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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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Un vieux dicton normand prétend qu’un malin de Domfront vaut deux finauds de Vire qui valent ensemble quatre citrouilles de Condé-sur-Noireau. Les habitants de ce joli chef-lieu de canton du Calvados voudront bien ne pas faire endosser à l’auteur la responsabilité de cette expression plus triviale que respectueuse, et à coup sûr imméritée. Il est absolument désintéressé dans la question et se contente de citer l’aphorisme local. Quoi qu’il en soit et quelque bien établie que soit la réputation de finesse des Normands en général et en particulier des gens de Domfront, Vire, Condé-sur-Noireau et autres lieux, prenez-les malins entre les malins, les finauds entre les finauds et les citrouilles les plus distinguées, et vous n’arriverez pas à trouver un diplomate susceptible de rivaliser avec le Boër. Le Boër, en effet, qui incarne en sa lourde et placide personne l’astuce du Flamand, la ruse du Frison et la froide ténacité du Hollandais proprement dit, est un compère qu’il est à peu près impossible de prendre au dépourvu. Joignez à cela une absence complète de préjugés, une vigueur de bison et une adresse de Peau-Rouge, et vous conviendrez que le Néerlandais du Waal peut devenir, à l’occasion, un personnage des plus dangereux.

Il est bien entendu que nous ne voulons pas parler ici des colons du Cap, désignés encore sous la nom de Boërs, – signifiant simplement fermiers, – et qui sont les paysans les plus sobres, les plus industrieux et les plus hospitaliers qu’il soit possible de rencontrer. Ce mot de Boër n’est même pas synonyme de l’anglais Boor (rustre), sous lequel on désigne les irréguliers vivant en dehors de l’autorité britannique, ou des lois patriarcales régissant certains districts indépendants. Ces Boors sont de véritables pirates qui mettent en coupe réglée les biens des indigènes, et qui ne respectent pas plus la propriété que l’existence et la liberté de ces malheureux.

L’opinion du docteur Livingstone est particulièrement caractéristique à ce sujet. Cet état de choses remonte au temps de la lutte soutenue pendant cinq ans (1840-1845), par le Boër Henri Potgieter contre les Anglais. Potgieter, conduisant les colons fuyant devant l’annexion anglaise, pénétra dans l’intérieur jusqu’aux montagnes de Cashan, d’où le Cafre Mosilicatsi avait été chassé par le Zoulou Dingâan qui fut le prédécesseur de Panda et du fameux Cettihouayo.

Les Betchuanas, ravis d’avoir échappé au despotisme de Mosilicatsi, accueillirent à bras ouverts les Boërs se présentant avec leur double prestige de libérateurs et d’hommes blancs. Les malheureux indigènes ne furent pas longtemps à s’apercevoir qu’ils étaient tombés de mal en pis. Si en effet Mosilicatsi était cruel à l’égard de ses ennemis, il était bon et généreux pour ceux qu’il s’était attachés, tandis que les Boërs privés de tout sens moral, aussi inconsciemment féroces que les fauves de la région, massacraient sans pitié ceux qu’ils combattaient, et réduisaient en esclavage ceux qui les avaient servis !

Cette infâme tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours, sauf sur les terrains annexés dernièrement par les Anglais qui proscrivent l’esclavage avec une extrême rigueur.

Revenons à nos Boërs irréguliers ou Boors – et ils sont nombreux – qui vivent en dehors de la civilisation et mènent dans leurs villages une existence à peu près aussi sauvage que celle des indigènes. Ils remontent lentement vers le Nord, s’étendent peu à peu comme une tache d’huile et transportent leur odieux préjugé de couleur, tombé sous le mépris public, chez leurs concitoyens des républiques indépendantes, et qu’ils perpétuent avec un soin d’autant plus jaloux, qu’ils y trouvent leur compte.

Vigoureux, adroits, supérieurement armés, ils contraignent par la force les noirs à fumer leurs terres, sarcler leurs champs, faire la moisson, bâtir des kraals, creuser des canaux, pourvoir à leurs besoins, et cela sans la moindre rétribution !

Le docteur Livingstone a vu de ses propres yeux des Boërs venir dans un village, y demander, suivant leur habitude, vingt-cinq ou trente femmes, pour arracher les herbes de leurs jardins. Ces malheureuses se rendaient sur les lieux portant leur nourriture sur leur tête, leurs enfants sur leur dos, leurs outils sur leurs épaules et travaillaient des journées entières sans rémunération, trop heureuses quand leurs impitoyables bourreaux ne réprimaient pas à grands coups, de bâtons la moindre défaillance.

Les Boërs trouvent cela parfaitement naturel et répondent volontiers à ceux qui leur font observer l’inhumanité de semblables procédés : « Nous les faisons travailler pour nous, c’est vrai ; nous ne les payons pas, c’est encore vrai, mais, de quoi se plaignent-ils ? Est-ce que, en récompense du travail qu’ils nous fournissent, nous ne leur permettons pas d’habiter notre pays ?

Il est impossible d’être plus naïvement et plus sincèrement féroce. Cette sorte d’esclavage pour ainsi dire intermittent est mise en pratique pour la seule exécution des travaux agricoles. Les Boërs se servent invariablement du système des razzias pour se procurer les troupeaux et les serviteurs qui leur manquent. Que l’on pense à ce que doivent être de semblables expéditions à la suite desquelles on voit revenir les pillards traînant, pêle-mêle, les bœufs, les chèvres, les moutons, les femmes, les enfants, pendant que les débris des kraals incendiés se consument sur les cadavres des hommes impitoyablement massacrés. Chose plus monstrueuse encore, ces hommes sont de parfaits époux et d’excellents pères ; ils comblent de caresses leurs femmes et leurs enfants qui prient pour le succès de leurs expéditions[52] et s’en vont gaiement fusiller de sang-froid des gens inoffensifs, d’une couleur différente, il est vrai, mais possédant des affections et des sentiments domestiques semblables aux leurs.

Étant donné cette absence de sens moral, cette férocité de sauvage, sur lesquelles viennent se greffer si étrangement une incroyable finauderie matoise et un prodigieux esprit d’intrigue, il n’est pas étonnant que le Boër, irrégulier par excellence, devienne un bandit consommé. Tels les trois frères dont nous avons raconté antérieurement les lugubres exploits. Klaas a montré déjà ce dont il était capable pour arriver à son but. Pieter va nous donner un échantillon de son savoir-faire.

Cordialement accueilli par les Makololos dont il convoitait le bétail, le misérable, voyant que les nomades refusaient de lui céder un attelage, combina en un moment, un plan diabolique, dans le but de s’approprier l’objet de sa convoitise. Comme il était seul, il ne pouvait songer à employer la force. Il eut, en conséquence, recours à la ruse. Craignant d’être contrarié dans ses opérations futures par les mineurs du kopje Victoria dont le voisinage constituait pour lui un danger permanent, il pensa en premier lieu à se débarrasser de ces gêneurs qui lui feraient, le cas échéant, payer cher sa désertion. Susciter un conflit entre les noirs et les blancs, les mettre aux prises, provoquer une lutte devant fatalement amener l’extermination des uns et des autres, telle fut la conception à laquelle il s’arrêta tout d’abord. S’il réussissait, il n’aurait plus rien à redouter des mineurs dont les rares survivants seraient forcés de battre en retraite et il lui serait possible d’autre part de s’emparer, sans coup férir, d’un attelage de choix que les noirs anéantis seraient incapables de lui disputer.

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Ils sont tous religieux par tradition et font remonter leur origine à quelques-uns des hommes les plus justes qui aient jamais existé. Descendants comme ils l’assurent de Hollandais et de huguenots, ils réclament, le titre de chrétiens ; mais, pour eux les hommes de couleur ne sont qu’une « propriété noire ». Étant, disent-ils, le peuple de Dieu, les idolâtres leur ont été donnés par héritage et ils sont l’instrument de la vengeance divine sur les nègres, comme autrefois les juifs sur les païens de leur époque. En outre, comme ils vivent au milieu d’une population beaucoup plus considérable que la leur, et qu’ils sont à plusieurs milles de distance les uns des autres, ils ont, comme les Américains des États du Sud, le sentiment du danger permanent qui les menace. La première parole qu’ils vous adressent, à votre arrivée, est toujours relative à la disposition des esprits. Aussi, lorsqu’ils reçoivent de quelque naturel envieux ou mécontent le moindre rapport contre une peuplade voisine, la chose prend aussitôt à leurs yeux les proportions d’une révolte organisée. Les mesures les plus sévères sont alors impérieusement commandées, même aux plus humains d’entre eux, et quelle que soit la quantité de sang répandu, ils n’en éprouvent ni remords ni défaillance. La nécessité de maintenir la paix leur ayant imposé, disent-ils, cette cruelle obligation. Dr LIVINGSTONE.]

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