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Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants

Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:

Le kopje (mine de diamants) de Nelson’s Fountain était, ce jour-là, plus que jamais, plein de bruit et d’animation. À l’incessante activité habituellement déployée par les diggers de toute race, de toute couleur, avait brusquement succédé une sorte de frénésie dont un observateur attentif et de sang-froid eût promptement deviné la cause.
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Le râlement strident du pickakolou en fureur arrêta bientôt les plus agiles. En dépit de la terreur produite par les effets de ce redoutable feu de file, leur oreille exercée ne se trompa pas sur la provenance du bruit. Quelque bien imité qu’il fût, ils s’aperçurent, à quelques nuances insaisissables dans la modulation, que ce froissement métallique était produit par un homme. Ils ne s’étaient pas trompés. La haute silhouette de Pieter se dressait à ce moment dans l’ombre, à une vingtaine de mètres du lieu du massacre. Le Boër, prudent comme un véritable Mohican, s’était prosaïquement aplati sur le sol au moment où retentissait le premier coup de feu, dont il attribuait, avec raison peut-être, la cause à un mineur échappé au carnage. Enchanté du résultat de sa hideuse diplomatie, le bandit voyant qu’il avait tout à perdre en restant plus longtemps dans le voisinage de cet abattoir humain, s’était empressé de rassembler les assassins désorientés par la mort de leur chef.

Débarrassé de toute appréhension relativement aux mineurs, voyant d’autre part les Makololos anéantis, il avait hâte de retourner au campement, de s’emparer des bœufs, objets de sa convoitise et d’aller rendre compte à Sam Smith du succès de sa négociation.

La capture du troupeau confié à la garde de quelques vieillards, des femmes et des enfants, serait chose facile. Quant aux hommes de feu Caïman, il allait les conserver sous sa main en attendant l’occasion de les utiliser par la suite, si les circonstances l’exigeaient. Ils prendraient tout naturellement la place des Makololos égorgés et se trouveraient ainsi, en raison d’une substitution que des événements analogues rendent hélas trop fréquente, nantis chacun d’une famille complète.

La retraite s’opéra en bon ordre. Les misérables ignorant si les coups de feu qui les avaient mis en fuite allaient être suivis d’un retour offensif d’ennemis dont ils ne pouvaient connaître le nombre, sentaient d’instinct le besoin de discipline. Ils se groupèrent autour du Boër et se retirèrent promptement, non sans lancer d’éloquents regards de regret vers la direction du kopje, dans lequel ils abandonnaient un plantureux butin.

Le dernier membre de la horde sinistre avait quitté le champ de carnage depuis quelques moments, quand un homme, armé d’une carabine Winchester, à canons superposés, s’avança lentement au milieu du charnier où gisaient, épars, dans un pêle-mêle navrant, d’innombrables cadavres.

Les lueurs mourantes de quelques lampes restées accrochées par miracle aux poteaux éclairèrent ses traits qui reflétaient l’expression d’une douloureuse stupeur. Il fit quelques pas encore et glissa dans une mare de sang.

C’était l’Ingénieur, le seul survivant peut-être de cette affreuse tuerie. Le hasard qui l’avait séparé des Lyncheurs au moment où l’invasion des serpents les mettait en fuite, l’avait seul préservé. Après son entretien avec les trois Français, il avait lentement regagné le kopje et s’était enfermé dans sa cabane de planches, sans penser naturellement à participer à l’orgie. Les cris et les détonations le firent tressaillir sur sa couche de feuillages. Il s’arma en toute hâte et arriva, en dépit de ses efforts, au moment où la catastrophe était sans remède.

À la vue de ce spectacle inouï, de ses compagnons étendus sans vie dans des attitudes témoignant de l’acharnement de la lutte, des blessures épouvantables dont ils étaient criblés, des mutilations que leur avaient fait subir les noirs assassins, un long gémissement sortit de sa poitrine et s’exhala en un sanglot. Puis, deux larmes, qu’il ne put retenir, montèrent lentement à ses yeux et roulèrent sur ses joues couvertes soudain d’une pâleur livide.

– Les malheureux !... murmura-t-il d’une voix brisée.

Puis, il demeura immobile, appuyé sur son arme, au milieu de ce silence mortel enveloppant ce lieu rempli naguère d’un tumulte indescriptible.

– Allons, reprit-il, après quelques instants d’une douloureuse contemplation, puisque je ne puis rien pour eux, je dois penser à ceux qui faillirent devenir leurs victimes.

» Il me faut retrouver au plus tôt ces amis d’une heure, et remplir la promesse que je leur ai faite, de leur fournir les armes dont ils ont besoin.

Pieter, pendant ce temps ralliait le campement d’où étaient partis pleins d’espoir les malheureux Makololos. On devine sans peine la scène qui se produisit au moment où cette nouvelle troupe fit son apparition. Le Boër n’était pas homme à s’arrêter aux plaintes poussées par de pauvres femmes, d’infortunés enfants se trouvant tout à coup sans époux et sans père.

– La paix !... commanda-t-il brusquement. Eh ! vous autres, dit-il aux hommes de Caïman, vous êtes dorénavant les maîtres ici. Faites-moi donc taire ces braillardes.

Puis, il ajouta en aparté :

– C’est égal, voilà qui s’appelle de bonne besogne, si Master Smith n’est pas content, il sera bien difficile.

» Mais, j’y pense, il me serait possible de faire d’une pierre deux coups. J’ai l’attelage, il me faut le wagon.

» Un wagon !... Eh ! pardieu, je sais où en trouver un. Celui de Klaas notre excellent frère. Klaas se fera un plaisir de me l’offrir. Car, s’il avait la folie de le refuser, ma foi, tant pis pour lui, je lui mettrais aux trousses une vingtaine de ces lascars qui le traiteraient comme ils ont tout à l’heure traité les mineurs du kopje Victoria.

X

En présence du wagon abandonné. – Précautions de coureurs des bois. – Mutilation de l’appareil flotteur. – Guerre de sauvages. – Rayon d’espérance. – La trouvaille de Joseph. ­– Le radeau de Klaas. – Savoir attendre. – Barbarie aux prises avec la civilisation. – Nécessité est mère de l’industrie. – Charpentiers, chaudronniers et calfats, avant de devenir matelots. – Comment Alexandre réparait les voies d’eau. – Procédé ingénieux pour pratiquer une soudure quand on ne possède ni fer, ni feu, ni étain. – Application d’une expérience de physique amusante. – Coup de feu.

Absorbés par le récit des événements multiples qui se déroulent simultanément, nous avons été contraints d’abandonner les trois Français et leurs noirs auxiliaires, Zouga et le Bushman, en amont de la grande cataracte. Persuadés que madame de Villeroge se trouvait dans le dray échoué près de la berge du fleuve, au milieu d’une déclivité de terrain encore emplie par l’inondation, ils avaient résolu d’attendre la nuit pour tenter de délivrer la prisonnière. Albert, dévoré d’angoisse, avait devancé ce moment, et opéré tout seul une reconnaissance dans la direction du wagon. L’on peut juger de sa douleur, quand il constata que la maison roulante venait d’être évacuée.

Abandonnant toute prudence, il revint en courant, trouant dans son élan furieux les broussailles qu’il avait mis plus de deux heures à traverser, en usant de toutes les précautions usitées en pareil cas par les coureurs des bois. Haletant, éperdu, il fit part à ses amis de cette découverte désastreuse qui les plongeait de nouveau dans la plus douloureuse incertitude.

Mais, Albert de Villeroge n’était pas une petite maîtresse sujette aux pâmoisons. Cet instant de défaillance bien naturelle fut court. Il dompta son émotion, apaisa les soubresauts de son cœur, s’affermit sur ses jambes et rompit bientôt le silence qui avait suivi l’annonce de la fatale nouvelle.

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