement, parce que, à sa température actuelle, tous les outils, sauf les plus rudimentaires, auraient été incapables d’opérer.

Les machines extradèrent des perches terminées par des capteurs ; des imageurs à résonance magnétique capables de scruter la peste en profondeur, de faire la différence entre les machines, les organes chimériques et les strates organiques qui avaient jadis été un homme. Sylveste ordonna aux drones de transmettre directement à ses optiques les images qu’ils captaient. Elles apparurent sous la forme d’une couche lilas superposée au capitaine. Il devait faire un effort pour distinguer les résidus humains qui étaient devenus cela : une sorte de contour fantomatique sous la peinture d’une toile recyclée. Puis le balayage IRM se poursuivit, et les détails se précisèrent peu à peu, l’anatomie déformée par la peste se fondit et devint nette. À ce moment-là, il n’était plus possible d’ignorer l’horreur. Que Sylveste contemplait, fasciné.

— Par où allons-nous… enfin, par où vas-tu commencer ? demanda-t-il à Calvin. Nous soignons un homme, ou nous stérilisons une machine ?

— Ni l’un ni l’autre, répondit sèchement Calvin. Nous réparons le capitaine, et j’ai peur qu’il n’ait plutôt transcendé ces deux catégories.

— Vous avez très bien compris, répondit Sajaki en reculant pour permettre à Sylveste d’apprécier le tableau glacé. Ce n’est plus un problème de guérison, ni même de réparation. Je préfère penser qu’il s’agit d’une restauration.

— Réchauffez-le, ordonna Calvin.

— Comment ?

— Vous m’avez bien entendu. Je veux que vous éleviez sa température. Temporairement, rassurez-vous. Mais assez longtemps pour effectuer quelques biopsies. Volyova a limité ses examens à la périphérie de la peste, par prudence. Elle a bien fait. Les échantillons qu’elle a obtenus sont des indices inestimables du schéma de croissance, et elle n’aurait pu créer son antivirus sans cela. Mais à présent, il faut que nous plongions au cœur, dans ce qui reste de chair vivante.

Il eut un sourire, réjoui par la révulsion qu’il lut fugacement sur le visage de Sajaki. Il y avait donc peut-être quand même de l’empathie chez cet homme, se dit Sylveste. Ou du moins le résidu atrophié de ce qui en avait jadis été. L’espace d’un instant, il éprouva une sorte de fraternité avec lui.

— Qu’est-ce qui vous intéresse donc tant ?

— Ses cellules, évidemment, fit Calvin en titillant le bras sculpté de son trône. On dit que la Pourriture Fondante attaque nos implants, les fond dans la chair et corrompt leur mécanisme de réplication. Je pense que ça va plus loin que ça. Pour moi, ça va jusqu’à une tentative d’hybridation. Elle s’efforce de réaliser l’harmonisation entre le vivant et le cybernétique. C’est d’ailleurs ce qu’elle fait là : elle tente d’hybrider le capitaine avec sa propre cybernétique et avec le bâtiment. C’est presque bénin ; artistique, voulu.

— Vous ne diriez pas ça si vous étiez à sa place, répondit Sajaki.

— Bien sûr que non. C’est pour ça que je veux l’aider. Et c’est pour ça que j’ai besoin de voir ce qui se passe au cœur de ses cellules. Je veux savoir si la peste a atteint son ADN, si elle a essayé de se faufiler comme un passager clandestin à bord de sa propre machinerie cellulaire.

Sajaki tendit une main vers le froid glacial.

— Dans ce cas, allez-y. Vous avez l’autorisation de le réchauffer. Mais juste le temps nécessaire. Après, vous le recongèlerez jusqu’au moment de l’opération. Et je ne veux pas que ces échantillons sortent d’ici.

Sylveste remarqua que la main tendue du triumvir tremblait.

— Tout ça a un rapport avec une guerre, dit Khouri dans la chambre-araignée. Ça, au moins, c’est clair. La Guerre de l’Aube, comme on l’a appelée. C’était il y a longtemps. Des millions d’années.

— Comment le savez-vous ?

— La Demoiselle m’avait donné une leçon d’histoire galactique afin de me permettre d’apprécier les enjeux. Et ça a marché. Vous ne pouvez pas comprendre que ce n’est pas une bonne idée de suivre Sylveste ?

— Je n’ai jamais pensé que c’en était une.

La deuxième chaussure… se dit Khouri. Volyova s’intéressait encore puérilement à Cerbère-Hadès. Elle savait pourtant que le système recelait un grand danger. Et justement… Avant, le mystère reposait sur une signature neutrino anormale. Mais à présent, elle avait vu de ses propres yeux la machinerie non humaine, grâce à l’enregistrement d’Alicia. Non ; à certains égards, Volyova était aussi fascinée que Sylveste. La seule différence, c’était qu’on pouvait encore raisonner avec elle. Elle conservait un noyau résiduel de santé mentale.

— Vous pensez que nous avons une chance de convaincre Sajaki des risques ?

— Pas beaucoup. Nous lui avons caché trop de choses. Rien que pour ça, il nous tuerait. J’ai toujours peur qu’il ne vous arrache la vérité sous la torture. Il vient encore de m’en parler, vous savez. J’ai réussi à l’en dissuader, mais… Enfin, fit-elle avec un soupir, c’est Sylveste qui tire les ficelles, maintenant ; ce que Sajaki fera ou ne fera pas n’a pour ainsi dire aucune importance.

— Alors il faut que nous nous fassions entendre de Sylveste.

— Ça ne marchera pas, Khouri. Aucun argument rationnel ne pourrait le détourner de son but, maintenant. Et je crains que ce que vous m’avez dit ne soit pas rationnel.

— Mais vous y croyez.

Volyova leva la main.

— J’y crois un peu, Khouri, mais ce n’est pas la même chose. J’ai assisté à certains incidents que vous prétendez comprendre, comme l’histoire de l’arme secrète. Nous savons que des forces non humaines sont impliquées à un niveau ou à un autre, ce qui fait que j’ai du mal à éliminer complètement cette histoire de Guerre de l’Aube, mais ça ne nous donne toujours pas un tableau complet, et de loin. Enfin… peut-être que quand j’aurai fini d’analyser cette écharde…

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