Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants
- Автор: Буссенар Луи Анри
- Язык: французский
- Год: Marpon & Flammarion
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Aventures périlleuses de trois Français au Pays des Diamants». Краткое содержание книги:
– Ce ne peut être que là, murmura-t-il en posant sur le tissu fripé et maculé l’index de sa main droite.
» De quelque côté que je me retourne, j’arrive fatalement à trouver cette ligne ponctuée qui court du Nord au Sud et qui coupe la faille un peu au-dessous des chutes.
» C’est ici qu’il faut chercher. Les Français qui ont possédé ce plan et James Willis lui-même, ont fait fausse route. Les niais !... Ils n’ont même pas vu qu’il est orienté à l’envers. De là leurs tentatives absurdes pour gagner l’autre rive.
» Ce que c’est que d’avoir été marin ! Ces terriens ne savent pas lire une carte et encore moins rectifier une erreur aussi grossière.
» Allons, tout va bien, et avant peu, nous aurons des nouvelles du trésor des Rois Cafres.
Ces derniers mots firent sursauter les deux sauvages blancs, qui interrompirent leur mastication à peine commencée.
– Hein ? firent-ils simultanément.
Le bushranger, sans se départir de son attitude dominatrice, daigna sourire avec une sorte de condescendance hautaine.
– Eh bien ! garçons, cela vous fait dresser l’oreille, n’est-ce pas ?
Cornélis et Pieter, la bouche pleine, baissèrent avec le même ensemble la tête, sans pouvoir répondre autrement que par ce geste signifiant : Oui, chez tous les peuples civilisés ou non, qui évoluent d’un pôle à l’autre sur notre planète.
Mais ce mouvement ayant eu pour résultat de favoriser la déglutition, comme chez les oiseaux dont les voies œsophagiennes sont obstruées par un morceau trop volumineux, les deux frères récupérèrent en même temps la voix.
– Oh ! oui, gentleman, grognèrent-ils d’un accent guttural.
– C’est parfait. Il est donc inutile de vous demander si vous êtes toujours dans les mêmes dispositions.
– Nous vous appartenons corps et âme ; vous le savez bien.
– Ce ne sera pas pour longtemps. Car, ou je me trompe fort, ou nous touchons au but.
– Commandez, nous obéirons sans hésiter.
– Bien.
– Quand même notre intérêt ne vous garantirait pas notre fidélité absolue, vous avez des arguments sans réplique, répondit Cornélis d’un air bonhomme.
– Ouais ! maître Cornélis, auriez-vous de l’esprit ?
– Je ne sais pas. Dans tous les cas, j’éprouve une furieuse envie d’être millionnaire.
– De mieux en mieux. Écoutez-moi donc.
» Vous devez supposer que je ne vous ai pas fait escalader ce sentier, où des chèvres elles-mêmes auraient à craindre le vertige, pour m’assurer de la vigueur de vos jarrets.
– C’est votre affaire.
– ... Ce n’est pas non plus pour vous faire respirer l’air pur de la montagne, que je vous ai conduits sur ce plateau presque inaccessible.
– Peu nous importe.
– ... Mais pour établir ici notre quartier général. Ce n’est pas, croyez-le bien, à la légère que j’ai choisi ce lieu.
– Oh ! interrompit avec assez d’à-propos Cornélis, qui se souvenait sans doute de la volée homérique dont le bushranger l’avait gratifié, Votre Seigneurie ne fait rien à la légère...
» Pas vrai, Pieter ?
Pour le coup, master Smith daigna se dérider tout à fait.
– C’est bien de vous en rappeler, garçons.
» Mais, trêve de propos oiseux. Au fait.
» Notre campement se trouve à portée d’un entrepôt connu de moi seul et où nous pourrons nous procurer des armes, des effets d’habillement et surtout des provisions en telle quantité qu’il nous sera facile, en cas d’urgence, de suffire aux besoins d’une troupe nombreuse.
– Pas possible ! s’écrièrent les deux rustres émerveillés.
– Voici donc l’importante question de l’approvisionnement résolue.
» Cette question est d’autant plus essentielle que, quand nous aurons mis la main sur le Trésor, il nous faudra effectuer notre retour aux pays civilisés.
» Ce n’est pas tout. Nous aurons besoin d’un wagon au moins, avec un attelage d’excellents bœufs salés[50] qui n’auront rien à redouter de la maladie. Or, nous avons toutes les facilités pour apercevoir d’ici les convois arrivant au kopje ou s’en éloignant.
– Et pour les emprunter à leurs propriétaires sans bourse délier, s’écria Pieter avec un rire bestial.
– Pieter, mon garçon, riposta froidement le bushranger, je décernais tout à l’heure à Cornélis un diplôme d’homme d’esprit, j’ai le regret de vous accorder un brevet de parfait imbécile.
– Pourquoi cela, gentleman ?
– C’est qu’alors, sous peine de nous attirer de graves désagréments, il nous faudra payer. Payer royalement. Vous entendez. Quand on est riche, il s’agit d’être honnête.
» Enfin, nous ne sommes pas seuls à connaître et à rechercher le trésor des Rois Cafres.
– Tiens ! c’est vrai. Il y a les trois Français...
– Et Klaas... votre excellent frère.
– De plus en plus vrai ! Nous l’avions, pardieu ! bien oublié.
– Mais, moi, votre chef, je dois penser à tout.
» En conséquence, vous allez vous installer, l’un à gauche, l’autre à droite du plateau, et surveiller, tout en continuant votre repas, l’espace immense qui s’étend au Sud-Est et au Sud-Ouest, sans négliger le fleuve en amont et eu aval de la cataracte.
– Voilà qui est facile.
» Et c’est tout ?...
– Pour le moment.
– Gentleman !...
– Qu’y a-t-il, mon garçon ?
– Je crois que ce moment ne sera pas très long.
– Pourquoi ?
– C’est que j’aperçois une troupe nombreuse d’hommes et d’animaux s’arrêter à la lisière du grand bois que vous avez à votre droite.
– Ces hommes sont ?
– Des noirs.
– Et les animaux ?...
– Des bœufs de selle.
– En êtes-vous bien sûr ?
– Absolument. Les voyageurs mettent pied à terre et se préparent à camper.
– Il est urgent de nous mettre en rapport avec eux. Leurs bêtes doivent être « salées ». Il faut les leur acheter coûte que coûte. Nous trouverons plus tard un wagon.
» Elles seront peut-être rétives à l’attelage, mais vous vous chargerez de les habituer au joug.
– Comptez sur nous, gentleman.
– C’est vous, Pieter, que je charge de la négociation. Montrez-vous coulant et n’épargnez pas les promesses. Mes articles d’échange sont aussi nombreux que variés.
» Je paierai dans trois jours contre livraison.
» À propos, dans quels termes êtes-vous avec le personnel du kopje Victoria ?
– Au plus mal. Cornélis et moi avons abandonné les mineurs qui nous avaient mis à leur tête, et voulaient, bon gré, mal gré, être conduits par nous, au lieu où se trouve le trésor.
– Encore des compétiteurs, répondit Smith de son air goguenard.
» Nous aviserons.
» Partez donc, Pieter. Je n’ai pas besoin de vous recommander la prudence. Évitez les chercheurs de Diamants, et tâchez que nos futurs vendeurs consentent à s’éloigner dans la forêt.
» C’est ce que les Français appellent acheter la corde ayant le veau, mais comme nous n’avons pas à choisir les occasions, il est bon de les saisir quand elles se présentent.
50
Cette singulière appellation sert à désigner les bœufs ayant subi l’inoculation préventive destinée à les prémunir contre les effets d’une terrible maladie locale qui les décime.