Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Quand on me dit : « Raoul était un misérable », je ne m’émeus point, mais je tressaille si je vois ce Raoul se conduire comme un misérable.
Chez le romancier, le philosophe doit être voilé.
Le romancier ne doit pas plaider, ni bavarder, ni expliquer. Les faits et les personnages seuls doivent parler. Et le romancier n’a pas à conclure ; cela appartient au lecteur.
Cette question d’art, très confuse en beaucoup d’esprits, donnerait peut-être l’explication de bien des haines littéraires. Il est des gens qui ne peuvent comprendre que si on leur dit : « La pauvre femme était bien malheureuse », ceux-là ne pénétreront jamais les grands artistes dont la mystérieuse puissance est tout intentionnelle, et sobre de commentaires. L’œuvre porte leur indéniable marque par sa matière et sa contexture ; mais jamais on ne voit surgir leur opinion, ni leurs desseins profonds s’expliquer par des raisonnements. Et quand ils décrivent, on dirait que les faits, les objets, les paysages se dressent, parlent, et se racontent eux-mêmes ; car il faut une géniale et tout originale impersonnalité pour être un romancier vraiment personnel et grand.
Laissons cette question qui demanderait à elle seule un volume de développements. Je me suis laissé prendre par une phrase au lieu de parler uniquement, comme je le voulais faire, du très remarquable volume de Jean Richepin. La première œuvre, Sœur Doctrouvé, est la simple et poignante histoire d’une pauvre fille de noble famille qui se sacrifie à son nom, laisse à son frère sa part d’héritage, et entre au cloître à l’heure du premier frisson des sens. Faite pour l’amour, elle devient bientôt une sorte d’extatique, d’exaltée volontaire, sauvagement religieuse ; mais voilà qu’elle apprend soudain le mariage de ce frère chéri avec la fille, deux fois millionnaire, d’un banquier juif ; et tout s’écroule en elle, tout, jusqu’à sa croyance en Dieu ; et elle meurt désespérée, victime de son héroïque et inutile sacrifice. Sobre et puissante, cette nouvelle fait froid au cœur dans sa vérité nue.
Le second récit, M. Destremeaux, est la curieuse histoire d’un pauvre clown enrichi qui devient amoureux d’une jeune fille, et, ruiné soudain à la veille du mariage, s’éloigne en demandant trois ans pour refaire sa fortune détruite.
Il réussit. Mais, aveuglé par l’amour, il n’avait point révélé au père de sa fiancée l’humiliante profession d’où venait son argent.
Alors, au moment de s’emparer du bonheur promis, il se confesse dans une longue et fort belle lettre, pleine d’orgueil et d’humilité, mais la famille indignée le repousse.
Puis, un soir, comme la jeune fille, maintenant mariée, assistait aux divertissements du cirque, elle le reconnaît au moment où il va exécuter un saut vertigineux. Elle pousse un cri ; il la voit, jette un baiser de son côté et, s’élançant dans le vide, vient se briser la tête à ses pieds.
J’aime moins le troisième conte : Une Histoire de l’Autre Monde. Mais, j’ai ce défaut, car ce doit être un défaut, d’être rebelle aux extraordinaires aventures qui me laissent le seul étonnement qu’on ait pu imaginer des choses aussi invraisemblables.
Le volume se termine par un remarquable roman historique, qui est vrai dans le fond, bien que surprenant, car les personnages s’appellent les Borgia.
C’est le récit des débuts du fameux César Borgia, ce fils de pape qui, amant de sa sueur Lucrèce, fut le rival de son père, et l’assassin de son frère, et bien autre chose encore.
Cette épouvantable histoire, racontée sur un ton tranquille d’historien et de romancier qui regarde avec intérêt ces êtres singuliers, prend une intensité naturelle dans les faits mêmes. Et c’est là, à mon humble avis, le plus excellent morceau du livre nouveau de Jean Richepin.
Depuis la bruyante expulsion des moines, nous sommes entrés dans l’ère des conflits entre l’autorité civile et la domination ecclésiastique. Tantôt les départements stupéfaits assistent au duel héroïque du préfet et de l’évêque, tantôt la France entière reste béante devant le combat singulier d’un ministre et d’un cardinal.
Mais les conflits entre les deux pouvoirs qui se partageaient jusqu’ici le pays prennent un intérêt tout particulier quand ils se produisent entre un simple maire et un humble curé ; entre un Frère et un instituteur. Alors on assiste vraiment à des luttes désopilantes, toute question de foi mise de côté et respectée.
On citait l’autre jour en ce journal un article de M. Henri Rochefort, à propos de la nouvelle loi contre les écrits immoraux, loi qui met des foudres rechargées entre les mains de tous les Pinard et de tous les Bétolaud de l’avenir ; et à ce propos, le mordant écrivain rappelait que beaucoup de monuments ont été mutilés par le zèle aveugle d’ecclésiastiques férocement honnêtes. Je lui dédie l’histoire suivante, vraie en tous points, mais ancienne déjà.
Un petit village normand possédait une église très vieille et classée parmi les monuments historiques. Seul, le conservateur desdits monuments pouvait donc autoriser les modifications ou réparations.
Non pas qu’on respecte beaucoup les monuments historiques quand ces monuments sont religieux. L’église romane d’Étretat, par exemple, est agrémentée aujourd’hui de peintures et de vitraux à faire aboyer tous les artistes, et les hideuses ornementations du style jésuite ont gâté à tout jamais une foule de remarquables édifices.
La petite église dont je parle possédait un portail sculpté, un de ces portails en demi-cercle où la fantaisie libre d’artistes naïfs a gravé des scènes bibliques dans leur simplicité et leur nudité premières.
Au centre, comme figure principale, Adam offrait à Ève ses hommages. Notre père à tous se dressait dans le costume originel, et Ève, soumise comme doit l’être toute épouse, recevait avec abandon les faveurs de son seigneur.
D’eux sortaient, comme un double fleuve, les générations humaines, les hommes s’écoulant d’Adam et les femmes de la mère Ève.
Or, ce village était administré par un curé fort honnête homme, mais dont la pudeur saignait chaque fois qu’il lui fallait passer devant ce groupe trop naturel. Il souffrit d’abord en silence, ulcéré jusqu’à l’âme. Mais que faire ?
Un matin, comme il venait de dire la messe, deux étrangers, deux voyageurs, arrêtés devant le porche de l’édifice, se mirent à rire en le voyant sortir.
L’un d’eux même lui demanda : "C’est votre enseigne monsieur le curé ?" Et il montrait nos antiques parents éternellement immobiles en leur libre attitude.
Le prêtre s’enfuit, humilié jusqu’aux larmes, blessé jusqu’au cœur, se disant qu’en effet son église portait au front un emblème de honte, comme un mauvais lieu.
Et il alla trouver le maire, qui dirigeait le conseil de fabrique. Ce maire était libre penseur.
Je laisse à deviner quels furent les arguments du prêtre et les réponses du citoyen.
Éperdu, l’ecclésiastique implorait, suppliait, pour que l’autorité civile permît seulement qu’on diminuât un peu notre père Adam, rien qu’un peu, une simple modification à la turque. Cela ne gâterait rien, au contraire. Le conservateur des monuments historiques n’y verrait que du feu, d’ailleurs. Le maire fut inflexible, et il congédia le desservant en le traitant de rétrograde.
Le dimanche suivant, la population stupéfaite s’aperçut qu’Adam portait un pantalon. Oui, un pantalon de drap, ajusté avec soin au moyen de cire à cacheter. De la sorte, le monument et le premier homme restaient intacts, et la pudeur était sauve.