Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Mais le fonctionnaire civil fit un bond de fureur et il enjoignit au garde champêtre de déculotter notre ancêtre. Ce qui fut fait au milieu des paroissiens égayés.
Alors le curé écrivit à l’évêque, l’évêque au conservateur. Ce dernier ne céda pas.
Mais voici qu’une retraite allait être prêchée dans le village en l’honneur d’un saint guérisseur dont la statue miraculeuse était exposée dans le chœur de l’église ; et cette fois le curé ne pouvait supporter l’idée que toutes les populations accourues des quatre coins du département défileraient en procession sous notre impudique aïeul de pierre.
Il en maigrissait d’inquiétude : il implorait une illumination du ciel. Le ciel l’éclaira, mais mal.
Une nuit, un habitant voisin de l’église fut réveillé par un bruit singulier. Il écouta. C’étaient des coups violents, vibrants. Les chiens hurlaient aux environs. L’homme se leva, prit un fusil, sortit. Devant l’église un groupe singulier s’agitait ; et une lueur de lanterne semblait éclairer une tentative d’escalade, ou plutôt d’effraction, car les coups indiquaient bien qu’on essayait de fracturer la porte. Pour voler le tronc des pauvres, sans doute, et les ornements d’autel.
Épouvanté, mais timide, le voisin courut chez le maire ; celui-ci fit prévenir les adjoints, qui s’armèrent et réquisitionnèrent les pompiers. Les valets de ferme se joignirent à leurs maîtres, et la troupe, hérissée de faux, de fourches et d’armes à feu, s’avança prudemment en opérant un mouvement tournant.
Les voleurs étaient encore là. La porte résistait sans doute. Avec mille précautions, les défenseurs de l’ordre se glissèrent le long du monument ; et soudain le maure, qui marchait le dernier, cria d’une voix furieuse : « En avant ! Saisissez-les ! »
Les pompiers s’élancèrent… et ils aperçurent, grimpés sur deux chaises, le curé et sa servante en train d’amoindrir Adam.
La servante, en jupon, tenait à deux mains sa lanterne, tandis que le prêtre frappait à tour de bras sur la pierre dure qui céda, tout juste à ce moment.
"Au nom de la loi, je vous arrête !" hurla l’officier de l’état civil, et il entraîna l’ecclésiastique désespéré et la bonne éplorée, tandis que le garde champêtre ramassait, comme pièces à conviction, le morceau que venait de perdre le générateur du genre humain, plus la lanterne et le marteau.
De longues entrevues eurent lieu entre l’évêque et un préfet conciliant pour étouffer cette grave affaire.
Autre conflit.
Plusieurs journaux plaçaient dernièrement sous nos yeux la lettre indignée d’un brave curé à l’instituteur de son pays, pour sommer ce maître d’école de déclarer si oui ou non, il avait traité l’Histoire sainte de blagues.
Les journaux religieux se sont fâchés, les journaux libéraux ont argumenté doctoralement.
Or, la question me paraît délicate et difficile.
D’après la nouvelle loi, il semble interdit aux instituteurs d’enseigner l’Histoire sainte. Qui donc l’enseignera ? — Personne. — Alors, les enfants ne la sauront jamais.
Mais si l’instituteur est autorisé à exposer les aventures de ce recueil d’anecdotes merveilleuses qu’on appelle l’Ancien Testament, peut-on exiger qu’il donne comme articles de foi la création du monde en six jours, l’arrêt du soleil par Josué, la destruction musicale des murs de Jéricho, la promenade de Jonas dans l’intérieur mystérieux d’une baleine, etc. ?
Quand il apprendra aux futurs électeurs à ne pas croire aux baguettes de coudrier des sorciers, leur racontera-t-il le miracle à la Rambuteau de Moïse produisant de l’eau par un moyen qui, aux termes de la Bible, ne semble guère anormal ? S’il doit affirmer que Mme Loth fut changée en statue de sel, comment lui défendra-t-on de certifier énergiquement l’absolue authenticité des métamorphoses racontées par Ovide ? S’il met l’Histoire sainte au même rang que la mythologie ; s’il appelle l’une "le Récit des fables sacrées de l’Église chrétienne" et l’autre "le Récit des fables sacrées du paganisme", pourra-t-on le blâmer, le réprimander ?
Je vous le dis, en vérité, d’un bout à l’autre de la France, en ce moment, surgissent des conflits ineffables.
Et comme on voudrait entendre les arguments qu’échangent avec leurs partisans et leurs adversaires, le soir, dans le jardin de l’école ou sous le berceau du presbytère, ces inapaisables rivaux !
Et on prétend qu’il n’y a plus de ces bons et braves domestiques d’autrefois, dévoués au maître, prêts à mourir pour lui, gardiens de ses intérêts, faisant corps avec la famille ! Mais le procès dit « des deux duchesses » vient de nous révéler une invraisemblable collection de ces domestiques modèles.
Où donc M. le duc de Chaulnes a-t-il pu découvrir cette légion de valets incorruptibles et vertueux, oh ! Mais là, vertueux à rendre des points aux muets de Turquie.
Enfoncés, les légendaires eunuques ! Les larbins du château de Sablé les laissent loin, et on affirme que le Grand Turc vient d’écrire à Mme la duchesse de Chevreuse pour lui proposer un échange.
Où sont les souples valets de Molière ; et Scapin, et tous ses frères si subtils, rusés, joyeux, toujours prêts à ouvrir aux galants les portes secrètes, et contents, comme il convient, quand le maître se trouvait dandinisé à outrance.
Ceux de Sablé ont l’air de sortir d’une pièce honnête de M. Scribe (avez-vous remarqué que Scribe reste « monsieur » après sa mort ?) ; ils ont des sentiments honnêtes à revendre, et même de l’héroïsme à profusion.
Ils s’aperçoivent qu’un étranger pénètre mystérieusement dans le manoir, et ils s’en vont, à deux, en grande cérémonie, trouver le seigneur qui se couche : « Monsieur le duc, disent-ils ensemble, il y a un voleur dans le château. »
Un voleur ! Que de délicatesse, de finesse, de savoir-vivre, de discrétion pour des valets !
Le lendemain, ce qu’on suppose être l’invisible et nocturne visiteur s’est présenté en face du pont-levis (il doit y avoir un pont-levis dans ce drame), avec un revolver à la main (j’aimerais mieux une arquebuse).
Et aussitôt un serviteur magnanime se jette à sa rencontre et l’arrête.
Une autre fois, c’est un garde qui brave stoïquement l’arme du séducteur supposé.
Celui-ci, selon l’affirmation des domestiques, ne marche plus que le pistolet au poing ; et l’armée des valets fidèles se jette chaque fois à sa rencontre.
Nous sommes en pleine chevalerie. C’est vraiment trop beau. Ce n’est pas tout.
Une autre fois, la jeune femme soupçonnée trouve dans un jardin public un homme qu’elle connaît, et se met à causer. Aussitôt les deux nourrices, saisies d’indignation, déposent leurs nourrissons et leurs tabliers sur un banc, referment leur corsage, et déclarent y qu’elles se retirent.
Et elles s’en vont, toutes les deux, en cadence, comme dans le divertissement de M. de Pourceaugnac.
Jamais, non jamais tant de dévouement ne s’est rencontré dans des âmes aussi vulgaires… Il est vrai que le maître allait mourir… et… il serait peut-être intéressant de savoir si quelque clause du testament n’a pas récompensé une conduite si méritoire.
Mais non, sans doute ; n’effleurons pas d’un soupçon ces honnêtes gens.
Plus de dix mille maris ont déjà écrit au château de Sablé et se sont fait inscrire pour tâcher d’obtenir un de ces serviteurs modèles, ou, du moins, un petit de la race.
Il est un autre moyen pour s’en procurer d’aussi précieux.
Nous recevons de temps en temps les lettres-réclames d’habiles industriels qui se chargent, en promettant une impénétrable discrétion, de faire surveiller, jour par jour, heure par heure, les gens dont nous avons intérêt à surprendre les moindres actions.