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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Le comportement des armées de Zimroel, si longues à se jeter dans l’action à Stymphinor, était un autre sujet d’inquiétude pour Prestimion. Il convoqua Gaviad et Gaviundar afin de les admonester pour leur négligence, mais les deux frères se montrèrent si repentants et serviles qu’il garda pour lui une grande partie des reproches qu’il comptait leur faire. Le massif Gaviad aux lèvres pendantes et à la moustache en bataille, qui, pour une fois, n’avait rien bu, répéta sur tous les tons que ses troupes étaient prêtes, mais qu’il attendait, conformément au plan de bataille, de connaître le résultat de la charge de cavalerie avant de les envoyer au feu ; le grand Gaviundar à l’air bravache, au crâne chauve encadré de deux grandes oreilles et à la grosse barbe orange en broussaille, consterné de ne pas avoir lancé en temps voulu ses troupes dans la bataille, alla jusqu’à verser de vraies larmes. Prestimion leur pardonna. Mais il n’oubliait pas qui était leur frère et, redoutant toujours quelque fourberie de la part du Procurateur, les avertit qu’il ne tolérerait aucune excuse lors du prochain affrontement avec les forces royalistes.

En priant pour qu’il n’ait pas lieu de si tôt. Ses hommes avaient besoin de temps pour se reposer et réparer leurs forces ; il espérait en outre voir des troupes fraîches rejoindre ses rangs. Des messages d’encouragement lui étaient parvenus d’Alaisor, le port de la côte occidentale d’où sa famille expédiait le vin de Muldemar à Zimroel et où il avait de nombreuses relations d’affaires ; on l’informa que les personnalités les plus influentes de la cité soutenaient sa cause contre Korsibar et rassemblaient une armée pour la mettre à son service. D’autres bonnes nouvelles arrivèrent aussi de différents lieux de l’ouest d’Alhanroel ; sur la côte, à Steenorp et Kikil, à Klai, à Kimoise et dans d’autres cités encore, on comparait les mérites des deux prétendants au trône et la préférence allait de plus en plus souvent à Prestimion, car les gens avaient eu le temps de s’interroger sur les moyens employés par Korsibar pour se faire couronner et ils ne leur plaisaient guère.

Tout cela était fort bien, mais ces cités des provinces occidentales se trouvaient très loin et les armées de Mandrykarn, Farholt et Navigorn le serraient de près. Prestimion devait maintenant et aussi rapidement que possible faire route vers le nord-ouest, jusqu’à la côte où ses partisans étaient nombreux, et opérer la jonction avec eux avant que l’ennemi ne le rattrape et ne mette un terme à la rébellion. Son armée partit donc à marche forcée dans cette direction, s’éloignant un peu plus chaque jour du Mont du Château et du trône convoité.

Ils approchaient de la vallée du Iyann, un fleuve qui descendait des provinces septentrionales et infléchissait son cours vers l’ouest pour aller se jeter dans la mer à Alaisor, quand le duc Svor vint voir Prestimion.

— Je pense avoir trouvé des gens susceptibles de faire des reconnaissances pour notre compte. Ils prétendent déjà détenir certains renseignements qui pourraient nous être précieux.

— Sommes-nous en manque d’éclaireurs, Svor, pour engager des inconnus ?

— Nous n’en avons pas comme ceux-là, répondit Svor.

Il fit signe d’approcher à un homme à la face anguleuse et d’une taille extraordinaire ; il faisait au moins une tête de plus que le plus grand des hommes du campement, mais sa maigreur et ses jambes interminables donnaient l’impression d’une fragilité de baguette qu’un coup bien appliqué eût brisée net. Il avait des cheveux très bruns, coupés court, le teint presque aussi basané que celui de Svor, une barbe drue et mal taillée qui dévorait ses fortes mâchoires. Il dit s’appeler Gornoth Gehayn et être originaire de la ville voisine de Thaipnir, sur la rivière du même nom. Derrière lui se tenaient trois autres hommes, semblables par la taille démesurée, la maigreur et la peau basanée, mais qui ne semblaient pas avoir plus de la moitié de son âge ; plus loin se trouvait une longue charrette à laquelle était attelée une paire de montures. Quatre grandes boîtes carrées, houssées de cuir, étaient alignées sur le plateau de la charrette.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda Prestimion avec brusquerie, car il était dans un état d’excitation nerveuse qui le rendait impatient.

— Monseigneur, répondit Gornoth Gehayn, d’une voix aiguë et flûtée, nous sommes, mes fils et moi, des dresseurs d’hierax, que nous faisons voler où nous voulons et que nous chevauchons accrochés à leur dos. C’est un art dont notre famille détient le secret et qu’il a fallu très longtemps pour maîtriser. Nous voyageons loin et nous voyons des choses étranges.

— Des hierax ? fit Prestimion, interloqué. Vous volez à dos d’hierax ?

Gornoth Gehayn fit un grand geste du bras ; un de ses fils bondit sur la charrette et retira la housse qui couvrait la dernière boîte. Une cage métallique apparut, qui contenait un oiseau énorme aux longues ailes grises enroulées autour du corps comme un manteau et aux grands yeux bleus étincelants qui brillaient de colère à travers les barreaux de la cage comme deux saphirs lumineux.

Prestimion retint un cri d’étonnement. Il avait déjà vu des hierax, en maintes occasions, sur le trajet entre le Mont du Château et le Labyrinthe. C’étaient des oiseaux de proie géants des hautes régions de l’atmosphère, qui se laissaient porter avec indolence par les courants chauds, au-dessus de la vallée du Glayge, et planaient d’un endroit à l’autre, sans battre des ailes ou presque, saisissant de loin en loin un malheureux oiseau de plus petite taille d’un mouvement rapide de leur long bec. À leur manière, ils ne manquaient ni de grâce ni de beauté, du moins dans les airs, car, blottis dans leur cage, on eût dit des monstres décharnés. Mais Prestimion ignorait qu’un hierax pût vivre en captivité et il avait de la peine à croire que des hommes pussent se déplacer sur leur dos, comme sur de dociles montures de bonne race.

— Nos hierax sont quelque peu différents de ceux de l’est, expliqua Gornoth Gehayn tandis que son fils soulevait la porte de la grande cage. Ils appartiennent à l’espèce à ventre noir de la région du Iyann, sont plus gros et beaucoup plus puissants que les roses du Glayge, et si intelligents qu’ils peuvent être dressés pour obéir. Nous prenons les œufs dans le nid, nous élevons les petits et les dressons, tout cela pour le plaisir de voyager dans les airs. Désirez-vous une démonstration, monseigneur ?

— Je vous en prie.

Au signal du fils de Gornoth Gehayn, l’oiseau géant sortit de sa cage en se balançant gauchement. Il semblait à peine savoir comment déplier les ailes énormes enroulées autour de son corps et ses longues pattes grêles n’étaient manifestement pas habituées à se mouvoir sur la terre ferme. Au bout d’un moment, il réussit pourtant à ouvrir ses longues ailes incurvées et Prestimion ne put retenir un sifflement d’étonnement en les voyant se déplier interminablement jusqu’à ce qu’elles soient entièrement éployées sur une longueur invraisemblable de chaque côté du corps allongé et de belle taille de l’oiseau.

Sans attendre, le fils de Gornoth Gehayn, un garçon si long, si fin et si léger qu’on eût presque dit qu’il appartenait lui aussi au peuple de l’air, sauta avec souplesse sur l’oiseau, le saisit délicatement mais fermement à l’endroit où les ailes puissantes s’attachaient aux épaules musclées et s’étendit de tout son long sur le dos du hierax, la tête toute proche de celle de l’oiseau. Il y eut un pesant battement d’ailes, un martèlement précipité, puis le hierax décolla du sol avec effort avant de prendre son essor, le fils de Gornoth Gehayn accroché à son cou.

L’oiseau s’éleva presque en ligne droite, décrivit un cercle très haut au-dessus d’eux et fila vers le nord à une vitesse phénoménale, si bien que le hierax et son passager furent bientôt hors de vue.

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