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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Ils se penchèrent sur les cartes. Il existait des deux côtés du fleuve des chemins en forêt qui menaient au barrage. Faire route à la faveur de l’obscurité, une nuit sans lunes ; placer la moitié de la cavalerie sur la rive droite, l’autre moitié sur la gauche ; fondre à un signal sur le campement de Korsibar, en attaquant des deux côtés. Les archers de Prestimion, cette fois, seraient à dos de monture ; ils chargeraient à leur tour en criblant l’ennemi de flèches. La vue des hommes armés d’arcs et chevauchant des montures devrait provoquer la terreur dans ses rangs. Puis ce serait à l’infanterie lourde d’entrer en action, Gaviad par l’est, Gaviundar par l’ouest – que le Divin les préserve, cette fois, d’être en retard ! Une succession ininterrompue d’attaques massives. L’épée étincelante de Septach Melayn se taillant un chemin dans les rangs des royalistes, Gialaurys brandissant sa lance…

Oui. Oui. À la suite de quelle erreur de jugement l’usurpateur s’était-il jeté de lui-même entre leurs mains ?

— Dans trois jours, annonça Svor après avoir consulté ses almanachs et ses annales, les lunes ne brilleront pas.

— Ce sera notre nuit, déclara Prestimion.

Le Iyann, à cet endroit, était un cours d’eau étroit, de peu de profondeur, facile à passer à gué. La majeure partie de ses eaux était retenue par le barrage que lord Mavestoi avait construit au nord, huit siècles plus tôt. Il était assez simple pour Prestimion de diviser ses forces et d’en envoyer la moitié de chaque côté. Il prit position sur la rive orientale, avec ses archers montés ; Gialaurys resta derrière lui avec l’infanterie lourde, l’armée de Gaviad fermant la marche. Sur la rive occidentale se trouvait le régiment de cavalerie sous les ordres du duc Miaule, accompagné par les bataillons de Septach Melayn, tandis que les troupes de Gaviundar restaient à l’arrière pour former la seconde vague d’assaut.

La nuit n’était éclairée que par les étoiles, qui, dans cette partie de la planète, brillaient avec un éclat particulier. Il y avait les grandes étoiles que tout le monde connaissait, Trinatha au nord, Phaseil à l’orient, sa jumelle Phasilin à l’occident, Thorius et Xavial, l’astre d’un rouge flamboyant, qui marquaient le milieu de la voûte céleste. Quelque part dans les cieux se trouvait aussi la petite étoile jaune de la Vieille Terre dont l’emplacement exact ne faisait pas l’unanimité ; et la nouvelle étoile, l’astre au vif éclat bleu blanc, qui avait fait son apparition pendant que Korsibar et Prestimion, chacun de son côté, remontaient le Glayge en direction du Mont du Château, transperçait le ciel au zénith comme un œil fixe et implacable.

À la lumière de ces astres, particulièrement de la nouvelle étoile, le long ruban blanc du barrage de Mavestoi était visible au-dessus d’eux, au fond de la vallée, courant entre les sombres parois rocheuses. C’était là, Prestimion le savait, qu’il devrait grimper cette nuit-là avec ses hommes, sur les escarpements boisés, avant de redescendre pour surprendre les troupes royalistes au campement. En levant les yeux, Prestimion crut distinguer de petites silhouettes se déplaçant le long du barrage. Des sentinelles, certainement. Se doutaient-elles que deux armées avançaient furtivement sur les deux rives du fleuve ? Très probablement pas. Rien dans leurs mouvements n’indiquait qu’elles avaient conscience d’un danger ou se trouvaient en état d’alerte ; il n’y avait que quelques hommes, pas plus gros que des allumettes à cette distance, qui faisaient tranquillement les cent pas sur le faîte du barrage.

Prestimion vérifia la position des étoiles. Trinatha, Thorius, Xavial, toutes alignées. C’était le moment d’y aller. Il leva la main, la garda levée quelques secondes, la baissa. Il se mit en route sur le chemin qui suivait le fleuve. Sur l’autre rive, les forces du duc Miaule s’étaient aussi mises en branle.

Avec l’aide du Divin, se dit Prestimion en continuant à gravir le chemin, nous mettrons fin cette nuit à la guerre et l’ordre sera rétabli sur la planète.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Svor. Le tonnerre ?

Prestimion se retourna, perplexe. Un bruit sourd et prolongé, en effet. Mais la nuit était claire, sans nuages. Il n’y avait pas eu d’éclairs ; ce n’était pas un orage.

— Mon frère ? Où est mon frère ?

C’était Taradath, qui remontait le chemin.

— Pas si fort ! souffla Prestimion d’une voix rauque. Que se passe-t-il ?

— Gaviad… les troupes de Zimroel…

— Quoi ?

Un autre roulement, plus fort que le premier.

— On vient de m’avertir… Elles se retirent. Elles s’éloignent du fleuve à toute vitesse.

— Elles se… retirent ? répéta Prestimion. Mais qu’est-ce que…

— Regardez là-haut ! s’écria Svor. Le barrage ! Un nouveau grondement, suivi d’un deuxième, puis d’un troisième.

Les petites silhouettes avaient disparu du sommet du barrage. Il y eut une lumière rouge, comme une fusée qui éclate, puis la marque noire d’une ligne brisée et ce qui ressemblait à un fragment triangulaire sauta de la blanche paroi de béton.

Encore un craquement, plus fort que les précédents.

— Ils font sauter le barrage, Prestimion ! hurla Svor d’une voix terrorisée. Ils vont nous envoyer toute l’eau du lac !

— Mais il y a de quoi engloutir une centaine de villages…, répondit Prestimion.

Il n’acheva pas sa phrase. Bouche bée, incrédule, il vit à la lumière effrayante des explosions toute la paroi du barrage s’effondrer et un torrent d’eau ahurissant dégringoler dans l’obscurité vers la vallée et ses hommes.

LE LIVRE DES SORCIERS

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C’est assurément l’endroit le plus sinistre de la planète, se disait Prestimion, après les implacables déserts du continent de Suvrael où il ne fallait pas avoir toute sa raison pour oser s’aventurer.

C’étaient des terres grises qu’il foulait, à cette heure sombre de sa vie. Au-dessus de sa tête, le ciel était gris ; sous ses pieds, le sol aussi était gris et sec, et même le vent, soufflant furieusement de l’est, était chargé d’une fine poussière grise. La seule note de couleur venait de la végétation qui semblait vouloir trancher avec une furieuse détermination sur ce paysage en camaïeu gris. De gros champignons rigides, en forme de dôme, d’un jaune létal, explosaient en nuages de spores d’un vert éclatant chaque fois qu’il en écrasait un ; l’herbe dentelée, éparse et rêche était d’un carmin agressif ; les arbres, hauts et fins comme des lances, avaient des feuilles bleues vernissées, effilées comme des épines et laissaient tomber une pluie continue de sève rosée et visqueuse, qui le brûlait comme un acide quand il passait par mégarde à sa portée.

De basses collines crayeuses, en forme de dents arrondies, formaient une chaîne qui barrait l’horizon. Dans l’espace dégagé qui s’étendait entre elles, plat, sec et peu engageant, sans lacs ni cours d’eau, suintait seulement de loin en loin une source saumâtre d’une crevasse couverte d’une croûte de sel.

Il marchait depuis plusieurs jours, depuis tant de jours qu’il en avait perdu le compte. Il avait une langue énorme, dilatée par la soif, et ses paupières étaient si gonflées qu’il regardait par les fentes comme par des persiennes. La sueur dégoulinait continûment sur son corps ; de la poussière séchée collait partout sur sa peau poisseuse ; la force du soleil était comme un fracas métallique résonnant sans répit dans son crâne. Et, dans son esprit, repassaient sans cesse les images du cataclysme qui avait détruit son armée et lui avait peut-être arraché ses amis les plus chers.

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