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Le serment des limbes

Электронная книга - «Le serment des limbes». Краткое содержание книги:

Quand Mathieu Durey, flic à la brigade criminelle de Paris apprend que Luc, son meilleur ami, flic lui aussi, a tenté de se suicider, il n’a de cesse de comprendre ce geste. Il découvre que Luc travaillait en secret sur une série de meurtres aux quatre coins de l’Europe dont les auteurs orchestrent la décomposition des corps des victimes et s’appuient sur la symbolique satanique. Les meurtriers ont un point en commun : ils ont tous, des années plus tôt, frolé la mort et vécu une « Near Death Experience ». Peu à peu, une vérité stupéfiante se révèle : ces tueurs sont des « miraculés du Diable » et agissent pour lui. Mathieu saura-t-il préserver sa vie, ses choix, dans cette enquête qui le confronte à la réalité du Diable ?
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Zamorski esquissa quelques pas, mains dans le dos :

— Non. Les Sans-Lumière sont plutôt l’enjeu de la bataille.

— Je ne comprends pas.

Le nonce s’approcha d’un vieux paper-board bancal, derrière des pupitres soutenant des partitions. Il attrapa un feutre :

— Connaissez-vous ce signe ?

Il traça un cercle, le barra d’un trait horizontal dans sa partie inférieure, puis dessina quelques maillons. Le tatouage de Cazeviel et l’ornement de la chevalière de Moraz. Ce symbole désignait donc une secte satanique.

— Je l’ai déjà vu deux fois.

— Où ?

— Tatoué sur le torse d’un homme. Gravé sur la bague d’un autre.

— Tous les deux morts, d’après mes informations.

— Si vous avez les réponses, pourquoi poser les questions ? Zamorski sourit puis capuchonna son feutre :

— Patrick Cazeviel. Richard Moraz. Le premier est mort dans l’escalier du Vatican, le 31 octobre. Le second près de la maison du Dr Bucholz, aux environs de Lourdes, le lendemain. Vous les avez tués tous les deux. Si vous voulez qu’on passe un accord, vous devez jouer franc jeu avec moi.

— Qui a parlé d’accord ? Il tapota sur le tableau :

— Vous ne voulez pas savoir ce que ce dessin signifie ?

— En cherchant, je trouverai par moi-même.

— Bien sûr. Mais nous pouvons vous faire gagner du temps. L’ecclésiastique arpentait la pièce, d’une démarche posée, patiente. J’en avais déjà marre de ces circonvolutions :

— Comment s’appelle la secte ?

— Les Asservis. Ils se considèrent comme les esclaves du Démon. D’où leur symbole : le collier de fer. On les appelle aussi les Scribes. Les sectes sataniques sont ma spécialité. Mon vrai travail est de traquer ces groupes à travers le monde. Or, de tous ceux que j’ai croisés ou étudiés, les Asservis constituent le plus violent, le plus dangereux. Et de loin.

— Quel est leur culte ?

Zamorski eut un geste large, qui annonçait une digression :

— Dans la plupart des sectes sataniques, le diable n’est qu’un prétexte pour s’adonner à la dépravation, à la drogue, à différentes activités plus ou moins illicites. Parfois, ces pratiques vont plus loin et nourrissent les pages des faits divers. Meurtres, sacrifices, incitations au suicide... Mais je dirais qu’au fond, ces clans ne sont pas dangereux et se limitent le plus souvent à profaner des cimetières. Une simple variation de la délinquance. Il n’y a pas de transcendance ni d’enjeu supérieur dans tout ça. Et quand ces dépravés tentent d’entrer en contact avec leur « maître », c’est dans le cadre de cérémonies plutôt ridicules.

— Je suppose que les Asservis n’appartiennent pas à cette catégorie.

— Pas du tout. Les Asservis sont de véritables satanistes, qui vivent pour et par le mal. Ils mènent une vie ascétique, exigeante, implacable. Assassins, bourreaux, violeurs : ils pratiquent le mal à froid, dans l’ordre et la rigueur. Ils sont l’équivalent de nos moines. Puissants, nombreux — et invisibles. Pas question pour eux de forniquer sous un autel d’église ou d’embrasser le cul d’un bouc. Ce sont de vrais criminels, qui visent la transcendance par le mal et la destruction. Leur communion, c’est le meurtre, la souffrance, la dépravation. De plus, ils sont terriblement unis. Un projet secret les fédère.

J’allumai une nouvelle cigarette, histoire de nourrir notre petit enfer intime.

— Qui est...

— Recueillir les commandements du diable. Quand ils ne tuent pas, les Asservis traquent la parole de Satan.

Zamorski reprit son souffle. Il faisait toujours les cent pas. Plus que jamais, son allure martiale rappelait un général en campagne. Il continua :

— Voyez-vous, le dogme satanique souffre d’une lacune fondamentale : il n’a pas de livre sacré. Pas l’ombre d’un texte. Dans l’histoire du satanisme, vous trouverez une foule de bibles noires, de volumes de démonologie, de grimoires, de témoignages. Mais jamais un ouvrage qui prétend transcrire la parole du démon, au sens consacré du terme. Contrairement à ce qu’on raconte, le diable n’est pas bavard.

En un éclair, je revis le prêtre de Lourdes, en soutane élimée. « Ils n’ont pas de livre, vous comprenez ? » Le fanatique parlait des Asservis. Je demandai :

— Où se trouve cette parole ? Où est-elle écrite ?

Un reflet matois passa dans ses yeux :

— Vous me posez la question ? (Il ouvrit les mains.) Mais nous parlons du sujet même de votre enquête !

J’aurais dû y penser. Les Sans-Lumière. Les seuls êtres au monde à avoir eu un contact réel, durant leur coma, avec le démon.

— Les Asservis recherchent les Sans-Lumière ?

— C’est le sens de leur quête. Pour eux, ces miraculés sont dépositaires d’une parole unique. Une parole qu’ils doivent consigner dans leur livre. C’est pour cela qu’on les appelle aussi les « Scribes ». Ils écrivent sous la dictée du diable.

— Je suppose qu’ils cherchent en priorité à déchiffrer le Serment des Limbes ?

Zamorski approuva :

— Leur projet se résume à cet objectif : décrypter le Serment. Les mots qui permettent d’atteindre le Malin et de pactiser avec lui.

— Cazeviel et Moraz appartenaient à cette secte ?

— De longue date.

— Vous voulez dire : avant la noyade de Manon ?

— Bien sûr. Ce sont eux qui ont corrompu la petite fille. Ils l’ont conditionnée, lui ont soufflé les actes sataniques qu’elle commettait à l’époque. Nous ne savons pas ce qu’ils cherchaient à faire au juste. Sans doute former une espèce de créature malsaine, qui aurait attiré l’attention de Satan en personne.

— Quand ont-ils appris que Manon était vivante ?

— Au moment de la mort de Sylvie Simonis.

— Savez-vous comment ils l’ont appris ?

— Par Stéphane Sarrazin.

Le nom du gendarme me péta à la gueule :

— Pourquoi lui ? Pourquoi les aurait-il prévenus ?

Le nonce réprima un sourire :

— Parce qu’il était leur complice. Stéphane Sarrazin, quand il s’appelait encore Thomas Longhini, était un Asservi, lui aussi. Il faisait équipe avec les deux autres pour corrompre la petite fille.

Encore une vérité manquée. J’avais toujours senti la complicité des trois hommes, sans pouvoir la prouver. Le fameux axiome des 30 %... Moraz, Cazeviel, Longhini avaient, à eux trois, et indirectement, provoqué la mort de Manon. Mais j’étais encore sceptique :

— En 1988, repris-je, Thomas Longhini avait treize ans. Il était écolier. Moraz était horloger. Cazeviel casseur. Comment auraient-ils pu se connaître ?

— Vous n’avez pas suffisamment creusé leur passé. Richard Moraz n’était pas seulement horloger. Il était collectionneur, et même receleur. C’est ainsi qu’il a connu Cazeviel, qui lui revendait des objets volés.

— Et Thomas ?

— Thomas était un pervers. Un vicieux. Ce qui l’excitait, c’était de pénétrer la nuit chez les gens. De les observer. Ou de leur subtiliser des bibelots. C’est par cette voie qu’il a rencontré Moraz. Il lui vendait des pièces dérobées.

Moraz, Cazeviel, Longhini : trois oiseaux de nuit, associés sur fond de vol et d’intrusion nocturne. Ils s’étaient découvert ensuite une autre aspiration commune : le culte du diable.

J’imaginais la suite. Thomas Longhini, au fil des mois, avait dû s’attacher à Manon et ne plus vouloir la dévoyer. Il avait pris peur. Il avait parlé à ses parents puis au psychiatre, Ali Azoun, sans pouvoir avouer la vérité complète. Il procédait par allusions mais l’essentiel était là. Longhini voulait stopper l’envoûtement de Manon. Ce qui avait commencé comme un jeu pervers — la corruption de l’enfant — devenait dangereux. Manon agissait réellement comme une possédée. Et sa mère, perdant tout contrôle, était prête à la détruire.

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