Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
– Partie !... Elle est partie !... dit-il d’une voix plus calme. Mais elle ne peut être bien loin.
– Sans doute, répondit Alexandre. Le Boër pensant tout naturellement que nous n’étions pas hommes à abandonner la poursuite, aura voulu nous donner le change.
– Quoi qu’il fasse, le dénouement approche, car, je le défie bien, en dépit des ruses qu’il essaiera de nous opposer, d’arriver à dissimuler sa trace.
– Surtout aux limiers à deux jambes que nous possédons.
» N’est-ce pas, Zouga ?...
– Oui, chef, répondit le Cafre dont les yeux lancèrent un éclair rapide.
– Nous allons donc partir sans plus tarder, rejoindre le wagon, inspecter minutieusement les alentours, interroger chaque pli de terrain, scruter tous les brins d’herbe, tous les grains de sable.
– Eh ! interrompit Joseph jusqu’alors silencieux, vous devez bien penser aussi, que madame Anna aura fait tous ses efforts pour nous laisser quelques indices.
» La chère dame connaît le désert et elle nous a déjà montré que sa résolution n’est point inférieure à son intelligence.
– Eh bien ! en route !
– À propos, n’oublions pas que l’Ingénieur nous a donné rendez-vous vers minuit près du banian, ajouta Alexandre, frissonnant malgré sa vaillance, en invoquant le lugubre souvenir des dramatiques incidents de la nuit précédente.
– C’est entendu. Les événements décideront si nous devons nous y rendre tous les cinq. Dans tous les cas, tu iras accompagné de Zouga, n’est-ce pas, Alexandre ?
» Je n’ai pas besoin de te dire dans quels termes tu témoigneras ma reconnaissance à ce noble et digne homme, si malgré mon désir d’aller lui serrer la main, je me trouvais immobilisé là-bas.
Tout en conversant, les cinq membres de la petite troupe s’avançaient l’œil et l’oreille aux aguets dans la direction du wagon dont ils apercevaient distinctement les formes massives.
– Mais, dit Alexandre en voyant que l’énorme machine, reposée d’aplomb sur ses quatre roues, était immergée jusqu’aux essieux, tu ne m’avais pas annoncé cette particularité.
– C’est vrai. J’étais tellement bouleversé ! Tu vois d’ailleurs que les eaux sont peu profondes. Nous avons à risquer un simple bain de pieds.
– Ce n’est pas cela dont il s’agit. Je veux dire que le dray étant isolé au milieu de cette flaque d’eau longue de trois cents mètres et large de moitié, nous ne pourrons pas trouver sur le sol les empreintes que nous devions y rencontrer.
– Je compte sur l’ingéniosité d’Anna.
– Le chemin du Petit-Poucet, ajouta presque gaiement Joseph.
– Sur l’eau ?
– Ce n’est pas la première fois. Et, d’ailleurs, le courant ne se fait pas sentir sur cette espèce de lagune. Le moindre vestige flottera sans être entraîné.
– Bravo ! Tu as réponse à tout. Mettons-nous donc à l’eau et ouvrons l’œil.
Au bout de dix minutes, ils étaient en présence de la maison de bois. Le panneau de l’avant et celui de l’arrière, abattus sur leurs chaînes comme la plate-forme d’un pont-levis, laissaient à découvert une partie de l’intérieur. Au lieu de se précipiter en étourdis dans cet antre désert, les cinq hommes, prudents à rendre des points à des Peaux-Rouges suivant le sentier de la guerre, examinèrent minutieusement toute la partie extérieure, s’assurèrent que les planches et les madriers étaient bien en place, que les boulons servant à les relier n’avaient pas été enlevés, et que, enfin, ces lourds matériaux n’allaient pas se désagréger au moindre choc, s’effondrer et les broyer sous leurs débris.
Ce premier point établi, Albert s’enleva lentement à la force des poignets, opéra un rétablissement indiquant un gymnaste consommé et se hissa sur le panneau de l’arrière. Alexandre et Joseph le suivirent, puis le Bushman, puis enfin Zouga. Après un nouvel et non moins attentif examen qui ne leur révéla rien de suspect, ils s’avancèrent dans l’intérieur.
On pourrait peut-être s’étonner de ce luxe de précautions pour pénétrer dans une épave solitaire, complètement isolée au milieu des eaux, et dans laquelle, étant donnée sa position, aucun être animé ne pouvait avoir élu domicile.
Les paroles qui suivent, prononcées par Albert, répondront à cette objection toute naturelle.
– Vous ne voyez rien d’anormal, n’est-ce pas ?
– Absolument rien. Il serait du reste bien difficile de se reconnaître au milieu de ces choses invraisemblables attestant un départ précipité.
– Ainsi que l’intention de mettre hors d’usage tous les objets n’ayant pu être emportés.
– Raison de plus pour n’avancer le pied, ne poser la main qu’à coup sûr. Je me défie des artifices diaboliques de ces sauvages blancs qui sont bien les êtres les plus rusés et les plus vindicatifs que je connaisse.
» Aussi, je m’attends à tout. Une hache, posée en équilibre sur les cercles de la toiture, pour nous tomber sur la tête. Peut-être allons-nous mettre le pied sur une lame de couteau ou une pointe empoisonnée, traîtreusement dissimulées dans le plancher. Qui sait, enfin, si une ficelle invisible, tendue au milieu de ces débris sans nom, ne va pas, au moindre mouvement, actionner la détente d’un fusil placé comme un piège à loups, et nous envoyer en pleine poitrine une poignée de chevrotines.
– C’est vrai. Tout est possible. Le gredin, pensant que nous sommes à sa poursuite, aurait pu tenter de nous mettre ainsi hors de combat, quoique la précipitation avec laquelle il a procédé à l’évacuation, ait dû l’en empêcher.
» Je n’ai pas besoin de vous engager à ne pas toucher aux provisions, sauf, bien entendu, à celles qui se trouveront, par hasard, dans leurs boîtes de fer-blanc parfaitement intactes.
Les recherches, opérées avec d’infinies précautions, furent continuées pendant longtemps encore, sans autre résultat que de démontrer aux Français que leur ennemi n’avait pas pu mettre en œuvre un de ces barbares stratagèmes d’un usage hélas ! trop fréquent dans ces luttes sans merci. Ils ne perdaient cependant pas l’espoir de découvrir un indice, quelque vague qu’il fût, laissé par madame Villeroge, au moment du départ, et grâce auquel ils pourraient reprendre la poursuite si malheureusement interrompue.
Le wagon, rempli d’objets de toutes sortes patiemment accumulés en vue d’un voyage lointain, offrait alors le spectacle d’un pandémonium indescriptible. La cargaison, broyée, mutilée, démolie, s’étalait en monceaux informes où se confondaient les choses les plus disparates, saccagées pour ainsi dire méthodiquement, et avec une véritable entente de l’art de détruire. Il était impossible de penser à mettre un peu d’ordre dans ce fouillis sans nom, et les trois amis, aidés des deux noirs, durent se borner à déménager un à un tous ces débris, les examiner en détail, et, à les jeter à l’eau. Travail bien long, bien ingrat surtout, et dont la récompense, se faisait indéfiniment attendre.
– Et pourtant, disait Albert, il est impossible que nous ne trouvions rien.
– Je partage ton espoir, répondait Alexandre toujours calme. Cherchons encore. Le temps ainsi employé ne peut être perdu.
Joseph qui, contre son habitude, n’avait pas encore desserré les dents, semblait préoccupé. Il rompit enfin le silence.
– Savez-vous, messieurs, à quoi je pense, en ce moment ?
– Je m’en doute bien un peu, fit Alexandre.
– Pas possible.
– En vérité. Voua vous demandez pourquoi ce coquin de Boër a ainsi abandonné le wagon ?
– Vous avez à moitié deviné, monsieur Alexandre. Je me demande pourquoi et comment ?