Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
Ce lamentable spectacle arrêta tout net les éclats de cette exubérante gaieté, qui fut suivis d’un silence lugubre. Les joueurs laissèrent retomber leurs cartes, les buveurs reposèrent leurs gobelets d’étain, en reconnaissant dans ces spectres les aventuriers partis pleins d’espoir à la conquête du Trésor des Rois Cafres.
Puis, les interrogations partirent de tous côtés.
– Qu’y a-t-il ?... D’où venez-vous ? Que s’est-il passé ?
» Mais, ils défaillent !...
» Publicain !... à boire... à manger pour ces pauvres diables. Allons, dépêchons.
» Ta cave n’est pas encore vidée... Ton garde-manger est encore garni.
Le gargotier se multipliait et gourmandait ses serviteurs, que cette veille de trente-six heures avait littéralement mis sur les dents.
– Gentlemen, murmura d’une voix éteinte un des nouveaux arrivants, alerte !...
– Que voulez-vous dire ?...
– Aux armes !... Vous allez être attaqués. Les noirs sont sur nos talons.
» Nos compagnons viennent d’être massacrés.
» Alerte !...
Les ivrognes, subitement dégrisés, se dressèrent aussitôt. Les joueurs firent prestement disparaître les enjeux et ramassèrent les revolvers et les bowie-knife épars sur les tables. On entendit crépiter les batteries des armes à feu et claquer les ressorts des couteaux.
– Les noirs !... Vous dites que les noirs vous ont attaqués ? Mais quels sont-il ? Pourquoi cette agression que rien ne faisait prévoir jusqu’alors ?
– C’est Pieter le Boër. Il nous a trahis ! le misérable ! et nous a jeté sur le dos la troupe entière de ces coquins.
– Qu’ils viennent donc ! Nous allons leur faire une réception qui leur ôtera pour longtemps l’envie de recommencer.
Un homme de sang-froid n’eut pu s’empêcher de hausser les épaules en entendant une pareille fanfaronnade. S’il y avait là cent cinquante à deux cents diggers pourvus d’un armement redoutable, surtout pour de simples sauvages, un petit nombre d’entre eux étaient à peine capables de se défendre. Presque tous, complètement abrutis par les excès, avaient fort à faire pour se tenir d’aplomb sur les jambes, et leurs coups devaient être, le cas échéant, aussi dangereux pour leurs compagnons que pour les ennemis. Puis, il faut bien l’avouer, ces mineurs ayant à accomplir en temps ordinaire une besogne relativement facile, approvisionnés largement, vivant au milieu de tribus inoffensives, étaient de simples pionniers, parfaitement déclassés pour la plupart, il est vrai, mais ne possédant pas l’envergure des anciens chercheurs d’or californiens. Ces derniers, en effet, toujours sur le qui-vive, entourés de peuplades belliqueuses avec lesquelles ils demeuraient en état d’hostilité permanente, avaient fini par emprunter aux Peaux-Rouges du Nord-Amérique, leurs terribles procédés d’attaque et de défense. Cette existence de luttes perpétuelles, ces alertes sans fin, ce souci poignant d’éviter le poteau de tortures et de conserver sa chevelure, avaient fait d’eux de redoutables combattants, susceptibles d’affronter sans sourciller tous les diables à épiderme noir, blanc ou rouge.
Bref, il y a gros à parier que les aventuriers formidables qui, sous les ordres de Pindray ou de Raousset-Boulbon, accomplirent de ces faits inouïs appartenant désormais à la légende, n’eussent fait qu’une bouchée de ces noirs dont on signalait l’approche aux chercheurs de diamants du kopje Victoria.
Ceux-ci, accoutumés à des rixes s’élevant entre eux et se terminant soit par une balle, une estafilade ou un simple coup de poing, n’étaient pas capables de soutenir de ces luttes homériques dont les irréguliers de la Soñora savaient généralement sortir victorieux.
L’ivresse aidant, ils firent pourtant assez bonne contenance, et ébauchèrent quelques procédés de défense. Ils apprenaient, entre temps, la catastrophe dont leurs compagnons avaient été frappés lors de la baignade au milieu des eaux empoisonnées par le suc de l’euphorbe, ainsi que les événements qui suivirent. Ils rentraient au diggin après avoir reçu les soins de Zouga et du Bushman, lorsqu’ils firent la rencontre de Pieter occupé à parlementer avec la troupe des Makololos. La vue de leur ancien chef, qui les avait abandonnés dans des conjonctures aussi critiques, ranima toutes leurs colères. Ils voulurent s’emparer de lui, et nul doute qu’ils ne lui eussent fait un mauvais parti, quand ses noirs compagnons qui, habituellement ne se mêlent jamais des querelles entre Européens, prirent fait et cause pour le Boër, se ruèrent sur eux avec une furie absolument inusitée, et couchèrent en un clin d’œil les trois quarts de la troupe sur le sol. Les survivants, blessés pour la plupart, avaient à grande peine réussi à s’échapper.
Le récit sommaire de ce déplorable événement était à peine terminé, que des cris farouches retentirent de toutes parts, à quelques pas à peine de la frêle muraille de toile. Les mineurs, s’attendant à subir le choc de nombreux assaillants, apprêtèrent leurs armes et se retranchèrent derrière les tables encore encombrées des multiples débris de cette longue orgie.
La portière fermant l’ouverture principale fut arrachée violemment, et, à leur profond étonnement, ils ne virent qu’un seul homme, un noir. Débarrassé de ses oripeaux de sauvage frotté à un rudiment de civilisation, et apparaissant dans sa nudité sculpturale d’homme primitif, l’Africain, cambrant sa haute taille, s’avança hautain, superbe, appuyé sur une sagaie. Il y eut un moment de stupeur, à l’aspect de ce torse d’ébène, de ces membres puissants, de cette tête audacieuse, se détachant crûment, en pleine lumière avec les mouvements lents d’une apparition de spectre.
Sans se préoccuper de ces hommes pittoresquement embusqués, de leurs revolvers braqués sur lui, de leurs couteaux à l’éclat flamboyant, il continua sa marche silencieuse et s’arrêta au milieu de la salle. Étonnés de cette assurance, et prévoyant bien que le nouveau venu, pour les braver ainsi, devait être accompagné d’une escorte considérable, les mineurs se taisaient.
Le publicain, pensant qu’il devait payer de sa personne, s’avança d’un air engageant, comme avec une pratique et demanda d’une voix qui avait la prétention d’être aimable :
– Que veux-tu ?
Le noir se recueillit un moment, promena son regard sur l’assemblée, s’affermit sur sa pique et répondit en anglais fort incorrect, naturellement, mais suffisamment intelligible.
– Les blancs, dit-il, sont venus depuis longtemps dans le pays de nos pères avec de grands chariots traînés par des bœufs. Ils chassaient l’éléphant, et nous donnaient, en échange de l’ivoire et des plumes d’autruche, des étoffes, des colliers et de l’eau-de-feu.
» Ces blancs étaient bons. Ils payaient l’impôt et respectaient nos coutumes ainsi que nos croyances.
– Quel charabia nous chante ce moricaud ? interrompit brutalement le publicain.
– Silence !... silence !... s’écrièrent les plus prudents qui, voyant la tournure de l’entretien, espéraient pouvoir tout arranger avec quelques cadeaux.
Le noir reprit sans s’émouvoir :
– Quant à vous, blancs auxquels je m’adresse en ce moment, vous vous êtes emparés de nos terres sans même nous demander avis. Vous avez apporté vos machines qui crachent le feu et la fumée, et vous nous avez chassés du sol natal. Nous avons tout enduré sans nous plaindre, parce que Daoud nous a appris la patience. Nous avons reculé devant vous, et nous sommes venus nous réfugier près de Mosi oa Tounya, où se trouvent les Barimos.