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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Monsieur Manicamp! monsieur Manicamp! nous nous éloignons du fait.

– C’est juste.

– Vous m’avez écrit?

– Très bien.

– Mais pourquoi m’avez-vous écrit?

– Imaginez-vous qu’aujourd’hui, à deux heures, de Guiche est parti.

– Après?

– Le voyant partir, je l’ai suivi, comme c’est mon habitude.

– Je le vois bien, puisque vous voilà.

– Attendez donc… Vous savez, n’est-ce pas, que ce pauvre de Guiche était jusqu’au cou dans la disgrâce?

– Hélas! oui.

– C’était donc le comble de l’imprudence à lui de venir trouver à Fontainebleau ceux qui l’avaient exilé à Paris, et surtout ceux dont on l’éloignait.

– Vous raisonnez comme feu Pythagore, monsieur Manicamp.

– Or, de Guiche est têtu comme un amoureux; il n’écouta donc aucune de mes remontrances. Je le priai, je le suppliai, il ne voulut rien entendre à rien… Ah! diable!

– Qu’avez-vous?

– Pardon, mademoiselle, mais c’est cette maudite branche dont j’ai déjà eu l’honneur de vous entretenir et qui vient de déchirer mon haut-de-chausses.

– Il fait nuit, répliqua Montalais en riant: continuons, monsieur Manicamp.

– De Guiche partit donc à cheval tout courant, et moi, je le suivis, mais au pas. Vous comprenez, s’aller jeter à l’eau avec un ami aussi vite qu’il y va lui-même, c’est d’un sot ou d’un insensé. Je laissai donc de Guiche prendre les devants et cheminai avec une sage lenteur, persuadé que j’étais que le malheureux ne serait pas reçu, ou, s’il l’était, tournerait bride au premier coup de boutoir, et que je le verrais revenir encore plus vite qu’il n’était allé, sans avoir été plus loin, moi, que Ris ou Melun, et c’était déjà trop, vous en conviendrez, que onze lieues pour aller et autant pour revenir.

Montalais haussa les épaules.

– Riez tant qu’il vous plaira, mademoiselle; mais si, au lieu d’être carrément assise sur la tablette d’un mur comme vous êtes, vous vous trouviez à cheval sur la branche que voici, vous aspireriez à descendre.

– Un peu de patience, mon cher monsieur Manicamp! un instant est bientôt passé: vous disiez donc que vous aviez dépassé Ris et Melun.

– Oui, j’ai dépassé Ris et Melun; j’ai continué de marcher, toujours étonné de ne point le voir revenir; enfin, me voici à Fontainebleau, je m’informe, je m’enquiers partout de de Guiche; personne ne l’a vu, personne ne lui a parlé dans la ville: il est arrivé au grand galop, est entré dans le château et a disparu. Depuis huit heures du soir, je suis à Fontainebleau, demandant de Guiche à tous les échos; pas de de Guiche. Je meurs d’inquiétude! vous comprenez que je n’ai pas été me jeter dans la gueule du loup, en entrant moi-même au château, comme a fait mon imprudent ami: je suis venu droit aux communs, et je vous ai fait parvenir une lettre. Maintenant, mademoiselle, au nom du Ciel, tirez-moi d’inquiétude.

– Ce ne sera pas difficile, mon cher monsieur Manicamp: votre ami de Guiche a été reçu admirablement.

– Bah!

– Le roi lui a fait fête.

– Le roi, qui l’avait exilé!

– Madame lui a souri; Monsieur paraît l’aimer plus que devant!

– Ah! ah! fit Manicamp, cela m’explique pourquoi et comment il est resté. Et il n’a point parlé de moi?

– Il n’en a pas dit un mot.

– C’est mal à lui. Que fait-il en ce moment?

– Selon toute probabilité, il dort, ou, s’il ne dort pas, il rêve.

– Et qu’a-t-on fait pendant toute la soirée?

– On a dansé.

– Le fameux ballet? Comment a été de Guiche?

– Superbe.

– Ce cher ami! Maintenant, pardon, mademoiselle, mais il me reste à passer de chez moi chez vous.

– Comment cela?

– Vous comprenez: je ne présume pas que l’on m’ouvre la porte du château à cette heure, et, quant à coucher sur cette branche, je le voudrais bien, mais je déclare la chose impossible à tout autre animal qu’un papegai.

– Mais moi, monsieur Manicamp, je ne puis pas comme cela introduire un homme par-dessus un mur?

– Deux, mademoiselle, dit une seconde voix, mais avec un accent si timide, que l’on comprenait que son propriétaire sentait toute l’inconvenance d’une pareille demande.

– Bon Dieu! s’écria Montalais essayant de plonger son regard jusqu’au pied du marronnier; qui me parle?

– Moi, mademoiselle.

– Qui vous?

– Malicorne, votre très humble serviteur.

Et Malicorne, tout en disant ces paroles, se hissa de la tête aux premières branches, et des premières branches à la hauteur du mur.

– M. Malicorne!… Bonté divine! mais vous êtes enragés tous deux!

– Comment vous portez-vous, mademoiselle, demanda Malicorne avec force civilités.

– Celui-là me manquait! s’écria Montalais désespérée.

– Oh! mademoiselle, murmura Malicorne, ne soyez pas si rude, je vous en supplie!

– Enfin, mademoiselle, dit Manicamp, nous sommes vos amis, et l’on ne peut désirer la mort de ses amis. Or, nous laisser passer la nuit où nous sommes, c’est nous condamner à mort.

– Oh! fit Montalais, M. Malicorne est robuste, et il ne mourra pas pour une nuit passée à la belle étoile.

– Mademoiselle!

– Ce sera une juste punition de son escapade.

– Soit! Que Malicorne s’arrange donc comme il voudra avec vous; moi, je passe, dit Manicamp.

Et, courbant cette fameuse branche contre laquelle il avait porté des plaintes si amères, il finit, en s’aidant de ses mains et de ses pieds, par s’asseoir côte à côte de Montalais.

Montalais voulut repousser Manicamp, Manicamp chercha à se maintenir.

Ce conflit, qui dura quelques secondes, eut son côté pittoresque, côté auquel l’œil de M. de Saint-Aignan trouva certainement son compte.

Mais Manicamp l’emporta. Maître de l’échelle, il y posa le pied, puis il offrit galamment la main à son ennemie.

Pendant ce temps, Malicorne s’installait dans le marronnier, à la place qu’avait occupée Manicamp, se promettant en lui-même de lui succéder en celle qu’il occupait.

Manicamp et Montalais descendirent quelques échelons, Manicamp insistant, Montalais riant et se défendant.

On entendit alors la voix de Malicorne qui suppliait.

– Mademoiselle, disait Malicorne, ne m’abandonnez pas, je vous en supplie! Ma position est fausse, et je ne puis sans accident parvenir seul de l’autre côté du mur; que Manicamp déchire ses habits, très bien: il a ceux de M. de Guiche; mais, moi, je n’aurai pas même ceux de Manicamp, puisqu’ils seront déchirés.

– M’est avis, dit Manicamp, sans s’occuper des lamentations de Malicorne, m’est avis que le mieux est que j’aille trouver de Guiche à l’instant même. Plus tard peut-être ne pourrais-je plus pénétrer chez lui.

– C’est mon avis aussi, répliqua Montalais; allez donc, monsieur Manicamp.

– Mille grâces! Au revoir, mademoiselle, dit Manicamp en sautant à terre, on n’est pas plus aimable que vous.

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