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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Ohimé! comme disait M. le cardinal.

– Le roi était précisément caché dans le massif le plus voisin du chêne royal.

– Il en résulte, dit Malicorne, que dorénavant le plan du roi et de Madame va marcher sur des roulettes, en passant sur le corps du pauvre Bragelonne.

– Vous l’avez dit.

– C’est affreux.

– C’est comme cela.

– Ma foi! dit Malicorne après une minute de silence donnée à la méditation, entre un gros chêne et un grand roi, ne mettons pas notre pauvre personne, nous y serions broyés, ma mie.

– C’est ce que je voulais vous dire.

– Songeons à nous.

– C’est ce que je pensais.

– Ouvrez donc vos jolis yeux.

– Et vous, vos grandes oreilles.

– Approchez votre petite bouche pour un bon gros baiser.

– Voici, dit Montalais, qui paya sur-le-champ en espèces sonnantes.

– Maintenant, voyons. Voici M. de Guiche qui aime Madame; voilà La Vallière qui aime le roi; voilà le roi qui aime Madame et La Vallière; voilà Monsieur qui n’aime personne que lui. Entre toutes ces amours, un imbécile ferait sa fortune, à plus forte raison des personnes de sens comme nous.

– Vous voilà encore avec vos rêves.

– C’est-à-dire avec mes réalités. Laissez-vous conduire par moi, ma mie, vous ne vous en êtes pas trop mal trouvée jusqu’à présent, n’est-ce pas?

– Non.

– Eh bien! l’avenir vous répond du passé. Seulement, puisque chacun pense à soi ici, pensons à nous.

– C’est trop juste.

– Mais à nous seuls.

– Soit!

– Alliance offensive et défensive!

– Je suis prête à la jurer.

– Étendez la main; c’est cela: Tout pour Malicorne!

– Tout pour Malicorne!

– Tout pour Montalais! répondit Malicorne en étendant la main à son tour.

– Maintenant, que faut-il faire?

– Avoir incessamment les yeux ouverts, les oreilles ouvertes, amasser des armes contre les autres, n’en jamais laisser traîner qui puissent servir contre nous-mêmes.

– Convenu.

– Arrêté.

– Juré. Et maintenant que le pacte est fait, adieu.

– Comment, adieu?

– Sans doute. Retournez à votre auberge.

– À mon auberge?

– Oui; n’êtes-vous pas logé à l’auberge du Beau-Paon?

– Montalais! Montalais! vous le voyez bien, que vous connaissiez ma présence à Fontainebleau.

– Qu’est-ce que cela prouve? Qu’on s’occupe de vous au-delà de vos mérites, ingrat!

– Hum!

– Retournez donc au Beau-Paon.

– Eh bien! voilà justement!

– Quoi?

– C’est devenu chose impossible.

– N’aviez-vous point une chambre?

– Oui, mais je ne l’ai plus.

– Vous ne l’avez plus? et qui vous l’a prise?

– Attendez… Tantôt je revenais de courir après vous, j’arrive tout essoufflé à l’hôtel, lorsque j’aperçois une civière sur laquelle quatre paysans apportaient un moine malade.

– Un moine?

– Oui, un vieux franciscain à barbe grise. Comme je regardais ce moine malade, on l’entre dans l’auberge. Comme on lui faisait monter l’escalier, je le suis, et, comme j’arrive au haut de l’escalier, je m’aperçois qu’on le fait entrer dans ma chambre.

– Dans votre chambre?

– Oui, dans ma propre chambre. Je crois que c’est une erreur, j’interpelle l’hôte: l’hôte me déclare que la chambre louée par moi depuis huit jours était louée à ce franciscain pour le neuvième.

– Oh! oh!

– C’est justement ce que je fis: Oh! oh! Je fis même plus encore, je voulus me fâcher. Je remontai. Je m’adressai au franciscain lui-même. Je voulus lui remontrer l’inconvenance de son procédé; mais ce moine, tout moribond qu’il paraissait être, se souleva sur son coude, fixa sur moi deux yeux flamboyants, et, d’une voix qui eût avantageusement commandé une charge de cavalerie: «Jetez-moi ce drôle à la porte», dit-il. Ce qui fut à l’instant même exécuté par l’hôte et par les quatre porteurs, qui me firent descendre l’escalier un peu plus vite qu’il n’était convenable Voilà comment il se fait, ma mie, que je n’ai plus de gîte.

– Mais qu’est-ce que c’est que ce franciscain? demanda Montalais. C’est donc un général?

– Justement; il me semble que c’est là le titre qu’un des porteurs lui a donné en lui parlant à demi-voix.

– De sorte que?… dit Montalais.

– De sorte que je n’ai plus de chambre, plus d’auberge, plus de gîte, et que je suis aussi décidé que l’était tout à l’heure mon ami Manicamp à ne pas coucher dehors.

– Comment faire? s’écria Montalais.

– Voilà! dit Malicorne.

– Mais rien de plus simple, dit une troisième voix.

Montalais et Malicorne poussèrent un cri simultané.

De Saint-Aignan parut.

– Cher monsieur Malicorne, dit de Saint-Aignan, un heureux hasard me ramène ici pour vous tirer d’embarras. Venez, je vous offre une chambre chez moi, et celle-là, je vous le jure, nul franciscain ne vous l’ôtera. Quant à vous, ma chère demoiselle, rassurez-vous; j’ai déjà le secret de Mlle de La Vallière, celui de Mlle de Tonnay-Charente; vous venez d’avoir la bonté de me confier le vôtre, merci: j’en garderai aussi bien trois qu’un seul.

Malicorne et Montalais se regardèrent comme deux écoliers pris en maraude; mais, comme au bout du compte Malicorne voyait un grand avantage dans la proposition qui lui était faite, il fit à Montalais un signe de résignation que celle-ci lui rendit.

Puis Malicorne descendit l’échelle échelon par échelon, réfléchissant à chaque degré au moyen d’arracher bribe par bribe à M. de Saint-Aignan tout ce qu’il pourrait savoir sur le fameux secret.

Montalais était déjà partie légère comme une biche, et ni carrefour ni labyrinthe n’eurent le pouvoir de la tromper.

Quant à de Saint-Aignan, il ramena en effet Malicorne chez lui, en lui faisant mille politesses, enchanté qu’il était de tenir sous sa main les deux hommes qui, en supposant que de Guiche restât muet, pouvaient le mieux renseigner sur le compte des filles d’honneur.

Chapitre CXXV – Ce qui s’était passé en réalité à l’auberge du Beau-Paon

D’abord, donnons à nos lecteurs quelques détails sur l’auberge du Beau-Paon; puis nous passerons au signalement des voyageurs qui l’habitaient.

L’auberge du Beau-Paon, comme toute auberge, devait son nom à son enseigne. Cette enseigne représentait un paon qui faisait la roue.

Seulement, à l’instar de quelques peintres qui ont donné la figure d’un joli garçon au serpent qui tente Ève, le peintre de l’enseigne avait donné au beau paon une figure de femme.

Cette auberge, épigramme vivante contre cette moitié du genre humain qui fait le charme de la vie, dit M. Legouvé, s’élevait à Fontainebleau dans la première rue latérale de gauche, laquelle coupait, en venant de Paris, cette grande artère qui forme à elle seule la ville tout entière de Fontainebleau.

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