Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Passons aux autres bêtes.
Les chiennes et les chattes aiment si violemment leurs rejetons que si on détruit les portées entières, elles refusent la plupart du temps de manger et meurent de désespoir.
J’ai vu, moi, les deux faits suivants :
Une chienne qui avait mis bas dans une partie de chasse à six lieues de sa maison, a été laissée par son maître chez le garde, avec deux petits, pour ne la point fatiguer par cette longue route.
Le lendemain on la trouva dans sa niche avec ses deux chiens. Elle avait donc fait deux voyages, aller et retour, pour les apporter chez elle, l’un après l’autre : soit vingt-quatre lieues dans la nuit.
Une autre, dont on avait enterré tous les descendants, loin du logis, dans un bois, a disparu soudain. Trois jours après, on la retrouva morte auprès de ses petits qu’elle avait déterrés.
La plupart des oiseaux se laissent tuer plutôt que de quitter leur nid.
On prétend que les lapines mangent leurs petits. Rouvrons la Maison rustique, et nous apprendrons que la lapine ne détruit jamais sa portée quand on lui laisse un coin pour la cacher. Un trou, une simple planche, suffisent. C’est donc l’excès d’amour maternel qui les porte à ce crime. Pareilles aux antiques Romaines, elles aiment mieux voir leurs enfants morts qu’esclaves. Elles ne cherchent qu’à les soustraire aux regards de l’homme.
Revenons à l’humanité.
Ouvrons les journaux.
Tous les jours des infanticides, tous les jours des petits êtres trouvés au coin des bornes, au fond des fleuves, le long des fossés, dans les égouts et dans ces réservoirs souterrains que dessèchent ces pompiers de la nuit que je n’ose pas nommer par peur d’être traité de naturaliste. Et les magistrats affirment avec raison qu’on ne découvre pas deux de ces crimes sur dix commis. Or, une loi terrible les punit. Supprimez cette loi et laissez la femme livrée au seul amour maternel et vous aurez bientôt un tel massacre de nouveau-nés que l’humanité disparaîtra.
D’ailleurs, la nécessité d’une législation aussi rigoureuse prouve surabondamment la fréquence du forfait.
En vérité, je crois qu’il est inutile d’insister pour prouver que l’instinct maternel est sensiblement plus vif chez la bête que chez la femme, et que l’infanticide apparaît infiniment plus fréquent chez celle-ci que chez celle-là.
Voici ce que je viens de lire en des mémoires qui datent de la fin du siècle dernier.
« Se peut-il que tant de sages, de savants, de penseurs, de philosophes aient en vain vécu, médité, prouvé de grandes vérités ?
« L’homme aveugle ne voit pas, n’écoute pas, ne comprend pas. Aujourd’hui que la raison nous éclaire, on voit encore des sauvages assez ignorants des lois de la philosophie pour dénouer leurs querelles dans le sang.
« On voit le zèle fanatique de la religion exciter le frères à s’entre-tuer.
« On voit des hommes assez méchants encore pour prêcher la haine et la discorde. »
Or, en cette bonne année 1881–1882, nous avons assisté à près de deux cents duels, provoqués la plupart du temps, non par des brutalités, des voies de fait, d’anciennes et invincibles rivalités, mais par de simples polémiques, c’est-à-dire par des divergences d’opinion.
Nous avons assisté à des massacres religieux aussi terribles que la Saint-Barthélemy.
Et, en pleine chaire de Notre-Dame, on a osé, sans que l’assistance tout entière se levât pour protester, faire l’apologie de l’Inquisition !
Ça va, le progrès, ça va !
Je me permets enfin de signaler aux dignes législateurs qui s’occupent en ce moment de sauver la morale et de préparer la loi vengeresse des mœurs, destinée à anéantir les impudiques écrivains, le savant ouvrage de Molmenti, sur la vie privée à Venise, et même, s’ils tiennent à remonter aux sources, je leur citerai Galliccioli.
Ils apprendront là qu’en cette charmante ville des arts et de l’intelligence, Venise, on poussait le scrupule moins loin qu’à Paris en 1882.
Car, en 1458, l’autorité, remarquant que la galanterie diminuait, que les femmes étaient négligées pour d’autres plaisirs, considérant que l’amour est un devoir, une nécessité et même une obligation pour les citoyens, chercha les moyens de raviver les ardeurs de ce peuple déjà blasé.
(Considérez aussi, messieurs les législateurs, que les femmes, aujourd’hui comme alors, sont fort négligées, que les concours hippiques, les tripots et cercles, et mille autres occupations dangereuses éloignent les hommes de la galanterie.)
Donc, l’autorité vénitienne invita les dames à se décolleter dans la rue, le plus bas possible, à montrer leurs bras et leur poitrine entière.
Ce moyen, bien qu’énergique, ne suffit pas. Alors les législateurs du temps enjoignirent aux filles publiques de laisser pendre par leurs fenêtres leurs jambes nues sur les passants ! ! !
Oh alors !
Voyons, messieurs les sénateurs, messieurs les députés, serez-vous moins libéraux que vos grands prédécesseurs ?
Voyons, voyons, introduisez chez nous cette ancienne et séduisante coutume !
Mais vous ne le ferez pas, Tartufes !
Puisque le temps est au reportage, puisqu’on veut savoir, avant de connaître la valeur d’un homme, comment sont ses traits, sa taille, ses mœurs, ses manières, puisqu’on s’intéresse plus au renseignement qu’à l’œuvre, je vais essayer de faire quelques rapides portraits d’écrivains, en indiquant seulement l’allure et la tendance de leurs ouvrages.
Pâle, assez grand, assez maigre, aux allures de myope qui semble timide, imberbe, les joues un peu creuses, et lisses comme toute chair où la barbe n’a point germé, avec un air rêveur et doux, presque maladif, Paul Bourget, que ses remarquables articles d’analyse littéraire et philosophique ont fait depuis longtemps connaître des lettrés, est un des jeunes gens en qui se fonde l’espoir de la littérature.
Fort élégant sans qu’on le remarque et presque sans qu’on s’en doute, amoureux des finesses et des subtilités, plus sensible à la pensée ingénieuse qu’à l’image vive, séduit jusqu’à l’extase par le charme des femmes, tout enveloppé de leur molle séduction, livré sans résistance à leur influence morale, à la douceur de leur bavardage et de leurs gentillesses, et de leurs affinements d’esprit bien plutôt que captivé par le désir de leur personne, sentimental et non passionné, délicat surtout, il est un des causeurs les plus charmants, les plus variés, les plus aigus et les plus profonds qui soient aujourd’hui Ergoteur, abstracteur de quintessence, démonteur de doctrines, byzantin, croyant vague, de cette race de croyants par instinct à laquelle appartient ce charmeur, M. Renan, ennemi des théories violentes et radicales, pacifique d’idées autant que de mœurs, il fait son grand bonheur de la contemplation presque désintéressée des hommes, des choses, des pensées et des arts.
Artiste, s’il aime produire, il doit préférer comprendre, interpréter et démontrer, et il saisit les nuances les plus fines, les intentions les plus voilées, qu’il expose avec une rare clarté de langage, une singulière justesse de mots, un vrai tempérament de parleur, et un geste fréquent de la main, une main longue aux doigts secs, une main de jeune professeur.
Féminin, byronien, un peu de la famille des désespérés heureux de vivre, il vient de publier un très remarquable recueil de vers tout inspiré par les femmes, rimé surtout pour les femmes, mélancolique et raffiné, une sorte de murmure de poésie fait avec des choses intimes.
L’amour est le thème presque constant des pièces l’amour rêveur et tendre, l’amour flottant dans les brises, dans les aurores et les crépuscules.