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Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]

Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:

Depuis sa publication en 1954-1955, le récit des aventures de Frodo et de ses compagnons, traversant la Terre du Milieu au péril de leur vie pour détruire l’Anneau forgé par Sauron, a enchanté des dizaines de millions de lecteurs, de tous les âges. Chef-d’œuvre de la fantasy, découverte d’un monde imaginaire, de sa géographie, de son histoire et de ses langues, mais aussi réflexion sur le pouvoir et la mort, Le Seigneur des Anneaux est sans équivalent par sa puissance d’évocation, son souffle et son ampleur. Cette nouvelle traduction prend en compte la dernière version du texte anglais, les indications laissées par Tolkien à l’intention des traducteurs et les découvertes permises par les publications posthumes proposées par Christopher Tolkien. Ce volume contient 18 illustrations d’Alan Lee, entièrement re-numérisées, d’une qualité inégalée, ainsi que deux cartes (en couleur) de la Terre du Milieu et du Comté.
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
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Les langues allèrent bon train à Hobbiteville et à Belleau ; et la rumeur de l’événement à venir se répandit dans tout le Comté. Les antécédents et le caractère de M. Bilbo Bessac redevinrent le sujet de conversation de l’heure ; et les plus âgés virent soudain leurs réminiscences faire l’objet d’une curiosité qu’ils voulurent bien satisfaire.

Personne n’eut d’auditoire plus attentif que le vieux Ham Gamgie, familièrement appelé l’Ancêtre. Il haranguait au Buisson de Lierre, une petite auberge sur la route de Belleau ; et il parlait avec une certaine autorité, car il avait entretenu le jardin de Cul-de-Sac pendant quarante ans, après avoir assisté le vieux Holman dans le même rôle. Maintenant que lui-même devenait vieux et s’ankylosait, ce travail revenait surtout à son plus jeune fils, Sam Gamgie. Père et fils étaient tous deux en très bons termes avec Bilbo et Frodo. Ils vivaient sur la Colline même, au numéro 3 de la rue du Jette-Sac, juste en bas de Cul-de-Sac.

« C’est un véritable gentilhobbit que M. Bilbo, un bon monsieur avec une belle instruction, comme je l’ai toujours dit », déclara l’Ancêtre. Ce qui était parfaitement vrai ; car Bilbo était toujours très poli avec lui, l’appelait « maître Hamfast » et ne cessait de faire appel à ses lumières pour la culture des légumes : en matière de « racines », en particulier de pommes de terre, l’Ancêtre était reconnu comme l’autorité première par tous les gens du voisinage (lui-même y compris).

« Et ce Frodo qui vit avec lui ? demanda le Vieux Nouguier de Belleau. Il s’appelle Bessac, mais c’est plus qu’à moitié un Brandibouc, à ce qu’on dit. Je vois pas pourquoi un Bessac de Hobbiteville irait chercher épouse là-bas, dans le Pays-de-Bouc, où les gens sont si bizarres. »

« Pas étonnant qu’ils soient bizarres, fit remarquer Pépère Deuxpied (le voisin immédiat de l’Ancêtre), vu qu’ils vivent du mauvais côté du fleuve Brandivin, et à deux pas de la Vieille Forêt. Cet endroit-là est malsain, si on se fie à la moitié de ce qu’on raconte. »

« T’as raison, Pépé ! dit l’Ancêtre. Non que les Brandibouc du Pays-de-Bouc vivent dans la Vieille Forêt ; mais ce sont de drôles de moineaux, à ce qu’il paraît. Ils s’amusent avec des bateaux sur cette grande rivière – et ça n’est pas naturel. Pas surprenant qu’il y ait eu des ennuis, que je dis. Mais n’empêche, M. Frodo est un jeune hobbit tout ce qu’il y a de plus aimable. Il ressemble beaucoup à M. Bilbo, et pas que d’apparence. Son père était un Bessac, après tout. Un hobbit très respectable que ce M. Drogo Bessac, très correct ; il a jamais tellement fait parler de lui, jusqu’au jour où il s’est néyé. »

« Néyé ? » firent plusieurs voix. Ce n’était pas la première fois, bien entendu, qu’ils entendaient parler de cette histoire, ni d’autres rumeurs plus sombres encore ; mais les hobbits sont des passionnés d’histoire familiale, et ils étaient prêts à l’entendre encore.

« Eh bien, c’est ce qu’on raconte, dit l’Ancêtre. Voyez-vous, M. Drogo, il a épousé cette pauvre mam’zelle Primula Brandibouc. C’était la cousine germaine de notre M. Bilbo du côté maternel (sa mère étant la plus jeune des filles du Vieux Touc) ; et M. Drogo était son cousin issu de germain. Donc, M. Frodo est son cousin germain et issu de germain, éloigné au premier degré des deux côtés, comme on dit, si vous me suivez. Et M. Drogo séjournait à Castel Brandy en compagnie de son beau-père, le vieux Maître Gorbadoc, comme il en avait pris l’habitude après s’être marié (vu qu’il aimait bien faire ripaille, la table du vieux Gorbadoc étant plutôt bien garnie) ; et il est allé pagayer sur le fleuve Brandivin, et lui et sa femme se sont néyés, avec ce pauvre M. Frodo encore enfant et tout. »

« J’ai entendu dire qu’ils sont allés sur l’eau après le dîner, au clair de lune, dit le Vieux Nouguier, et que le bateau a coulé à cause que Drogo était trop lourd. »

« Et moi, j’ai entendu dire qu’elle l’a poussé dans l’eau et qu’il l’a entraînée avec lui », dit Sablonnier, le meunier de Hobbiteville.

« Tu devrais pas écouter tout ce que t’entends, Sablonnier, dit l’Ancêtre, qui n’aimait pas tellement le meunier. Y a pas de raison d’aller raconter des choses pareilles. Ces bateaux-là sont déjà bien assez traîtres pour qui reste assis tranquillement, sans avoir à chercher plus loin la cause des ennuis. Alors bon, il y avait ce M. Frodo qui était orphelin : laissé en rade, si je puis dire, chez ces étranges Boucerons, et ayant grandi à Castel Brandy comme de bien entendu. Une vraie taupinière, à ce qu’on raconte. Le vieux Maître Gorbadoc avait toujours au moins deux cents de ses parents là-bas avec lui. M. Bilbo s’est jamais montré plus charitable qu’en permettant à ce garçon de venir vivre chez des gens corrects.

« Mais ç’a dû être un sacré choc pour ces Bessac-Descarcelle. Ils pensaient qu’ils allaient hériter de Cul-de-Sac, quand il est parti cette fois-là et qu’on croyait qu’il était mort. Puis il revient et il les renvoie chez eux ; et il continue à vivre indéfiniment, sans jamais prendre une ride, béni soit-il ! Et voilà-t-il pas qu’il se trouve un héritier et fait faire tous les papiers bien comme il faut. Parti comme c’est, les Bessac-Descarcelle verront jamais l’intérieur de Cul-de-Sac. Du moins, c’est à espérer. »

« J’ai ouï dire qu’il y a un joli magot caché là-haut, dit un étranger, un visiteur venu pour affaires de Grande-Creusée, dans le Quartier Ouest. Tout le sommet de votre colline serait criblé de tunnels, avec des coffres remplis d’or, d’argent et d’joyaux, à ce que j’ai entendu dire. »

« Vous en avez entendu plus que ce que j’en sais, répondit l’Ancêtre. Jamais qu’on m’a parlé d’joyaux. M. Bilbo dépense son argent sans compter et ne semble pas en manquer ; mais j’ai pas connaissance qu’il y ait eu des tunnels de creusés. J’ai vu M. Bilbo quand il est revenu, il y a à peu près soixante ans de ça, dans mon jeune temps. Ça faisait pas longtemps que j’étais l’apprenti du vieux Holman (lui qu’était le cousin de mon père), mais il m’a emmené à Cul-de-Sac pour que je l’aide à empêcher les gens de piétiner le jardin tout partout, pendant qu’il y avait la vente. Et voilà-t-il pas M. Bilbo qui arrive au beau milieu de tout ça, grimpant la Colline avec un poney et des énormes sacs, et un ou deux coffres. Sans doute qu’ils étaient remplis de trésors dénichés à l’étranger, où il y a des montagnes d’or, à ce qu’on dit ; sauf qu’il y en avait pas assez pour remplir des tunnels. Mais mon gars, Sam, pourrait vous en dire plus long à propos de Cul-de-Sac : il arrête pas d’y aller et venir. Il est fou des histoires de l’ancien temps, je vous dis pas ; et il écoute tout ce que M. Bilbo lui raconte. C’est M. Bilbo qui lui a appris ses lettres – sans penser à mal, remarquez, et j’espère qu’aucun mal en sortira.

« Des Elfes et des Dragons ! que je lui dis. Des choux et des pommes de terre, voilà ce qui vaut mieux pour toi et moi. Va pas te mêler aux affaires de gens meilleurs que toi, ou tu vas t’attirer des ennuis trop gros pour toi, que je lui dis. Et je pourrais le dire à d’autres », ajouta-t-il avec un regard à l’étranger et au meunier.

Mais l’Ancêtre ne convainquit pas son auditoire. La légende des richesses de Bilbo était désormais trop solidement ancrée dans l’esprit de la jeune génération de hobbits.

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