Moby Dick
- Автор: Мелвилл Герман
- Язык: французский
- Жанр: Морские приключения
Электронная книга - «Moby Dick». Краткое содержание книги:
Faut-il présenter ce livre mythique, magnifique aventure, suspense prenant qui nous amène peu à peu à l'apocalypse finale, parabole chargée de thèmes universels et nouvelle Bible aux accents prophétiques.
CHAPITRE XCV La chasuble
Si vous étiez venu à bord du Péquod à un certain stade de l’autopsie du cachalot et si vous vous étiez approché du guindeau, je suis presque sûr que vous auriez examiné avec beaucoup de curiosité l’étrange et mystérieux objet sous le vent allongé que vous y auriez vu près des dalots. Ni la merveilleuse citerne de l’énorme tête, ni le prodige de la mâchoire inférieure déboîtée, ni le miracle de la queue symétrique, rien de tout cela ne vous aurait autant surpris qu’un demi-regard jeté sur ce cône énigmatique, plus long qu’un Kentuckais n’est haut, de près d’un pied de diamètre à la base et d’un noir de jais comme Yoyo, l’idole d’ébène de Queequeg. Et c’est en effet une idole, ou plutôt sa représentation en était une jadis. Une telle idole fut trouvée dans les bois secrets de Maaka, reine de Juda, et son fils, le roi Asa la déposa pour l’avoir adorée, l’abattit et la brûla dans la vallée du Cédron comme abomination ainsi que nous le dit ténébreusement le quinzième chapitre du premier livre des Rois.
Voyez le matelot qu’on nomme éminceur; il s’avance aidé de deux hommes, charge péniblement sur son dos le grandissimus, comme l’appellent les pêcheurs et, les épaules courbées, l’emporte en chancelant tel un grenadier, sur le champ de bataille, un camarade mort. L’étendant sur le gaillard d’avant, il commence à le dépouiller de sa peau de bas en haut comme un chasseur africain ferait d’un boa. Puis il retourne la peau à la façon d’une jambe de pantalon, l’étire au point d’en doubler le diamètre, puis la met à sécher, bien étendue, dans le gréement. Bientôt il l’y reprend, en coupe la longueur de trois pieds à son extrémité pointue, pratique à l’autre bout des ouvertures pour les bras, puis s’y glisse tout entier. L’éminceur se tient maintenant devant vous dans les vêtements sacerdotaux de sa vocation. Seule cette investiture, de tradition immémoriale, le protégera tandis qu’il officie.
Cet office consiste à émincer le lard pour les chaudières Cette opération se fait sur un curieux chevalet de bois dont une extrémité est assurée contre la lisse et au-dessous duquel une grande baille est destinée à recevoir les morceaux émincés qui y tombent à la vitesse des feuilles du discours d’un orateur enthousiaste. Décemment vêtu de noir, occupant une chaire éminente, absorbé par ses feuillets de Bible, quel candidat à un archevêché, quel gaillard de Pape, cet éminceur ne serait-il pas [22]!
CHAPITRE XCVI Les fourneaux
Outre ses pirogues hissées à leurs potences, un navire baleinier américain se reconnaît à ses fourneaux. C’est une singularité que cette solide construction de maçonnerie se mêlant, pour compléter le navire, à son chêne et à son chanvre, comme si un four à briques se dressait sur la rase campagne de son pont.
Les fourneaux occupent, entre le mât de misaine et le grand mât, la partie la plus spacieuse du pont, ils sont soutenus par des poutres assez fortes pour supporter une construction de briques et de ciment de quelque dix pieds sur huit de largeur sur cinq de hauteur. Celle-ci ne fait pas corps avec le pont, mais elle est solidement amarrée dessus par de lourdes équerres de fer l’enserrant de toutes parts et vissées dans les poutres. Elle est revêtue de bois sur les côtés et le dessus, plat, est entièrement ouvert par un grand panneau d’écoutille incliné et assujetti. Lorsqu’on l’enlève, on découvre les deux immenses chaudières, d’une capacité de plusieurs barils chacune. Elles sont remarquablement entretenues pendant tout le temps où l’on ne s’en sert pas, polies parfois avec de la stéatite jusqu’à ce qu’elles aient l’éclat d’un bol à punch en argent. Pendant les quarts de nuit, quelque vieux matelot railleur se roulera en boule à l’intérieur pour y faire un petit somme, et par-dessus ses rebords de fer, bien des confidences sont échangées par les hommes qui les astiquent, côte à côte, un dans chacune. C’est aussi un endroit propice à la réflexion mathématique la plus ardue. Ce fut dans la chaudière de gauche du Péquod, ma pierre de lard circulant diligemment en rond autour de moi, que je fus pour la première fois frappé indirectement par ce fait remarquable qu’en physique tout corps glissant sur une cycloïde, ma pierre de lard par exemple, tombe de n’importe quel point, d’une même hauteur pendant un intervalle de temps donné.
Lorsqu’on enlève la plaque qui protège le devant des fourneaux, on voit la maçonnerie, non revêtue de ce côté-là, percée par les deux bouches des foyers placées directement sous les chaudières et munies de lourdes portes de fer. Un vase rafraîchissant, peu profond, mais s’étendant sous toute la surface de l’ouvrage, empêche la chaleur intense de se communiquer au pont et un tuyau placé vers l’arrière permet de le remplir à mesure que l’eau s’évapore. Les cheminées, s’ouvrent directement dans le mur arrière. Et maintenant, rebroussons chemin un moment.
Il était près de neuf heures du soir lorsque les fourneaux du Péquod furent allumés pour la première fois au cours de cette croisière. Stubb avait la direction des opérations.
– Paré? Alors enlevez le panneau, et commencez. Vous, coq, allumez les feux.
C’était chose aisée car depuis le départ le charpentier entassait ses copeaux dans le foyer; il convient de dire que la première fois qu’on allume les fourneaux, lors d’une chasse à la baleine, on est obligé d’entretenir le feu au bois, puis il cesse d’être nécessaire sinon pour enflammer la matière première. Celle-ci est constituée par les beignets ou gratons, résidu croustillant et desséché de la fonte qui garde une teneur considérable en graisse. Tel un martyr pléthorique au bûcher, ou un homme consumé par sa misanthropie, une fois allumée, la baleine fournit son propre combustible, elle brûle par son propre corps. Que n’absorbe-t-elle pas sa propre fumée! Horrible inhalation qu’il faut coûte que coûte inspirer, dans laquelle on est contraint de vivre momentanément, odeur innommable et forcenée pareille à celle que doivent répandre les bûchers funéraires des Indes! L’odeur qui se dégagera, au jour du Jugement, du côté gauche, ce sera celui des boucs, est à elle seule un argument en faveur de l’enfer.
À minuit, le travail battait son plein. Nous avions largué la carcasse, nous avions fait de la toile, le vent fraîchissait et les ténèbres étreignaient l’Océan désert. Mais les flammes du brasier léchaient l’ombre et leurs fourches, jaillissant de temps à autre des cheminées encrassées de suie, illuminaient jusqu’à son faîte le gréement, comme un feu grégeois. Le navire embrasé courait comme impitoyablement délégué à l’accomplissement d’une vengeance. De même les bricks frétés de poix et de soufre de l’intrépide Kanaris, l’Hydriote, sortant, à la nuit, de leurs ports, portant de larges nappes de feu en guise de voiles, fondaient sur les frégates turques et y semaient l’incendie.
Le panneau supérieur des fourneaux ayant été enlevé, un grand foyer s’ouvrait à présent devant eux; les silhouettes démoniaques des harponneurs païens, soutiers à bord des baleiniers, s’y dressaient; armés de longues fourches, ils jetaient dans les chaudières brûlantes de gros morceaux de lard qui y sifflaient ou bien ils attisaient, au-dessous, les flammes jusqu’à ce que leurs serpents glissent leurs anneaux hors des portes afin de les saisir par les pieds. La fumée s’en allait au loin en rouleaux tristes. L’huile bouillante tanguait avec le navire comme si elle n’attendait que le moment de leur sauter à la figure En face des bouches des fourneaux, de l’autre côté du foyer, se trouvait le guindeau, vrai sofa marin. La bordée de quart s’y attardait lorsqu’elle était inoccupée, les yeux plongés dans la rougeur incandescente du foyer jusqu’à ce qu’ils leur flambassent dans la tête. Les visages fauve des hommes noircis de fumée, marqués de sueur, leurs barbes emmêlées, le contraste qu’y faisait l’éclat barbare de leurs dents, étaient étrangement mis en relief et hautement colorés par les caprices du feu. Tandis qu’ils se racontaient leurs aventures impies, des récits de terreur, sur le ton de l’allégresse, tandis que leurs rires barbares fusaient, fourchus comme les flammes de leurs fourneaux, tandis que, devant eux passaient et repassaient les harponneurs gesticulant avec leurs cuillères pour les pots, tandis que le vent hurlait, que bondissait la mer, que le navire gémissait et piquait, emportant toujours son enfer rouge, de plus en plus loin, au cœur noir de la mer et de la nuit, mâchant avec mépris les os blancs de la baleine, crachant rageusement de tous côtés, alors le fuyant Péquod, frété de sauvages, chargé de feu, brûlant un cadavre et plongeant dans les ténèbres, semblait la matérialisation de l’âme délirante de son capitaine.
[22] Feuillets de Bible! feuillets de Bible! tel est le cri immuable que les seconds jettent à l’éminceur. Ils lui signifient ainsi d’avoir soin couper les tranches aussi fines que possible, la fonte étant de ce fait accélérée, la quantité d’huile considérablement accrue et peut-être même sa qualité améliorée.