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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Vous serez prévenue par moi-même, dit Maurevert qui s’inclina tout étourdi de ce qui lui arrivait, plus étourdi encore du ton d’autorité avec lequel cette femme donnait des ordres au roi de Paris, au futur roi de France.

Fausta fit un geste de hautaine bienveillance, et Maurevert, s’éloignant, sortit de la maison et reprit en toute hâte le chemin de la rue Saint-Denis. Quant à Fausta, si elle avait semblé conduire toute cette scène sans effort apparent, l’effort n’en était pas moins considérable, car après le départ de Maurevert, elle pencha la tête et la laissa tomber dans une de ses mains comme si elle eût été un moment accablée du poids de ses pensées.

– Pardaillan est pris, murmura-t-elle. Pris!… Conduit à la Bastille!… Est-ce de la joie ou de la terreur qui fait palpiter mon sein?… Oh! misérable cœur de femme! Si je ne puis t’arracher, j’étoufferai au moins ta révolte!… Pardaillan mourra sans que je l’ai revu… Demain, j’aurai statué sur son sort…

Et secouant la tête comme pour se débarrasser d’une pensée qui la gênait à ce moment, car elle avait une admirable méthode dans le travail de ses conceptions:

– Mais qui se trouve, alors, dans l’hôtel de la rue des Barrés?… Où est Violetta?… Il faut que je le sache à l’instant…

Ayant ainsi parlé, son visage un instant bouleversé par la passion reprit toute sa sincérité. Elle appela ses femmes Myrthis et Léa qui lui apportèrent un costume complet de gentilhomme. Elle se défit alors des vêtements de page qu’elle avait gardés jusque-là, revêtit le nouveau costume qu’on lui venait d’apporter, mit un masque de velours noir doublé de satin blanc sur son visage, et bientôt, montant à cheval, elle prit le chemin de la rue des Barrés, escortée d’un seul domestique.

Ce domestique, c’était l’espion qui avait suivi maître Claude.

Lorsqu’ils furent arrivés rue des Barrés, l’espion prit les devants et s’arrêta devant l’hôtel d’où il avait vu sortir Claude. Fausta mit pied à terre et souleva elle-même le marteau. Au bout de quelques instants, le guichet de la porte s’ouvrit. Une figure d’homme parut derrière ce guichet.

– Que voulez-vous? demanda l’homme qui jeta dans la rue un regard rapide et soupçonneux, lequel regard se rassura d’ailleurs en constatant qu’il n’y avait devant la porte qu’un jeune gentilhomme et son laquais.

Fausta répondit:

– Je viens de la part de monsieur le chevalier de Pardaillan, de maître Claude et de monseigneur Farnèse.

Fut-ce l’effet de cette triple recommandation? Ou un seul de ces trois noms suffit-il?… À peine Fausta eut-elle parlée que la porte s’ouvrit précipitamment et l’homme dit:

– Entrez, monseigneur vous attend…

«Monseigneur!» songea Fausta en tressaillant.

Et elle entra sans hésitation apparente; mais sa main s’assura que la dague et le pistolet qu’elle avait passés à sa ceinture pouvaient être facilement et rapidement saisis sous le manteau qui l’enveloppait.

– Venez, venez, monsieur? dit le serviteur en traversant une antichambre.

Si vite que Fausta eût traversé cette antichambre, sorte de parloir aux vieux meubles solennels, elle n’en étudia pas moins d’un regard l’ensemble des choses qui l’entouraient. Sur un panneau de mur, elle vit un portrait de jeune femme d’une délicate et mélancolique beauté. Au-dessous du portrait, une tapisserie portait en broderie d’or cette devise qui se répétait sur d’autres panneaux: «Je charme tout.»

– Marie Touchet! La maîtresse du roi Charles IX!…

Dans la salle où elle fut introduite, Fausta aperçut la même devise et le même portrait qui s’accompagnait là d’un autre portrait: celui de Charles IX lui-même. Fausta sourit et murmura:

– Je suis dans l’hôtel de Marie Touchet!… Et l’ami de Pardaillan… celui à qui Violetta a été confiée… c’est celui qui a insulté Guise sur la place de Grève… celui qui vient pour venger son père… c’est Charles de Valois, duc d’Angoulême… et le voici…

En effet, à ce moment, une porte s’ouvrait, et Charles d’Angoulême s’avançait rapidement, prononçant avec un indicible accent d’émotion:

– Soyez le bienvenu, monsieur, vous qui venez au nom des trois hommes qui, en cette heure, occupent ma pensée tout entière…

XL LE MARIAGE DE VIOLETTA (suite)

Après le départ de Claude, le duc d’Angoulême était demeuré quelques minutes pensif, sans pouvoir détacher son esprit de cette figure sombre et rayonnante qui lui inspirait un indéfinissable sentiment: pitié, sympathie, effroi, et surtout une curiosité frémissante pour ce secret que Claude avait emporté. Sans nul doute, ce secret était terrible, Violetta le savait. Mais Charles avait juré de ne jamais interroger la jeune fille.

Bientôt la pensée de Charles prit un autre cours. L’amour, dans ce qu’il a de pur, de généreux et d’enthousiaste, l’amour tel que tout homme l’a éprouvé une fois à l’aurore de la vingtième année et qui laissera sur sa vie un parfum de poésie, l’amour vibrait dans son cœur et le faisait palpiter.

Quelques mois à peine le séparaient du bienheureux jour où Violetta lui était apparue… où l’amour était né dans son cœur sous le premier rayon de son regard.

Un jour à Orléans, comme il passait près de la cathédrale avec quelques jeunes seigneurs pour aller chasser la sarcelle dans les îlots de la Loire, il vit un rassemblement de peuple et de bourgeois autour d’une voiture de saltimbanques – rare plaisir pour une ville paisible et morose.

Les hommes regardaient avec admiration deux grands diables d’une exorbitante maigreur, dont l’un avalait des cailloux et faisait entrer par la bouche jusqu’au fond de son estomac un estramaçon d’acier tandis que l’autre absorbait, avec des grimaces de satisfaction qui secouaient de rire les panses environnantes, des étoupes enflammées.

Quant aux femmes, elles ouvraient des yeux ébahis, remplis d’effroi et de curiosité, à la vue d’une bohémienne masquée de rouge, dont les splendides cheveux retombaient sur son manteau bariolé. Cette bohémienne disait la bonne aventure à qui voulait bien lui confier sa main.

Mais le jeune duc d’Angoulême ne regardait ni la mystérieuse bohémienne au masque rouge, ni les deux géants maigres, ni le maître de ces bateleurs. Son regard s’était fixé sans pouvoir s’en détacher sur une jeune fille pauvrement vêtue, mais si jolie, si douce à voir et à entendre, qu’il lui semblait que l’une des saintes de la cathédrale s’était détachée des vitraux pour venir lui sourire. Elle était assise sur le devant de la misérable roulotte et, s’accompagnant d’une guitare italienne, chantait d’une voix mélancolique et pure qui allait à l’âme.

Fut-ce hasard? Fut-ce attirance magnétique?… Les yeux de la jolie chanteuse adorable à voir dans sa pose craintive et fière à la fois, rencontrèrent les yeux du jeune seigneur. De ce regard datait l’amour de Violetta et de Charles…

Lorsque les compagnons du duc d’Angoulême lui frappèrent sur l’épaule, il parut revenir d’un beau songe lointain. Il était là comme en extase. Et pourtant, l’enchanteresse vision avait disparu: la voix d’or s’était tue; la petite chanteuse était rentrée dans l’intérieur de la roulotte.

La troupe de bateleurs séjourna à Orléans jusqu’au jour où l’archiprêtre se plaignit au capitaine-chevalier du guet, lequel, sans autre forme de procès, accorda deux heures aux saltimbanques pour quitter la ville.

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