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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Monsieur de Manicamp, votre servante; je vais maintenant me débarrasser de M. Malicorne.

Malicorne poussa un soupir.

– Allez, allez, continua Montalais.

Manicamp fit quelques pas; puis, revenant au pied de l’échelle:

– À propos, mademoiselle, dit-il, par où va-t-on chez M. de Guiche?

– Ah! c’est vrai… Rien de plus simple. Vous suivez la charmille…

– Oh! très bien.

– Vous arrivez au carrefour vert.

– Bon!

– Vous y trouvez quatre allées…

– À merveille.

– Vous en prenez une…

– Laquelle?

– Celle de droite.

– Celle de droite?

– Non, celle de gauche.

– Ah! diable!

– Non, non… attendez donc…

– Vous ne paraissez pas très sûre. Remémorez-vous, je vous prie, mademoiselle.

– Celle du milieu.

– Il y en a quatre.

– C’est vrai. Tout ce que je sais, c’est que, sur les quatre, il y en a une qui mène tout droit chez Madame; celle-là, je la connais.

– Mais M. de Guiche n’est point chez Madame, n’est-ce pas?

– Dieu merci! non.

– Celle qui mène chez Madame m’est donc inutile, et je désirerais la troquer contre celle qui mène chez M. de Guiche.

– Oui, certainement, celle-là, je la connais aussi; mais quant à l’indiquer ici, la chose me paraît impossible.

– Mais, enfin, mademoiselle, supposons que j’aie trouvé cette bienheureuse allée.

– Alors, vous êtes arrivé.

– Bien.

– Oui, vous n’avez plus à traverser que le labyrinthe.

– Plus que cela? Diable! il y a donc un labyrinthe?

– Assez compliqué, oui; le jour même, on s’y trompe parfois; ce sont des tours et des détours sans fin; il faut d’abord faire trois tours à droite, puis deux tours à gauche, puis un tour… Est-ce un tour ou deux tours? Attendez donc! Enfin, en sortant du labyrinthe, vous trouvez une allée de sycomores, et cette allée de sycomores vous conduit droit au pavillon qu’habite M. de Guiche.

– Mademoiselle, dit Manicamp, voilà une admirable indication, et je ne doute pas que, guidé par elle, je ne me perde à l’instant même. J’ai, en conséquence, un petit service à vous demander.

– Lequel?

– C’est de m’offrir votre bras et de me guider vous-même comme une autre… comme une autre… Je savais cependant ma mythologie, mademoiselle; mais la gravité des événements me l’a fait oublier. Venez donc, je vous en supplie.

– Et moi! s’écria Malicorne, et moi, l’on m’abandonne donc!

– Eh! monsieur, impossible!… dit Montalais à Manicamp; on peut me voir avec vous à une pareille heure, et jugez donc ce que l’on dira.

– Vous aurez votre conscience pour vous, mademoiselle, dit sentencieusement Manicamp.

– Impossible, monsieur, impossible!

– Alors, laissez-moi aider Malicorne à descendre; c’est un garçon très intelligent et qui a beaucoup de flair; il me guidera, et, si nous nous perdons, nous nous perdrons à deux et nous nous sauverons l’un et l’autre. À deux, si nous sommes rencontrés, nous aurons l’air de quelque chose; tandis que, seul, j’aurais l’air d’un amant ou d’un voleur. Venez, Malicorne, voici l’échelle.

– Monsieur Malicorne, s’écria Montalais, je vous défends de quitter votre arbre, et cela sous peine d’encourir toute ma colère.

Malicorne avait déjà allongé vers le faîte du mur une jambe qu’il retira tristement.

– Chut! dit tout bas Manicamp.

– Qu’y a-t-il? demanda Montalais.

– J’entends des pas.

– Oh! mon Dieu!

En effet, les pas soupçonnés devinrent un bruit manifeste, le feuillage s’ouvrit, et de Saint-Aignan parut, l’œil riant et la main tendue, surprenant chacun dans la position où il était: c’est-à-dire Malicorne sur son arbre et le cou tendu, Montalais sur son échelon et collée à l’échelle, Manicamp à terre et le pied en avant, prêt à se mettre en route.

– Eh! bonsoir, Manicamp, dit le comte, soyez le bienvenu, cher ami; vous nous manquiez ce soir, et l’on vous demandait. Mademoiselle de Montalais, votre… très humble serviteur!

Montalais rougit.

– Ah! mon Dieu! balbutia-t-elle en cachant sa tête dans ses deux mains.

– Mademoiselle, dit de Saint-Aignan, rassurez-vous, je connais toute votre innocence et j’en rendrai bon compte. Manicamp, suivez-moi. Charmille, carrefour et labyrinthe me connaissent; je serai votre Ariane. Hein! voilà votre nom mythologique retrouvé.

– C’est ma foi! vrai, comte, merci!

– Mais, par la même occasion, comte, dit Montalais, emmenez aussi M. Malicorne.

– Non pas, non pas, dit Malicorne. M. Manicamp a causé avec vous tant qu’il a voulu; à mon tour, s’il vous plaît, mademoiselle; j’ai, de mon côté, une multitude de choses à vous dire concernant notre avenir.

– Vous entendez, dit le comte en riant; demeurez avec lui, mademoiselle. Ne savez-vous pas que cette nuit est la nuit aux secrets?

Et, prenant le bras de Manicamp, le comte l’emmena d’un pas rapide dans la direction du chemin que Montalais connaissait si bien et indiquait si mal.

Montalais les suivit des yeux aussi longtemps qu’elle put les apercevoir.

Chapitre CXXIV – Comment Malicorne avait été délogé de l’hôtel du Beau-Paon

Pendant que Montalais suivait des yeux le comte et Manicamp, Malicorne avait profité de la distraction de la jeune fille pour se faire une position plus tolérable.

Quand elle se retourna, cette différence qui s’était faite dans la position de Malicorne frappa donc immédiatement ses yeux.

Malicorne était assis comme une manière de singe, le derrière sur le mur, les pieds sur le premier échelon.

Les pampres sauvages et les chèvrefeuilles le coiffaient comme un faune, les torsades de la vigne vierge figuraient assez bien ses pieds de bouc.

Quant à Montalais, rien ne lui manquait pour qu’on pût la prendre pour une dryade accomplie.

– Oh! dit-elle en remontant un échelon, me rendez-vous malheureuse, me persécutez-vous assez, tyran que vous êtes!

– Moi? fit Malicorne, moi, un tyran?

– Oui, vous me compromettez sans cesse, monsieur Malicorne; vous êtes un monstre de méchanceté.

– Moi?

– Qu’aviez-vous à faire à Fontainebleau? Dites! est-ce que votre domicile n’est point à Orléans?

– Ce que j’ai à faire ici, demandez-vous? Mais j’ai affaire de vous voir.

– Ah! la belle nécessité.

– Pas pour vous, peut-être, mademoiselle, mais bien certainement pour moi. Quant à mon domicile, vous savez bien que je l’ai abandonné, et que je n’ai plus dans l’avenir d’autre domicile que celui que vous avez vous-même. Donc, votre domicile étant pour le moment à Fontainebleau, à Fontainebleau je suis venu.

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