La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville
- Автор: Bretonne Nicolas-Edme Retif de la
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Paysanne Pervertie ou Les Dangers De La Ville». Краткое содержание книги:
Mais en même temps, que tout ce qu’il y a de plus coquet, de plus provocant fasse ressortir vos appas: la propreté, la coiffure, la chaussure, que rien de tout cela ne soit négligé. Évitez, dans votre parure, que rien n’approche de notre sexe: cela tribadise une femme, et la rend hommasse, ou mesquine. C’est une détestable mode qui prend depuis quelque temps; les femmes baissent leur chaussure, les hommes haussent. la leur; ils vont se ressembler: roidissez-vous contre cet abus, et conservez leur sexe à vos cheveux, à vos robes, à vos chaussures. Prenez garde à vos ouvrières. Celles pour femmes sont pour la plupart des machines, et ont moins de goût que les ouvriers pour hommes, ou que les hommes qui travaillent pour des femmes; cela est tout simple: c’est que les femmes ne sentent rien pour leur sexe; un homme au contraire, s’il n’est bûche, sent tout ce qui doit rendre une femme provocante, et il tâche de le donner. N’ayez rien sur vous, qui n’ait l’empreinte de votre génie; faites défaire, tant qu’il faudra, et donnez à cette importante affaire tout le temps que vous pourrez. La raison de ce conseil est prise dans les mœurs et le goût de notre siècle: la façon de penser y est telle que souvent la mise l’emporte sur la beauté. Les goûts, même en amour, y sont tellement factices, qu’au bout d’un temps, ce qui avait d’abord déplu dans les modes, inspire au même homme les plus violents désirs. Ceci doit vous servir de règle, dans votre façon de vous mettre. Il faut suivre les modes, quelque extravagantes qu’elles paraissent: parce qu’elles donnent un certain prix à la laideur même, et qu’elles rendent la beauté extasiante. Mais en même temps, perfectionnez-les; ayez toujours l’attention de ramener leurs formes au vrai beau: ce qui est très facile; la mode la plus bizarre ayant sûrement été à quelque belle. Ne l’adoptez pas en automate, et quoique tout aille aux jolies femmes, ayez soin de vous adapter la mode nouvelle de la manière qui vous aille le mieux. C’est par ce moyen que vous serez toujours neuve, toujours piquante, toujours originale, c’est-à-dire jamais imitatrice servile. Ne sacrifiez qu’aux grâces, même en vous conformant à la mode; perfectionnez l’habillement français; rendez-lui sa noblesse et sa légèreté; sentez le but de tous ses accompagnements, et ramenez-les à leur institution, que d’ignorantes couturières ont fait oublier. Que deviendrait l’Univers, si l’on en bannissait les grâces! Elles seules méritent des autels, parce qu’elles seules font le charme de la vie; ne les offensez jamais: c’est un crime irrémissible, et le désagrément qu’il jette sur la coupable est une tache que rien ne saurait effacer.
je ne me lasse pas de vous écrire, belle Ninon, ou plutôt belle Aspasie: mais vous pourriez trouver que je pérore un peu trop longtemps. Je finis par la plus importante de mes maximes: peu de rouge, ou point s’il est possible, ne pas se mettre par des veilles, ou par des nuits trop occupées, dans le cas d’en avoir besoin, de fréquentes ablutions dans la zone torride; c’est un pays chaud, qui doit être tenu comme les appartements d’Amsterdam, qu’on lave deux ou trois fois par jour. Adieu, charmante sœur de mon meilleur ami.
P.-S. – Que personne ne voie cette lettre, ni Edmond, ni même Laure. Gardez vous-même vos secrets, et ils ne seront pas trahis.
Lettre 99. Ursule, à Edmond.
[L’infortunée approuve le vice.].
27 février.
Voilà trois jours que tu n’es venu! Cette absence me donne de l’inquiétude! que fais-tu, cher ami?… Si c’était ce que je pense, et que la marquise t’absorbât absolument, je m’en réjouirais! une aventure aussi relevée avec la femme d’un homme, dont, au fond, je suis un peu dépendante, puisque je reçois de lui, rendrait au frère, ce que la sœur perd de sa dignité naturelle: et comme tout nous est commun, les choses seraient dans un juste équilibre. Viens me dire ce qui en est au juste, et surtout, réponds-moi vrai, sur ce que je t’ai déjà demandé dix fois, depuis le mois de janvier: quelle femme est-ce? supposons, que je lui rendisse une visite, ou que je lui écrivisse, comment le prendrait-elle? serait-elle d’humeur à badiner de l’inclination que son mari a pour moi, si j’en badinais la première?… Il serait de la plus grande conséquence, pour ton avancement, que j’eusse quelque liaison avec cette femme, si cela était possible; tant secrète qu’elle voudra tout ce qui nous importe, c’est que je lui parle, ou que. Je lui écrive, de son aveu… Ah! si je pouvais en faire une Parangon!… Mon intention, cher ami, serait de la faire penser à ton avancement.
Ne diffère pas une heure à venir me tranquilliser. Trois jours!… Je sais que tu n’es pas malade; que tu as passé les nuits dehors de chez toi – que tu es sorti paré, parfumé, charmant? Hem? où as-tu été? le saurai-je? Oh oui; tu ne résisteras pas à ta sœur, qui ne veux que te servir…