Le serment des limbes
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: Albin Michel
- ISBN: 978-2226176738
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Le serment des limbes». Краткое содержание книги:
J’allumai une Camel, sentant ma méfiance revenir face à tant d’égards. Qui était au juste ce prélat, caché derrière ses manières policées ? Quelles étaient ses intentions ? Où m’emmenait-il exactement ? Je fonçais peut-être dans un piège, dont l’appât s’appelait Manon. Après une longue bouffée, j’ordonnai :
— Parlez-moi de Manon.
— Que voulez-vous savoir ?
— Comment avez-vous connu son cas ?
— Le plus simplement du monde. Par le curé de sa paroisse, le père Mariotte. Après la tentative d’assassinat, en 1988, il s’est confié au prêtre exorciste de Besançon. L’information est remontée jusqu’à moi. Nos réseaux sont très structurés.
— À l’époque, vous saviez que Manon était vivante ?
— Une brève enquête nous l’a appris, oui. À partir de là, nous avons toujours gardé un œil sur elle.
— Vous pensiez qu’elle était possédée ?
— Il y avait, disons, une forte présomption.
— Pourquoi ?
— Nous avons recueilli plusieurs témoignages sur son attitude, avant l’assassinat. Il y avait aussi les suspects de l’affaire : Cazeviel, Moraz, Longhini. Ils étaient déjà sur nos listes. Cette affaire baignait dans le satanisme.
— Ensuite ?
Zamorski eut un haussement d’épaules :
— La petite a grandi, sans histoire ni déviance. Pas le moindre signe d’emprise démoniaque.
— Elle a été suivie par des psychologues.
— Rien à voir avec le diable. Elle était simplement traumatisée par toute cette histoire. Ce qui est plutôt compréhensible.
Je n’avais plus le temps pour les précautions de langage :
— Pensez-vous qu’elle a tué sa mère ?
— Non.
— Pourquoi cette certitude ?
— Elle réside dans notre monastère depuis trois mois. Elle est innocente. Aucune femme ne pourrait simuler à ce point. C’est une vraie... source de lumière.
Agostina Gedda aussi avait été une source de lumière. Pour devenir finalement un monstre. Mais j’avais envie de croire Zamorski.
— Elle n’a donc pas vécu, selon vous, une expérience négative pendant son coma ?
— Manon ne conserve aucun souvenir de cette parenthèse. En tout état de cause, quoi qu’elle ait vécu durant sa plongée, cela n’influence pas sa personnalité d’aujourd’hui.
J’approuvai de la tête mais songeai aux avertissements qu’on m’avait assenés à Catane, à propos d’Agostina. Aux mises en garde de van Dieterling. Aux instructions du Rituel Romain : « Innombrables sont les artifices et les fourberies du diable pour tromper les hommes... » Qui pouvait-on croire dans un tel contexte ?
Je passai aux généralités :
— Pensez-vous, en votre âme et conscience, que les Sans-Lumière existent ? Je veux parler de meurtriers agissant sous une emprise démoniaque.
— L’expérience négative existe. Et elle peut être traumatisante.
— Au point de transformer celui qui la subit en être agressif, en assassin ?
— Dans certains cas, oui.
— Mais croyez-vous que le diable soit au fond de tout ça ? Je veux dire : une véritable entité négative ? Un agent corrupteur ?
Zamorski sourit. Les lumières de la cabine avaient baissé. Les fauteuils en cuir brillaient doucement sous les plafonniers. De temps à autre, les feux au bout des ailes, déchirant les nuages, venaient éclairer nos profils à travers les hublots.
— Nous étudions ces phénomènes depuis des années. Attendez d’être à Cracovie, vous comprendrez mieux notre position.
— Revenons aux cas spécifiques alors. Agostina Gedda est-elle une véritable possédée ?
— Selon van Dieterling, il n’y a aucun doute. Et d’après ce que je sais, tout concorde.
— Raïmo Rihiimäki : cela vous dit quelque chose ?
— Bien sûr.
— Un Sans-Lumière ?
— Il y a eu expérience négative, c’est certain. Raïmo s’est confié à un psychiatre. Il a raconté sa vision. Cette épreuve l’a transformé en machine à tuer.
— Agostina et Raïmo sont donc les auteurs des meurtres dont on les accuse ?
— Mathieu, vous brûlez les étapes. Encore une fois, attendez d’être à Cracovie. Nous...
— Ces miraculés sont-ils des assassins, oui ou non ? Ont-ils été capables d’utiliser des acides, d’injecter des insectes, de placer du lichen dans la cage thoracique de leur victime, d’agir exactement de la même façon, à des milliers de kilomètres de distance ?
Zamorski tenait une coupe de Champagne perlée de gouttes. Il but une gorgée puis admit :
— Au fil des années, notre groupe s’est fait une opinion.
— Laquelle ?
— À côté de l’expérience négative, il pourrait exister un autre facteur. Une circonstance particulière.
— Je vous écoute.
— Un être extérieur, qui contacterait et aiderait ces tueurs... « révélés ».
Zamorski exprimait l’hypothèse que j’envisageais depuis le départ, sans l’avoir jamais approfondie. Un complice des Sans-Lumière. Un, inspirateur, en chair et en os. Celui qui avait gravé dans l’écorce : « JE PROTÈGE LES SANS-LUMIÈRE »...
— Un homme les aiderait à tuer de cette façon ?
— Les y inciterait, en tout cas.
— Un homme qui se prendrait pour le diable ?
— Qui penserait agir au nom du diable, oui.
— Vous avez des preuves qui étayent cette hypothèse ?
— Seulement des convergences. Le mode opératoire, d’abord. Jamais, auparavant, les Sans-Lumière n’ont appliqué cette méthode. On peut imaginer qu’un homme, une présence cachée, leur dicte maintenant cette technique.
Van Dieterling parlait de « mutation », de prophétie à déchiffrer, à travers la répétition de ces meurtres rituels. Mon instinct de flic me faisait pencher pour la version Zamorski, plus tangible : l’intervention d’un tiers, un associé de l’ombre.
Il continuait :
— Ensuite, la multiplication des cas. Au cours des siècles, les Sans-Lumière sont très rares. Or, d’un coup, nous avons trois exemples en quatre années : 1999, 2000, 2002... Et sans doute y en a-t-il d’autres. Pourquoi cette accélération ? Un homme a peut-être favorisé cette série. Un criminel qui ne serait pas le tueur à proprement parler mais l’inspirateur de ces traumatisés. Une sorte d’émissaire du démon, qui les pousserait à passer à l’acte.
Mes suppositions, flottant jusqu’ici dans le vide, trouvaient un écho concret auprès du nonce. Ce vol de nuit me chauffait le cœur, à la manière d’un feu de joie. Il était temps d’éclaircir les énigmes qui le concernaient directement :
— Il y a quinze jours, je vous ai vu à la chapelle Sainte-Bernadette. Une messe était célébrée en l’honneur d’un flic dans le coma.
— Luc Soubeyras. Je le connais bien. Il menait la même enquête que vous. Ou plutôt, pour être juste, vous menez la même que lui.
— Il a tenté de se suicider. Savez-vous pourquoi ?
— Luc était trop exalté. À bout de nerfs. Cette enquête a eu sa peau.
— C’est tout ?
— Dans cette affaire, il faut être prêt à franchir certaines limites. À visiter certains confins. Mais surtout être capable d’en revenir ! Luc, malgré sa passion, n’était pas assez fort.